SCENE IV
LéoPporp, THoMAs.
THoMas.— Vous voulez bien m'écouter, ah ! je comprends que ça doit être pour vous un cruel sacrifice, après ce qui s’est passé ; il faut bien, comme je vous l’ai écrit, que je n’aie d’espoir qu’en vous, puisque je ne vous ai pas épargné le déplaisir de nous retrouver ensemble ! |
Léopor.p.— À vous, père Thomas, je n'ai rien à reprocher, ce sont les autres qui ont été coupables ; nous ne sommes que malheureux, nous !
me — rennes
THomas.— Et bien malheureux !.. Si vous saviez, dans un seul jour, combien de coups nous ont frappés au cœur. Georges, mort par le suicide, mort abandonné. Henri, mon petit-fils, perdu par moi... volé presque sous mes yeux, dans l’église où nous étions allés prier pour son frère... et lui, son père, que j’ose à peine nommer devant vous ; le malheureux père arrêté à la suite du duel et qui criait à ceux qui l’emmenaient: Laissez-moi retrouver mon enfant, et puis, je viendrai me livrer, puis, vous me tuerez, si vous voulez ; maïs on n’a pas voulu l'entendre, et je suis resté seul, moi pauvre vieillard sans force, pour courir à la recherche de l’enfant, sans énergie pour soutenir le courage du père au désespoir. Depuis six mois, voilà ma vie... seul, toujours seul, gémissant sur mon petit-fils perdu et mon fils prisonnier.
Léopor.p.— Oui, vous avez cruellement souffert.
THomas.— Il dépend de vous que j'obtienne, non pas du bonheur, il n’y en a plus pour nous, mais le moyen de détourner le nouveau malheur qui nous menace.
LÉoporp.— De moi ?
THomas.— Entraîné d’abord dans les prisons de Belfort, Jean-Paul a été plus tard conduit à la geôle de Nancy... Rassemblant le peu de forces que l’âge et la souffrance m’avaient laissées, j'ai suivi mon pauvre enfant, j'ai demandé qu’il me fût permis de le voir ; il est au secret, m’a-t-on répondu, et personne ne peut communiquer avec lui. On m'a repoussé, moi, son père; j'ai voulu voir les juges,
… THoMas.
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EVRARD père … (CE un banc et 8 le visage à passe devai paraît avoi GEORGES cher.
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THomas.-- Tu me promets, Jean-Paul, de ne pas
partir sans moi ?
JEAN-PAUL.-- Je vous le promets, mon père! A
* tout à l'heure... (Il sort à droite :. Thomas et Antoine D entrent dans la maison à gauche.)
\ SCENE VII KVRARD, puis GEORGES et HENRI.
EvraRD (regardant sortir Jean-Paul).— Pauvre père !.… (Evrard tire un livre de sa moche, s’assied sur
| un banc et se meï à lire. Pendant cette scène, Georges,
le visage à moîtié couvert par le bord de son chapeau, passe devant la porte, tenant à la main un enfant qui paraît avoir peine à le suivre.)
GEORGES.—— Pauvre enfant, tn ne peux plus marcher.
HENRi.— Non !... mais voilà une maison... arrétons-nous… (ls entrent.) Viens, il y a quelqu'un ; un monsieur qui paraît bien bon ; demande-lui, il te répondra, celui-là, j’en suis sûr.
GEORGES (conduit par Henri, s'approche d'Evrard, qui, tout à sa lecture, n’a rien entendu).—- Monsieur, pour un pauvre aveugle et pour un enfant, la charité, s’il vous plaît !
Evranp (levant les yeux).— Un aveugle ! un enfant ! Approchez, approchez; mu maison est ouverte à tous ceux qui souffrent !
Hexri.— Vois-tu qu’il est bon !
GEorGEs (à lui-même). Cette voix... Monsieur, monsieur, chez qui suis-je donc entré ?
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