‹ Le forgeron de Strasbourg [microforme]Chapitre 14 sur 77 · SCÈNE XIII · texte numérisé non relu

SCÈNE XIII

THoMASs (s’approchant de Georges).— Comme tu es

(pâle ! comme tu trembles. Voyons, Georges,

voyons, mon enfant, parle-moi avec confiance. Ce ne peut être qu’un terrible secret celui qui te force

(à rentrer mystérieusement et à craindre d’être vu lici. ici où tu es tant aimé... Je ne sais qu'imagiiner, Georges ; oh ! maïs dites-moi donc quel est le

malheur que tu rapportes dans cette maison ?

GEORGES.— Je ne viens pas ici pour y rester.

Si le ciel m'avait exaucé, tout le monde eût ignoré que j'y étais venu.

THomaAs.— Ainsi tu ne voulais rencontrer ni moi,

mi ton père |!

GEORGES.— Je vous croyais endormis.… Je savais

[mon père en voyage. S'il n'avait pas été parti. {nous aurions fait un détour pour éviter même de {passer par ici.

THomas.— Tu comptaïis sur mon sommeil... tu

{profitais de l'absence de ton père... mais dans quel idessein… Que venais-tu donc faire ici ?

GEORGES.— Je venais embrasser le petit Henri,

{mon frère ! Lui, au moins, ne peut comprendre {toute la honte qui va s'attacher à mon nom. Il est {trop jeune pour comprendre le motif qui nous sépare, pour me repousser avec mépris.

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THomaAs.— Que veux-tu dire ?

GEORGESs.— Je connais votre patriotisme. Je sais que vous et mon père, vous êtes Françzis de cœur. Aussi je ne voulais pas vous voir en passant à Strasbourg.

THoMAs.— Et pourquoi ? Grand Dieu !

GEoRGESs.— Mon grand-père, je vais tout vous

dire. Pendant les deux mois que j'ai passés à Mayence, depuis que j’ai quitté le collège, j’ai fait con-

naissance avec un colonel prussien dont le régi- #

ment était en garnison dans cette ville. Ce colonel,

c’est le comte Christian de Randorf. Cet homme, par les promesses les plus engageantes et en

m'offrant une position à laquelle je n'aurais pas osé prétendre, m'a fait oublier ce que je devais à mon pays. J'ai renoncé à ma nationalité, etje me suis enrôlé dans son régiment, avec le grade de sous-

lieutenant. Je ne prévoyais pas que cette épée que À j'acceptais avec tant d'enthousiasme serait un jour !

tournée contre ma patrie. Maïs à peine avais-je revêtu l’uniforme d'officier, que nous reçûmes l'ordre de nous rendre à Munich. Le régiment est en marche depuis hier. Le comte et moi, nous avons laissé ce matin la colonne de marche, et nous avons fait un détour pour passer par Strasbourg. Le colonel avait quelques affaires ici, et j’ai sollicité la permission de l'accompagner, parce que je voulais revoir le petit Henri et que je savais mon père parti pour Mayence. Demain nous serons à Munich.

THomas.— Malheureux enfant !

GEoRGEs.— Ce n’est pas tout. En arrivant tout #

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