‹ Le fou du Palais-RoyalChapitre 100 sur 127 · X. J'en viens · texte numérisé non relu

X. J'en viens

Moi. Retournons-y.

X. Oh! va, ce n'est pas la peine. Qu'y verras-tu? une population ennuyée et famélique ; des gens qui vont, d'autres qui viennent ^ enfin , tu sais, — l'incohérence civilisée... Pauvre Civilisation! elle ne sait pas même organiser

une fête. Et comment font ce peuple s*amuserait-il? Ici , comme dans tout le mécanisme social , il ne compte que pour mémoire , il n'en fait pas partie ; il est admis là comme un étranger, pour voir; et puis c'est tout... Comment les passions pourraient-elles se développer harmoniquement dans ce milieu inharmonique? — L'ennui, l'ennui! voilà le président de toutes nos fêtes!... Ah! qu'il y a loin de là aux splendeurs des fêtes phalanstériennes ! Te rappelles-tu la description qu'en a faite notre ami Victor?

" « Quand la Phalange étale ses trente-deux Chœurs, c'est l'Unité humanitaire complète, puissante, immortelle; c'est THomme, cela, et non pas l'homme isolé et civilisé, créature faible. Ignorante, pauvre et souffreteuse, qui entreprend et ne finit pas» qui vit et meurt : la Phalange vit et ne meurt pas! Quand les vieilles générations s'en vont, les jeunes viennent; les cadres sont toujours complets. L'Humanité monte et descend sans cesse sur cette échelle qui unit le ciel à la terre, comme la merveilleuse échelle de la vision de Jacob, où les anges incessamment aussi montaient et redescendaient.

«Quand la Phalange étale ses trente-deux Chœurs en parade, c'est l'Humanité déployant sa vie qui ne passe pas, sa force qui ne meurt pas, et manifestant ainsi le signe de sa royauté sur la terre...

« Quand la Phalange étale ses trente-deux Chœurs au temple, en festivité religieuse, et chante à Dieu l'hymne à trente-deux voix, c'est l'Humanité, reine de la terre, faisant hommage à Dieu, son suzerain, et s'unissant à lui par un concert de joie, d'intelligence et d'amour. Oh!^ce n'est pas l'homme isolé, etc., etc.

« Vienne donc une Phalange étalant ses trente-deux Chœurs en parade, enfants, garçons et jeunes filles, hommes, femmes et vieillards, vêtus de couleurs harmoniées, semant de fleurs le parvis du temple, et chantant ensemble

à Dieu rhymne saint à trente-deax voixf Ohl vienne une Phalange avec ses seize Tribus et ses trente-deux Chœurs» car l'heure de la délivrance alors aura sonné sur la terre (1)! »

Ces paroles furent prononcées par X d'un ail* solennel, et sa voix avait quelque chose d'inspiré. L'Architecte, qtd nous suivait sans doute depuis un instant, l'aborda brusquement par ces mots : — Salut à l'apôtre Saint- Jean !

X. Saint- Jean, qui? Moi, monsieur?... Hélas! il m'arrive parfois de prêcher dans le désert, et je me trompe souvent en croyant m'adresser à des hommes... Mais puisque je vous tiens* vous rappelez-vous, monsieur, notre discussion sur la dégradation climatérique? Que dites-vous de la grêle, des vents furieux, des trombes , des ouragans, des tempêtes, enlin de tous les fléaux qu'il nous a fallu subir depuis deux mois, fléaux qui deviennent plus nombreux à mesure que s'opèrent le déboisement, l'effritement...

L'architecte (interrompant). C'est-à-dire que j'étais un aveugle, un insensé ; c'est-à-dire qu'il faut sortir à tout prix d'une Société ignoble et inhumaine, d'une Société qui, semblable à un tyran cruel et crapuleux, marche fin pied dans la fange et l'autre dans le sang.

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