STATUE DE FRONTENAC
(D’après Philippe Hébert.)
DOMINATION FRANÇAISE
ehereau de Saint-Denis, Longueuil, Prévost, Ramezay, Callièrcs avec les milieiens.de Montréal ; Hentel avec les miliciens des Trois-Rivières ; Million, Cabanac, Dnclos, d’Orvilliers, La Touche, Clermont, Beanmanoir, Suberease. Carré et les cultivateurs de Beauport, de la côte de Beaupré et de l’Ile d'Orléans ; la garnison et les écoliers de Québec b Ce qui est moins connu, c’est qu’au moment où le gouverneur du Canada répliquait à l’envoyé de Phipps : “ Allez dire à votre maître que je lui répondrai par la bouche de mes canons,’’ il habitait une bicoque qui menaçait de crouler sur sa tête, et, que tout le fort Saint- Louis était dans un état pitoyable.
Frontenac écrivait au ministre le 15 septembre 1692 :
“ Les murailles (de l’enceinte du Fort) menacent ruine et sont sans défense, flancs ni parapets.... Ce ne sera pas sans besoin qu'on construira un nouveau corps de logis, et je serai bien heureux de pouvoir attendre qu’il soit achevé sans être accablé sous les ruines de l’ancien, en étant à la veille toutes les fois qu’il fait quelque gros vent.”
Voici le texte complet de la partie de cette lettre du 15 septembre 1692 qui a trait aux fortifications de Québec :
" Si les plans que je vous envoyais par le Saint-François vous avaient été rendus, vous auriez vu les ouvrages que nous avions faits à Québec, et je suis persuadé que vous en auriez été content. Ils sont à demeure et de duree
i A l’occasion de cette brillante défense de Québec, il y eut de grandes réjouissances à Paris et à Versailles. Le roi Louis tit
frapper, à 16 exemplaires, une médaille portant 1 inscription: friancia in, X or e orbe Victorix — Kebeca i.iberata, A. D. MDCXC. La h'rbeca Hberata est une des pièces numismatique* les plus remarquables qui aient été frappées à Paris. On y voit figurer pour la première fois le castor comme emblème du Canada. M. de Puibusque a fait cduler à 200 exemplaires une reproduction de cette rarissime médaille. Ce fac simile est assez réussi.
parce qu’ils sont de massonne, et qu’il 11e faut pas les recommencer tous les jours comme les autres, qui ne sont que des pieux. :
“ Il me paraît que M. l’Intendant prend soin de tirer le meilleur marché qu’il peut des ouvrages, mais ils sont beaucoup plus cher en ce pays qu’ils ne sont en France, et il vous dira comme moi qu’il n’y a presque point d’habitans un peu accommodés qu’on prit engager à y contribuer sans une extrême violence, et que pour les petits on ne s’en peut servir qu’en les payant, ce qui peut diligenter, mais non pas diminuer le prix des ouvrages. Quelque application que j’y aie eue jusqu’ici, je la redoublerai encore puisque vous me l’ordonnez.
“ Le Sieur de Villebon, qui nous a été envoyé comme ingénieur, m’a témoigné souhaiter de passer en France pour vous rendre compte de ce qu’il a fait et de ce qu’il projette dans la suite, et j’y ai donné les mains, parce qu’instruisant M. de Vauban de la situation du terrain de cette ville, qui est fort difficile, il verra encore mieux que lui ce qu’il conviendrait faire pour ensuite vous le proposer ; et après que vous l’aurez réglé, nous y ferons travailler incessamment, à proportion des fonds qu’il vous plaira d’envoyer toutes les années. Cependant on emploiera ceux de celle-ci à fortifier l’enceinte du Château dont les murailles menacent ruine et sont sans défense, flancs ni parapets ; on pourra aussi, je crois, achever une plate-forme qui fermera toute la basse-ville et flanquera celle que nous fîmes l’année dernière.
“ Ces deux ouvrages m’ont paru les plus nécessaires puisqu’il est bon qu’il y ait ici un réduit dans lequel un gouverneur et les plus considérables puissent se retirer dans une extrémité, et être à couvert d’une insulte, et que l’autre achève presque toute la fortification de la basseville.
POMIN ATIO N F R AN Ç A I S E
“ Pour la réparation du logement du Gouverneur, j’essaierai de régler les elioses de sorte qu’elles ne dépassent pas les 12,000 livres que vous y avez destinées ; ce ne sera pas sans besoin qu’on construira un nouveau corps de logis, et je serai bien heureux de pouvoir attendre qu’il 'soit achevé sans être accablé sous les ruines de l’ancien, en étant à la veille toutes les fois qu’il fait quelque gros vent.
“ On m’a mandé que les 50 millions d’ardoises que, par mes mémoires de l’année dernière, j’avais demandés pour la couverture, étaient à la Rochelle, et qu’on ne les avait pas envoyés parce qu’on n’avait pu trouver place dans les vaisseaux qui étaient chargés pour le Roi. Je vous supplie de vouloir bien donner ordre qu’on n’y manque pas l’année prochaine, et je vous réitère les prières que je vous faisais pour obtenir un état-major dans la compagnie de mes gardes comme en ont tous les gouverneurs de province, un aumônier pour la garnison du Château de Québec, qui m’en servirait dans tous mes voyages, et qui serait plus nécessaire que celui qu'on a établi pour le Conseil souverain, et des appointements pour mon secrétaire avec une gratification pour le passé. Celui de l’Intendant a des appointements depuis 6 années, qui n'a pas assurément plus d’affaires que le mien.”
En 1693, Frontenac fit démolir les murs édifiés par Montmagny, et les fit remplacer par des murailles de 16 pieds de hauteur, de forme plus régulière que les anciennes et embrassant un espace de terrain plus considérable. Le gouverneur appréhendait une nouvelle visite des Anglais et voulait faire du fort Saint-Louis une véritable citadelle où l’on pût au besoin s’enfermer pour y soutenir un siège.
Frontenac, qui avait des reflets du Roi Soleil et gardait sur le rocher de Québec une attitude digne de Versailles, fit placer dans un des angles de la nouvelle muraille, entre deux fontes pierres monumentales, à peu près à l’endroit où s’élève aujourd’hui le “donjon”. ou tour principale de l’hôtel Château-Frontenac , une plaque en cuivre qui a été
CO
trouvée par des ouvriers, en 1854, et sur laquelle était gravée une inscription.
jSTous transcrivons ici cette inscription ainsi qu’un article dn Canadien du 1er septembre 1854 qui en signalait la découverte.
“ Découverte archéologique.
“ Les travaux en activité pour la prolongation de la terrasse Durham, sur le site de l’ancien château et fort Saint-Louis, ont fait découvrir dernièrement une intéressante relique archéologique. En démolissant le vieux mur qui séparait l’enceinte du fort d’avec le jardin qui en dépendait, on a trouvé, dans un des angles de ce mur, deux fortes pierres monumentales, renfermant une plaque de cuivre sur laquelle était gravée une inscription latine que nous reproduisons avec sa traduction :
Anno reparatæ salutis, millesimo sexcentesimo nonagesimo tertio Régnante Augustissimo, Imnctissimo et Christianissimo G allia’ Rege LUDOVICO MAO NO XÏ1II.
Excellentissimus ao Illustrissimus Dnus.
Dnus.
Ludovicus de Buade,
Cornes de Frontenac totius Novæ Francia: semel & iterum- P r or ex.
Ab ipsomet, triennio ante, rebellibus Novce Angliœ incolis, liane civitatem Quebecensem, obsidentibus, pulsis, fiisis, ac penitus devictis,
Et iterum liocce supradicto anno obsidionem minitantibus „
Hanc arcem cum adjectis munimentis in totius patria tutelam populi salutem neenon in perfides, tum Deo. tum suo Régi legitimo, gentis iterandam covfusionem sumptibus legiis dificari Curavit,
Ao primarium hune hipidem posait.
Joannes Soullard
sculpsit.
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(L’an du salut mil six cent quatre-vingt-treize, sous le règne du très-auguste, très-invincible et très-chrétien roi de France, Louis-le-Grand, 14e du nom, le très-excellent Louis de Buade, comte de Frontenac, pour la seconde fois gouverneur de toute la Nouvelle-France, les habitants rebelles de la Nouvelle-Angleterre, trois ans auparavant, ayant été repoussés, mis en déroute et complètement vaincus par lui, lorsqu'ils assiégeaient cette ville de Québec, menaçant de renouveler le siège cette même année, a fait construire, aux frais du Roi, cette citadelle avec les fortifications qui y sont jointes, pour la défense de toute la patrie, pour le salut du peuple et pour confondre de nouveau cette nation perfide et envers son Dieu et envers son Roi légitime. Et il a placé cette première pierre.)
“ Les excavations pour les becs de gaz que l’on va établir sur la Place d’Armes, ont aussi amené la découverte d’un squelette humain, dont plusieurs ossements se trouvaient assez bien conservés. On a d’abord supposé que ces débris provenaient de quelque cimetière dépendant de l’ancien couvent des Récollets, dont l’église existait autrefois dans les environs immédiats de cette place ; mais il n’en est rien. Ces religieux enterraient les défunts de leur ordre dans l’intérieur de leur église. On croit plutôt que le lieu où l’on a trouvé ces ossements servait de cimetière à un petit fort ou amas de cabanes de sauvages hurons qui s’étaient établis sur la Place d’Armes, où, sous la protection des canons du fort Saint-Louis, ils se trouvaient à l’abri des attaques de leurs redoutables ennemis les Iroquois.”
Un contre-ordre était venu de France relativement aux travaux de l’enceinte du fort, mais trop tard, heureusement, comme on peut le voir par l’extrait suivant d une
Extrait d’un “ Plan de la ville de Québec, capitale de la Nouvelle- France, levé au mois de septembre 1693.” “N. La maison du gouverneur, avec sa galerie ou terrasse devant, — O. Frisclies. — 10. Batterie de huit pièces montées. — 11. Autre de neuf. — Le bastiment dans la gorge du bastion est la poudrière
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lettre adressée par MM. de Frontenac et de Champigny an ministre, le 4 novembre 1693:
“ Pour l’enceinte dn fort, elle avait été commencée (par l’ordre de M. de Frbntenac) dès l’antomne dernier, avant jugé que c’était l’endroit où l’on devait plutôt employer les fonds ordinaires destinés pour les fortifications, non seulement pour mettre en sûreté le magasin des poudres qui était en dehors de la dite enceinte et fort exposé, mais encore parce que toutes les murailles tombaient en ruines, et qu’il n’y avait aucun endroit dans la ville où la personne du gouverneur et celles des plus considérables eussent pu se retirer si elle avait été attaquée; de sorte que les avis que nous avons reçus ensuite du dessein des Anglais, bien loin d’avoir fait discontinuer l’ouvrage, l’ont obligé à presser davantage, et il était presque achevé lorsque Sa Majesté nous a mandé que nous n’embrassions nas de pareilles dépenses. Elles n’approchent pas de celles que le Sieur de Villeneuve proposait, puisque ce n’est qu’une simple muraille de pierre de 16 pieds de haut et de l’épaisseur convenable, derrière laquelle on fera avec le temps de simples échafauds sans terre-pleins pour tirer par dessus à barbette.
“ Cette dépense ne va qu’à 13,639 livres, qui n’est qu’une partie de ce qui était destiné tous les ans pour les fortifications et qui ne pouvait pas être mieux employé.”1
A force d’instances, Frontenac obtint du roi de France les fonds nécessaires pour commencer la reconstruction du château Saint-Louis. Le vieil édifice fut démoli jusqu’aux fondements en 1694, et l’on commença aussitôt, suiles anciennes bases, la construction d’un vaste bâtiment à deux étages, avec deux avant-corps faisant légèrement saillie du côté du fleuve, et trois avant-corps (aux angles
et au centre) donnant sur la cour intérieure. Le vieux gouverneur dirigea lui-même les travaux, avec sa fermeté ordinaire, et il eut la satisfaction de voir l’édifice qui lui tenait tant au cœur à peu près achevé avant d’y finir ses jours, le 28 novembre 1098.
Démolition du premier château (1694). — Les espérances d’un vieillard. — Mort de Frontenac. — Le “couvent du château”. — Le deuxième château terminé (1700). — Une aile ft construire. — Description du fort Saint-Louis par La Potherie. — Garde et garnison.
Î^kontenac s’exprimait en ces termes dans une lettre -*■ adressée au ministre, le -4 novembre 1694:
“ Il faut, Monseigneur, que vous ayez eu des raisons dans lesquelles je ne dois pas entrer pour avoir fait ôter de dessus les états l’article des 3,000 livres destinées poulie rétablissement du château de Québec, et qui est l’unique qui en ait été retranché. Cependant, il était un des plus nécessaires puisque ce n’est pas sans quelque espèce de miracle que je n’ai point été accablé sous les ruines du vieux bâtiment, ayant attendu jusqu’à la dernière extrémité pour le faire démolir, ce qu’on a été obligé de faire jusqu’au rez-de-chaussée, parce qu’il était irréparable, et que la couverture, charpente et maçonne (sic) étaient entièrement pourries et ruinées. On l’avait recommencé sur
les mêmes fondements et on en avait réglé les projets à peu près sur le pied des fonds que vous y aviez destinés et que nous espérions pouvoir augmenter en faisant venir les trois mille livres de cette année et ceux de la prochaine, en marchandises qui auraient apporté du profit; mais comme nous étions à moitié de ce que nous avions entrepris de faire cette année, nous apprîmes le retranchement qui avait été fait, ce qui me fit prendre la résolution de faire cesser entièrement tout l’ouvrage. Mais M. l’Intendant souhaita qu’on le continuât, parce que, disait-il, ce qui était commencé aurait entièrement dépéri, et proposa de prendre six congés sur les vingt-cinq qu’on devait donner cette année, et de remettre l’argent de la vente entre les mains des marchands, qu’il nommerait et qui continueraient sur ses ordres à payer les ouvriers qui travailleraient à rendre logeable ce qui était commencé, et qui sera, étant achevé, les deux tiers de tout le bâtiment.
“ J’eus de la peine à accepter cette proposition, et me résolvais à faire mon séjour dans le corps de garde de la garnison 1 où je suis présentement réduit, et où je passerai tout l’hiver, jusqu’à ce qu’il vous plût nous donner les moyens de pouvoir faire continuer ce que nous avions entrepris. Mais enfin je songeai que si vous trouviez quelque chose à redire à cet expédient, la faute en retomberait également sur nous deux, et que peut-être l’année prochaine serait un temps plus favorable pour vous donner lieu de rétablir ces fonds, comme je vous en supplie instamment.”
L'année suivante, le 2 novembre 1G95, le vieux gouverneur écrit à M. Delagny ces lignes plus familières, où il
i Petit bâtiment situé à droite de la porte d’entrée du fort.
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exprime l’espérance d’obtenir un changement de position : te Je n’ai pas manqué de faire de grands remerciements à Monsieur de Pontchartrain des fonds qu’il a encore faits pour le Château de Québec et de la continuation de ma gratification. Quoique éloigné et presque devenu sauvage, je ne le suis pas encore assez pour ne pas voir 'que dans un temps comme celui-ci, c’est d’avoir fait le Pont neuf. Je lui demande, comme vous me le conseillez, une continuation pour l’achèvement du Château de Québec, et il n’y aurait point de regret s’il pouvait voir de quelle manière l’argent y a été employé ; car assurément les gouverneurs qui viendront après moi devront m’avoir quelque obligation de leur laisser un logement aussi commode que celui qu'ils trouveront. Il 11e faut pas laisser néanmoins d’en jouir le plus longtemps qu’il se pourra et jusques à ce qu’il lui plaise me procurer quelque autre établissement plus honorable et plus solide, comme il me fait entrevoir que je puis l’espérer.”
Prontenac avait alors près de soixante et quinze ans. Il devait mourir trois ans plus tard, loin de sa famille et de la France, mais chéri des Canadiens et laissant un grand nom dans l’histoire du pays qu’il avait sauvé et longtemps gouverné, sans en avoir fait cependant sa patrie d’adoption.
On lit dans une chronique de 1698 : “ Cette même année, le 28 novembre, M. le comte de Frontenac décéda sur les trois heures après-midi, muni de tous les sacrements et dans des sentiments très chrétiens, ayant eu l’esprit présent et le jugement sain jusqu’à la mort ” h
1 A la date de 1707, le duc de Saint-Simon dit dans ses Mémoires : “ Mourut aussi Madame de Frontenac dans un bel appartement que le duc de Lude lui avait donné il l’Arsenal, étant grand-maître de
Le premier gouvernement de M. de Frontenac (de 1672 à 1682) fut déplorable à certains points de vue. Le comte, “ homme fort du monde et parfaitement ruiné,” comme disait le duc de Saint-Simon, était despote et cassant à l’extrême, et il employa plus d’une fois son autorité à entraver l’action bienfaisante des meilleurs amis des colons et des sauvages. Son deuxième gouvernement (de 1689 à 1698) en fit l’idole du peuple et le porta lui-même à l’apogée de sa gloire.
Les Récollets de N otre-I)ame-des- Anges avaient reçu de Louis XIV, en 1681, le don d’un emplacement occupé antérieurement par la Sénéchaussée, en face du fort Saint- Louis, et y avaient établi une succursale de leur monastère que l’on appelait : “ le couvent du Château.” En 1693, Monseigneur de Saint- Vallier ayant obtenu de l’ Hôtel-Fieu un essaim de religieuses pour fonder un “ hôpital général ” à Xotre-Dame-des- Anges, les Récollets cédèrent leur établissement des bords de la rivière Saint-Charles, et le “ couvent du château ” devint leur unique établissement à Québec. C’est à cette époque que fut construite
l’Artillerie. Elle avait été belle et ne l’avait pas ignoré. Elle et Mademoiselle d’Outrelaise, qu’elle logeait avec elle, donnaient le ton à la meilleure compagnie de la ville et de la cour. On les appelait les Divines. En effet, elles exigeaient l’encens comme des déesses, et ce fut toute leur vie à qui leur en prodiguerait. Mademoiselle d’Outrelaise était morte il y avait longtemps. C’était une demoiselle du Poitou, de parents pauvres et peu connus, qui avait été assez aimable et qui perça par son esprit beaucoup plus doux que celui de son amie, qui était impérieuse. Celle-ci (Madame de Frontenac} était une fille d’un maître-des-comptes qui s’appelait Lagrange-Trianon. Madame de Frontenac était excessivement vieille et voyait encore chez elle force bonne compagnie. ”
On comprend le peu d’attraits que le pauvre château Saint-Louis devait offrir â une femme ainsi accoutumée aux raffinements de la civilisation : aussi ne vint-elle jamais en Canada.
Il existe au palais de Versailles un tableau représentant une Minerve que l’on dit être un portrait de Madame de Frontenac.
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la belle église des Récollets que Cli arle voix disait être “ digne de Versailles ” et qui couvrait un espace dont les bornes est et ouest seraient aujourd’hui le centre du haut de la place d’ Armes et l’extrémité Est du terrain occupé par le palais de justice. Elle était ornée de vitraux coloriés et de beaux tableaux dus au pinceau du célèbre frère Luc. La flèche de son clocher, que respectèrent les obus en 1759, était d’une pureté de lignes admirable. Le premier couvent était tout auprès ; le deuxième, — construit après 1700, — était contigu à l’église.
Frontenac, qui avait le titre de “ syndic général ” ou “ coadjuteur ” des Récollets, et qui, chaque année, faisait une retraite au monastère des bons religieux, fut enterré dans cette église dont il avait de plus d’une manière favorisé l’érection. Il en fut de même de ses successeurs le chevalier Louis-Hector de Calliêres, le marquis Philippe Rigaud de Vaudreuil et le marquis Jacques-Pierre de Tafl’anel de la Jonquière, morts, eux aussi, au château Saint-Louis h
i Après l’incendie de l'église des Récollets (6 septembre 1796), les restes de Frontenac, de Calliêres, de Vaudreuil et de la Jonquière furent recueillis et transportés dans les caveaux de la cathédrale, aujourd'hui la basilique Notre-Dame de Québec, où ils reposent encore. Une tablette placée, en 1890, sur un des piliers de la basilique, près la chapelle Notre-Dame-de-Pitié, porte l’inscription suivante :
“ A la mémoire de quatre gouverneurs de la Nouvelle-France dont les restes, d’abord inhumés dans l’église des Récollets, furent transportés en sept. 1796, dans cette église :
“ Louis de Buade, Comte de Frontenac, mort à Québec le 28 nov.
“ Hector de Calliêres, Chevalier de Saint-Louis, décédé le 26 mai
“Philippe Rigaud, Marquis de Vaudreuil, Grand-Croix de l’Ordre militaire de Saint-Louis, décédé le 10 oct. 1725.
“Jacques-Pierre de TafTanel, Marquis de la Jonquière, etc.. Commandeur de l’Ordre royal et militaire de Saint-Louis, Chef d’escadre des armées navales, décédé à Québec le 17 mai 1752.”
Ainsi qu’on a pu le voir dans les pages qui précèdent, les deux premiers forts Saint-Louis, a Quebec, furent construits successivement par Cliainplain ; le troisième fut construit, en pierre, par Montmagny; le quatrième, également en pierre, mais plus spacieux, par Frontenac.
Le premier château Saint-Louis (un etage) fut bâti a l’intérieur du troisième fort; le deuxième château (deux étages) fut bâti à l’intérieur du quatrième fort.
Une assez forte batterie donnait sur le fleuve au sud du château. Elle était située à un niveau de douze à quinze pieds moins élevé que le niveau de la cour intérieure du fort en face dé la résidence du gouverneur. Ene partie des canons qui la composaient étaient placés à l’intérieur du mur d’enceinte construit en 1693; le reste était placé à l’extérieur, dans la direction du cap Diamant.
Dans une lettre datée du 20 octobre 1699, MM. de Callières et Champigny font remarquer que le château n’est pas encore terminé. “ Nous ne pouvons, disent-ils, nous dispenser de représenter respectueusement à Sa Majesté que le Château de Québec n’étant pas entièrement rebâti, il est également nécessaire et utile d’achever cet ouvrage, nécessaire en ce que le parachèvement en fera la conservation et le mettra à couvert des mauvais temps qui l’endommagent, et utile parce que ce qui est fait ne suffit pas pour loger le gouverneur et sa maison; ainsi nous croyons que Sa Majesté, entrant dans ces raisons, voudra bien avoir la bonté d’accorder 6,000 livres l’année prochaine pour parvenir au parachèvement de cet ouvrage.”
En 1700, deux ans après la mort de Erontenac, tout l’ouvrage commencé sous son gouvernement était terminé, et il ne manquait qu’une citerne au fort pour que la place pût être fermée et servir de refuge aux chefs de l'année
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et du peuple en cas de siège. Cette citerne fut construite plus tard;, et non sans peine.
Une aile qui était indiquée sur les plans primitifs du château ne fut construite qu’en 1723.
Le château Saint-Louis, reconstruit par M. de Frontenac (1694-1698) ; terminé en 1700, sous le gouvernement de M. de Callières.
Vue prise du fleuve Saint-Laurent.
M ais les fortifications du cap Diamant et de toute la ville, si imparfaites qu’elles fussent, commençaient à jeter dans l’ombre l’historique fort Saint-Louis, et 'l’importance de celui-ci se concentra bientôt presque exclusivement sur le château, résidence officielle du gouverneur-général, centre d’où partaient pour tous les points d’un pays presque aussi vaste que l’Europe entière, les ordres émanés de Versailles et de la cour du roi très chrétien-
Voici la description du fort Saint-Louis que donne Bacqueville de la Potherie dans son ouvrage intitulé : Histoire de V Amérique' septentrionale depuis 1534 jusque! 1701:
“ Le Château 1 est sur le bord d’une grande côte, escarpée de trente toises. Il est irrégulier dans sa fortification, ayant deux bastions du côté de la ville, sans aucun fossé. La maison du gouverneur-général est de cent vingt pieds de long, au-devant de laquelle est une terrasse de quatrevingts pieds qui a la vue sur la liasse-ville et sur le canal. Ce bâtiment est fort agréable, tant pour ses dedans que pour ses dehors, à cause des pavillons qui forment des avant et arrière-corps. Il est à deux étages; il y manque encore un pavillon de trente-trois pieds de long.
“ Il y a une batterie de vingt-deux embrasures à côté de cette maison, partie dans l’enceinte et partie au dehors, qui commande la basse-ville et le fleuve. A quatre cents pas au-dessus est le Cap au Diamant, de quatre-vingts toises de haut, sur lequel est une Redoute qui commande le Fort, la haute-ville et toute la campagne.”
“ Ce Cap, continue La. Potherie, est rempli de diamans dans ses rochers. Il y en a d’assez beaux, et s’ils avaient la fermeté du vrai diamant, on s’y tromperait aisément. Au-dessous du Cap, en tirant au nord-ouest à l’extrémité de la haute-ville, est un cavalier revêtu de pierre, sur lequel on peut mettre plusieurs pièces de canon, qui commandent la campagne, dans le milieu duquel est un moulin. On a fait un nouveau bastion qui met la ville à l’abri de l’insulte des ennemis.
“ Le gouverneur-général a douze mille francs d’appointements, trois mille en qualité de gouverneur particulier, et autant pour le fret de ses provisions qu'il fait venir de France.
“ Il a huit mille sept cent quarante-huit livres pour sa
i Le mot Château est pris ici dans l’acception du mot Fort.
l ’OM I N A TLO.\ FRA NC AISE
compagnie des gardes, composée d’un Capitaine, d’un Lieutenant, d’un Cornette et de dix-sept Carabins.
“ La garnison du Château, que les Fermiers du Canada entretiennent, est composée de deux Sergents et de vingtcinq soldats. Ils ont trois mille sept cent soixante et dix livres et quatre cent quatre-vingts livres pour leur bois et leurs souliers.”
Le chiffre de la garnison du fort était à peu près le même trente-cinq ans auparavant, comme on peut le voir par le curieux document suivant, extrait des délibérations du Conseil Souverain de Québec du 2 juin 1665:
“ Sun la Requête présentée à ce Conseil par Antoine le Boesme dit la Lime, tendante à remontrer qu’il y a vingtcinq ans qu’il sert le Roy en la charge de Canonnier dans le fort Sainct-Louis de Québeck, que le jour de la feste de Notre-Dame dernière, ayant esté pour tirer le canon suivant le commandement qui lui en fust faict, et après avoir tiré s’estant mis en devoir de recharger le dit Canon après l’avoir tiré, il n’eust pas sytost mis la cuiller et la poudre à l’embouchure que le dit Canon, qui estoit chambré, prist feu, et quoiqu’il eust passé l’escouvillon dedans, tira et jeta le suppliant à la renverse, luy brusla sa chemise, une partye du ventre, et luy emporta le pou 1 ce et le doigt rnitancier, luy brisa et disloca les autres et lui estonna tellement la main, le bras, les nerfs et les artères, qu’ enfin il est demeuré estropié le reste de ses jours, en sorte qu’il ne peut plus travailler de son métier d’armurier ni gaigner sa vyer requérant qu’il plaise au Conseil luy ordonner pension,, que ses gaiges luy soient payéz toute sa vye, qu’on lui donne paye de Soldat dans la dicte garnison et (pie le Chirurgien soit payé aux dépens du Roy. Le Cox.seie veu les conclusions du Procureur-général du Roy, a ordonné que les
gaiges de canonnier qn’il avoit luy seront continuez, et qu’en oultre qu’il luy sera payé la somme de trois centz livres tons les ans, à la charge d’entretenir les armes de la garnison du Château Sainct-Louis à raison de trente hommes, et de mettre en estât et entretenir toutes celles qui sont dans les Magazins du dit Fort. Ft pour le récompenser de ses pansementz et médicamentz, le dit Conseil, veu les conclusions du Procureur-général du Poy, luy donne un habit des effets du Poy que le sieur I) amour s, Conseiller, luy donnera faict quant à l’habit, dequoy sera tenu compte rapportant la présente et quittance ” h
Avant cette nomination d’Antoine Le Boesme comme armurier du Fort, le sieur Gondoiiin avait été nommé gardien des munitions de la place. On lit dans le compte rendu des délibérations du Conseil Souverain du 2 avril 1664: “ Le Conseil, voyant la nécessité qu’il y a de choisir une personne pour avoir le soin des munitions de guerre du Chasteau Saint-Louis, Et ayant appris que le sieur Gondoiiin en a eu jusqu es à présent le soin, a fait choix et nomination du dict Sieur Gondoiiin pour faire les fonctions de garde des magazins du dict Chasteau Saint-Louis, et lui a accordé la somme de Cent livres de gages par an.”
Mais ne retournons pas en arrière. Nous voici arrivés au dix-huitième siècle, à ce siècle néfaste dont la première moitié fut cependant si heureuse pour le Canada. Le château Saint-Louis, souvent déserté par ses occupants ordinaires, qui allaient passer de longs mois à Montréal, reste néanmoins le point dominant de la puissance française en Amérique, en attendant les jours du bombardement de 1759 et la transformation de la petite citadelle de Champlain, de Montmagny et de Frontenac en un fort anglais.
i Antoine Le Boesme dit La Lime mourut l’année suivante. Il fut inhumé à Québec le 23 avril 1GG6.
Louis-Hector de Callières, gouverneur-général. — Sa mort au château. — Philippe de V audreuil, gouverneur-général. — Développements de la colonie. — L'expédition de l’amiral Walker. — Physionomie de Québec en 1720. — Population du Canada. — Documents relatifs au fort Saint-Louis. — Mort de Louis XIV. — L’organisation paroissiale. — Mort de Vaudreuil au château.
i.a moet du comte de Frontenac, deux personnages
a ayant de grands états de service furent indiqués pour lui succéder: le chevalier Louis-Hector de Callières et le chevalier Philippe Rigaud de Vaudreuil. Ce furent les amis du premier qui l’emportèrent. Le principal grief formulé contre M. de Vaudreuil était son mariage avec une Canadienne. Plus tard cette Canadienne recevait de la cour les plus grandes marques de confiance, et son fils, Canadien lui-même, devenait, pour son malheur, gouverneur-général du Canada.
M. de Callières ne gouverna la colonie que pendant cinq ans. Aidé du célèbre chef huron Ivondiaronk (le Rat), il réussit à conclure avec les Iroquois un traité de paix qui
Extrait d’un plan de Québec envoyé avec une lettre de MM. de C allier es et Chanipigny datée du 6 octobre 1700.
EXT R RIT d'un plan de Québec, (/7oo) envoyé a ve c la LETTRE DE MM. a C R LL / ÈRES æt CHRMP/GNY DU 6. 8 e" 1700. / '6-Ropt ; 17-Magrein p poudre.
/ 8-Log/s de m* le gouverneur g en é RAL - 79-G LAC! ERE. 2.1 -P ET/ T CORPS DE GRADE. 2.3-PeT/TE BATTERIE.