SCENE VIII GEORGES, THOMASs
THoMas.— Qui donc ici demande à voir Henri ?
GEORGES (hésitant).— Moi.
THomas.— Georges !.… (Froidement.) J'aurais dû le supposer ; mais je ne vous savais pas à Mulhouse... C’est pour vous cependant que nous nous y sommes arrêtés. mais certes, ce n’était pas avec la pensée de vous y rencontrer. (Silence.) Vous ne me demandez pas, monsieur, comment il se fait que nous soyons ici pour vous ?
GEoRGEs (balbutiant). — Mon Dieu... J'entends bien que vous parlez. Je vois bien que vous êtes là... mais la force me manque... la raison m’échappe... Je ne sais plus si je rêve ! je ne sais plus si j'existe !
THoMas.— Si Jean-Paul n'avait pas surpris Jérôme au moment où il s’efforçait de me faire conduire ici Henri... votre père s’occuperait maintenant de votre avenir... mais vous ne m'’eussiez jamais revu.
GEORGES.—— De mon avenir ?
THoMAs.— Tenez... Autant vous dire pourquoi nous sommes à Mulhouse... Depuis que Strasbourg est devenu une ville allemande, Jean-Paul n’attendait que l’occasion de disposer de ses propriétés, pour aller habiter une ville française. Il a enfin trouvé une occasion favorable. Les propriétés sont vendues, et nous sommes passés par ici pour y
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{laisser chez un notaire la part qui vous revient des “biens de votre mère. Jean-Paul a dû chasser son
4fils; mais il ne peut garder son héritage.
GEORGES.— Je ne puis rien accepter.
4 THomMas (sévèrement). — Il s’agit de dignité per- {sonnelle et de probité... Jean-Paul ne vous admet {pas pour juge entre lui et sa conscience. (Reprenant avec calme.) Notre démarche auprès du notaire {devient inutile maintenant. Jean-Paul m’attendait
pour aller chez le notaire, car j'ai cet argent sur Amoi. Je puis donc vous le confier. (]l tire un porte-
Afcuille de sa poche et le place sur la cheminée.) Vous
Atrouverez là votre part du produit des biens de Avotre mère... Adieu.
GEORGES.— Vous quittez Mulhouse ?
TuHomas.— Dans une demi-heure.
GEORGES.-- Et mon père... et mon frère... je ne
“les reverrai donc pas ?
THomas.— Les revoir ?.. ‘Tous les soirs, Jean-
APaul prie pour son fils absent ; Henri prie pour son frère qui ne doit plus revenir, qu’il ne doit jamais revoir.
1 GEORGES.— Après quatre ans de séparation, et fauand je vais les reperdre pour toujours, que je An’aie pas la douleur de me dire: Ils ont passé près îde moi, sans que mes regards se soient arrêtés sur deux. Je ne mérite pas mon pardon... mais que je îles voie, mon Dieu ! que je les voie... C’est pour la
Mdernière fois en ce monde... (C’est pour l’éternité dans l’autre; car je ne serai pas pardonné, moi... 40h! c’est pour l'éternité !
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grande route, je crois.
GEORGES (avec anxiété).— Oui.
THomas.— Dans une demi-heure nous partons et cette fenêtre est sur notre chemin.
CEoRGESs.— Ah ! merci.
Tomas (le retenant à distance d'un geste).— Tho- À mas Bergeau n’a plus rien a dire au soldat de l’em- 4
pereur Guillaume... (J{ sort.) SCÈNE IX
GEORGES seul.
GEorGEs.—- Je les verrai! il l’a promis ! il l’a M
promis !.… (Jlva ouvrir la fenêtre.) C’est de là que je dois voir passer mon père et mon frère !... Mon Dieu ! rien que passer, c’est bien peu... Le ciel se couvre. on dirait que l’orage menace... est-ce donc un sinistre présage ?. Il devrait faire si beau au-
jourd’hui !.. Ce n’est que dans une demi-heure que h mon père devait partir. si le mauvais temps allait M
empêcher...