‹ Le fou du Palais-RoyalChapitre 115 sur 127 · X. Hé ! je ne fais que cela tout le long de l'année · texte numérisé non relu

X. Hé ! je ne fais que cela tout le long de l'année

L'avocat. Ta cries contre les lois ; il voas faadra bien encore des lois» des règlements dans vos Phalanstères?

X. Très certainement il n'y anra plus de lois oppressives, plas de règlements contradictoires, et surtout ptasde ces fictions légaks, plas de ces prétendus principes (P ordre qui ne sont que des sources permanentes de désordres de toute espèce.

L'avocat. Mais si vous supprimez les lois, que deviendra l'Autorité?

X. Parbleu! si tu crois que le Principe d'Autorité doive nécessairement tirer sa force des moyens répressifs, il faut convenir que tu as une singulière idée de ce que c'est que l'Autorité.— Mais, d'ailleurs, qui te dit de supprimer les lois? qui te parle de supprimer quoi que ce soit? £h ! laissez-les debout, ces lois, digne résultat du cercle vicieux dans lequel vous tournez, — '• ces lois imaginées par la Société pour punir les crimes que la Société seule enfante ! Ces lois sont utiles aujourd'hui, nécessaires même, nous le reconnaissons. Conservez-les donc; elles serviront à châtier les coupables tant qu'il y aura des coupables, et quand il n'y en aura plus, eh bien! elles tomberont en désuétude. Conservez - les avec soin, vous dis-je, car pour nous, loin de vouloir saper l'Autorité, loin de vouloir lui enlever aucun des éléments qui font sa force , nous lui apportons de nouveaux et de plus sûrs moyens d'Ordre et de stabilité ; nous sommes, en un mot, les plus fermes soutiens de l'Autorité.

L'avocat. Belle Autorité, ma foi ! Et sur quoi se fonderat-elle?

X. Dans votre Ordre social essentiellement /aux, l'Autorité n'est et ne peut être qu'un Fait qui puise sa légitimité (légitimité toute relative) dans ie besoin d'un Ordre quelconque. Aujourd'hui donc l'Autorité n'a pas d'autre base que U

nécessité ; aussi se manifeste-t-elle par des actes coûtinaels de répression. Au contraire, PAntorité telle qae nous l'entendons n'anra jamais à panir , puisqu'elle reposera sur un Ordre waiy sur l'accord et l'Harmonie qui naîtront de cet Ordre. L'Autorité actuelle ordonne et prescrit, la nôtre préside et dirige; mais elle n'a pas même besoin de commander, car elle résulte d'un concours général de volontés dont le Milieu actuel ne peut te donner une idée. Quelle Autorité plus forte, je le demande, quelle Autorité plus légitime et plus morale que celle d'un état de choses qui ne s'impose à personne, mais que toutes les classes de la Société accepteront avec empressement, avec enthousiasme?

L'avocat. C'est du moins ce que vous prétendez.

X. Eh! si nos prétentions sont fausses, la Société repoussera nos moyens de réforme, et alors encore, qu'est-ce que l'Autorité , je veux dire le Pouvoir, peut avoir à craindre dans tout cela?

Mais il y aurait beaucoup trop de choses à dire touchant le Principe d'Autorité. C'est une matière fort mal comprise , et que je ne veux pas traiter ici. J'aime mieux revenir sur le Principe d'Egalité, pour peu que cela t'amuse.

Yotre Egalité devant la loi, qui n'est à tout prendre que l'égalité devant le châtiment, ne vois-tu pas qu'elle constitue la plus monstrueuse des iniquités? Car, enfin, pourquoi punir de peines égales des hommes à qui la Société n'offre pas d'égales garanties , ou que la Nature n*a pas doués de la même force pour résister à certaines séductions ou pour accomplir certains devoirs ? — Plaisante chose, en vérité, que votre égalité devant la loi!... Te souviens- tu, mon cher (en s'adressant à moi), te souviens-tu du plai^ doyer de ce garde national?

Moi. Oui ; rapporte-le donc à ces messieurs. Tocs. Ah! oui! voyons cela.

X. NoD8 nous trouvions, mon ami et moi, aa Conseil d^ discipline. Pour quel motif, peu importe.

L'avocat. Je le devine.

X. Ne m'interromps pas... Un homme s'avance à la barre et dit :

« Messienrs, je ne me snis pas rendu à mon poste tel jour (c'était un jour d'émeute) , bien que j'eusse été dûment averti, d'abord par un ordre officiel, ensuite par le rappel du tambour. Tout cela est vrai, Messieurs, et je mentirais si je vous disais que je me suis trouvé malade, ou occupé, ou empêché par une cause physique quelconque... Yoyez<vous, Messieurs, je ne demande pas mieux que de faire mon service; j'en ai le désir, j'en ai la volonté ; je suis plein de zèle et de dévouement , et le jour où j'ai si ouvertement manqué à tous mes devoirs de citoyen d'un pays Ubre , le jour où mon cœur est demeuré froid à l'appel de la patrie et du tambour, ce jour-là même, je disais à un ami, en me frottant les mains : <* Bon ! voici une fameuse occasion de me montrer ! «> Mais, Messieurs, mon ami me répondit en riant : « Tu n'iras pas; tu verras que tu n'iras pas... » £h bien! Messieurs, il avait raison, mon ami; et la preuve, c'est que je n'y suis pas allé... Non, j'ai eu beau faire, beau m'exciter, je n'y suis point allé!... Voyez- vous. Messieurs, moi, je ne peux pas sentir l'odeur de la poudre ; le bruit d'un coup de fusil me donne une attaque de nerfs... Yous me direz à cela : « Vous n'êtes donc qu'un poltron?. . .» Ma foi ! Messieurs, je le crains bien; oui, c'est vrai, je l'avoue , je suis ce que l'on appelle vulgairement un poltron... Cependant je me bats volontiers à coups de poings ; je fais le coup de poing d'une manière assez élégante ; et si vous êtes tentés d'en faire l'expérience. . . Non?... vous ne voulez pas?... A la bonne heure!... Enfin, bref, le coup de poing est mon fait ; mais le coup de fusil, non ; la poudre , non ! ! ... La poudre ! ce mot seul est capable de me faire tomber en syncope. Aussi je vous le dis, je n'ai

pas pa me rendre à mon poste; et même je prévois qaeje n'irai jamais, que je n'aorai jamais le cœur d'y aller.

— » Cependant, dit le pré sident, la loi est la !

•^«La loi!... oui, la loi, c'est très vrai ; elle est égale ponr tons, n'est-ce pas, Messieurs ? Je ne vous dis pas, moi ; je sais bien!. .. Mais la Natare aassi est égale pour tons, et elle ne me force pas à faire ce qaeje ne puis... Si seulement votre loi m'avait donné un peu de courage, si elle m'avait enlevé ma répugnance pour la poudre, je me serais exactement rendu à mon poste... Enfin, votre loi, je ne veux pas ea dire de mal ; mais j'imagine qu'avant de faire de moi un soldat , on n'eût pas mal fait de consulter mon organisation... Que voulez - vous? c'est plus fort que moi ; je ne peux pas.

— m Mais, Monsieur, reprit leprœses^ la loi...

— «Dam' ! écoutez donc, Monsieur, il faut bien qu'elle soit absurde, votre loi, puisqu'elle m'oblige à être ce que la Nature n'a pas voulu que je fasse. Je ne peux pas vous dire autre chose... Condamnez-moi, prenez ma tête!...»

Le tribunal n'accepta ni les raisons ni l'offre du plaideur, n condamna le coupable (le coupable!!!) à deux jours de prison. — Le sot ! il avait été sincère dans sa défense !...

Un autre se présente et dit i » Messieurs, j'étais malade , mais malade... à la mort !... J'ai des témoins. Messieurs, et voici un certificat du chirurgien-major, qui est mon locataire et mon ami... D'ailleurs , consultez les registres : c'est la première fois que j'ai manqué mon service ; je suis un homme exact ; mais j'étais horriblement malade. »

Celui-là fut absous, et se retira en étouffant de rire.

L'avocat. Et il fit bien.

X. Fit-il bien? Je ne sais; mais à coup sûr, le résultat est triste ; et pourtant c'est ainsi qu'en toute chose votre Société encourage l'hypocrisie I L'homme fort» l'homme véridique,

die le condamne ^ il n'y a qae les hypocrites et les lâches qai trouvent grâce devant elle!

L'avocat. Oh! qoant à la Société actuelle, on te l'abandonne; mais le difficile» c'est de mettre qaelqae chose à la place.

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