‹ Le forgeron. Drame-vaudeville en un acteChapitre 9 sur 19 · SCENE X · texte numérisé non relu

SCENE X

JOSÉPHINE, BALTHASAR

BALTHASAR , à part et entrantavee précipitation. Elle est seule ! JOSÉPHINE, avec émotion. Déjà de retour!

BALTHASAR. Déjà! il me semble plutôtqiie je suis en retard; Robert n'arait-il pas promis de m'attendre...

JOSÉPHINE. Je ne sais.

BALTHASAR, à part. Comme elle est émue. [Haut.) En tout cas j'ai vu mou ancien colonel, monsieur d'Harcourt, et il m'a assuré qu'aujourd'hui même, avant son départ, l'affaire de Robert serait terminée.... [Avec Intention.) Eh bien! tu dois être contente.

JOSÉPHINE. Sans doute., tout comme toi. .

BALTHASAR. Ah! moi, moi, c'est différent... et si j'ai consenti à certaines démarches, dans l'intérêt de Robert, c'est que je comptais y mettre une condition.

JOSÉPHINE. Laquelle?

BALTHASAR. Ecoute, Joséphine, j'ai là comme un poids qui m'oppresse, qui m'étouffe, etjil fautabsolumcnt que je m'en débarrasse.

JOSÉPHINE, d part. Est-ce un aveu qu'il voudrait me faire?

BALTHASAR. J'ignore quelles sont les intentions de Robert et l'usage qu'il veut faire de son congé de réforme ; mais s'il compte s'établir à Paris , il faut qu'il cesse de venir nous voir.

JOSÉPHINE. Et pourquoi cela ?

BALTHASAR. Il le faut, te dis-je, pour mon repos... et pour le tien.

JOSÉPHINE. Quel langage !

BALTHASAR. C'est celui qui me convient, et si j'ai un regret c'est de n'avoir pas ouvert les yeux plutôt.

JOSEPHINE. Balthasar, je crains de te comprendre.

BALTHASAR. Aveugle que j'étais!..

JOSÉPHINE, à part. Et c'est lui... ohl mon Dieu... donnemoi du courage f

BALTHASAR. Je ne t'accuse pas^ Joséphine... non, tu ne peux être coupable, toi, tu m'aimes... j'aibesoin de le croire... mais Robert...

JOSÉPHINE. i\Jais c'est ton ami... ton camarade...

BALTHASAR. Précisément... c'est ce que je n'aurais jamais dû oublier... un camarade de régiment... belle recommandation! heureusement, j'espère qu'il en est temps encore... et dès demain, Robert ne doit plus remettre les pieds ici.

JOSÉPHINE, arec rf/g'nité. Et si je veux le recevoir, moi.

ROBERT, surpris. Jobéphiiio, prends garde. .. lusai^que souvent j'ai peine à me contenir. . . que je me monte facilement la tête... et si, dans un de ces instants li\, Robert se trouvait sur mes pas...

JOSÉPHINE. Eh bien?

BALTIIASAR , avec force Eh ! bien , je le tuerais.

JOSÉPHINE. Toi!..

BALTIIASAR. Oui, parce qu'il aurait détruit mon bonheur, en jetant la jalousie au sein de mon ménage, en y semant la discorde, la haine peut-être.

JOSÉPHINE. En effet, si Robert avait fait tout cela, il mériterait ton mépris, ton courroux... car tu Pas dit : celui qui sème la discorde, la jalousie, la haine dans un ménage, il mérite qu'on le démasque... qu'on le punisse.

•BALTHASAR. Saos doute et je...

JOSÉPHINE. C'est bien, Balthasar, je profilerai de la leçon. Elle sort par la gauche ; Baltbasar reste stupéfait.

SCEI^E XI.

BALTHASAR, seul.

Joséphine... ma femme... que veut-elle dire?... est-ce moi qu'elle menace? Mais, depuis mon mariage, je n'ai pas un reproche à me faire. Ah! sans cette maudite jalousie... car j'ai eu tort peut-être de m'alarmer si vite, et quand je reproche à ma femme son manque de confiance, c'est peut-être moi au contraire qui mérite... Oui sans doute , témoin le secret démon voyage à Tours, que j'aurais dû lui révéler depuis long-temps. Qui m'arrête?... Une telle marque de franchise est peut-être faite pour éloigner tout nuage, pour resserrer notre union... Oui, je le dois, et dés aujourd'hui... oh! maudite tête! maudite cervelle!

Il se frappe le front.

SCEXE XII.

BALTIIASAR, MARCEL.

MARCEL C\A vous qui demandez, bourgeois?

B.\LTll\S\^f avec humeur. Non, laisse-moi tranquille.

MARCEL. Excusez, c'est peut-être la bourgeoise.

BALTHASAR C'est possible. [Se ravisant.) Marcel.

MARCEL. Bourgeois.

. BALTHASAR. Tantôt, en partant, Robert n'a rien dit?

MARCEL. Rien de rien. . à moi, s'entend... car à votre femme...

BALTHASAR. A ma femme!

MARCEL. Oh! des bêtises; il lui a dit comme ça, en lui baisant la main : A bientôt... et surtout le secret.

BALTHASAR. Hein! tu es sûr?

MARCEL. Tiens, si je suis sûr!... Mais ce n'est pas tout, je sais bien autre chose : figurez-vous que, pendant que vous étiez sorti...

JOSÉPHINE, en-dehors. Marcel! Marcel!

MARCEL. Oh! v'iù la bourgeoise qui m'appelle. BALTHASAR. !Mais voyons, achève.

MARCEL. Non, plus tard... c'est une surprise qu'on vous pré pare... Voilà, la bourgeoise, voilà.

II sort.

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