X. C'est vrai , et j'ai raison. N'est-ce pas , mon bon (en
s'adressant à moi), n'est-ce pas que j'ai raisoa d'être modeste ? Car, remarquez ceci, tant que la dernière pierre d'une pyramide n'est pas posée, il n'y a pas, à vrai dire, de pyramide.
— Et cela prouve?
X. Cela prouve, ô architecte que vous êtes ! cela prouve que tant que l'édifice n'est pas complet , il n'y a pas à proprement parler d'édifice.
— Eh bien?
X. Eh bien! cela prouve que tant que nous ne connais* sons pas la vérité absolue, nous nous égarons dans les vérités relatives qui ne sont pas autres que le mensonge.
— Et puis?
X. Et puis cela prouve que , tant que les hommes ne savent pas le dernier mot, ils ne savent rien.
— Enfin?
X. Enfin cela prouve que nous ne connaîtrons bien la partie que quand nous saurons le tout. Et comme il se pourrait bien faire que je ne susse pas encore tout, j'ai bien raison d'être modeste.
— Ah!...
X. Mais pour reprendre notre discussion , vous croyez que c'est par modestie que je ne me déclare pas plus intelligent que vous. Vous vous trompez, et, parole d'honneur ! je vous dirais franchement ce que j'en pense , si j'étais à même. Mettez-moi à même.
— Et comment?
X n'entendit pas ; son esprit était déjà ailleurs. Il jetait autour de lui des regards où se peignait une satisfaction
intérienre. — Que ce Palais-Royal est beau! s*écria-t-il ; messieurs, la belle chose que rarchitceture ! Ma foi! l'architecture , c'est tout ; il n'y a que cela sur la terre ; les palais, les châteaux, les jardins, les grandes, belles et atiles constructions !. .. c'est tout! Que je vop^nig être roi pour loger tout mon peuple dans des palais.... Oui, messieurs, oui. Je le ferais, j'en sais les moyens , et cela ne me eoàterait rien — que le plaisir d'assurer le bonheur à tous at à moimême. Ce Palais-Royal ! quelle belle idée ! l'architeete ne s'en doutait guère, il a fait cela à son insu.,.. ^'Importe, c'est bien beau ce grand palais unitaire!.... Comment n'en a-t-on pas fait trente pareils dans Paris? C'est beau... entendons-nous! je parie du pian , de la disposition , non des détails^ les détails sont atroces ; mais le plan, ce jardiB, oes galeries... Et encore cela est bien incomplet!
l!j^çmT^Cf^f Qh l iftcpmplet !... c'est J)eaa !
X. Et savez-vojQS poui*quoi cela est beau ? C'est fu'il Bê suffit pas de dire qu'une chose est belle , il faut en^oi'e savoir pourquoi.
L'Ai^mTPQTjB. Voy4 nous le direz, vous qui possédez h Sçiçnçe.
X. Que ne la connaissez-vous? vous le sauriez flomiaLft moi ; et cela ne serait pas malheureux , puisque yoDS êtes architecte.
-f- pécidément vous p'êtes pas modeste.
X. Quand bien même je m'estimerais plus capable que vous , ce ne serait pas une raison pour me vanter.... par-» don !... non y c'est que ce n'est pas moi qui suis plus capable. Bien plus , je suis certain que vous me surpassez au moins en quelques points : cela doit être même. Ce n'est donc pas que je sois plus fort , c'est que je possède une Soieace q[ue vous méconnaissez, c'est que je m'appuie sur elle* Imt^
giQei deux eh^nt^ors d'^^ (Ale^t , Fiin s^accompagnant avec uQ piano d'Érard et TiMitre avec qn imtrw^eat hors de service; quel aéra le plqa fort de9 deqx yirtnosea? Imaginez na homjm %m inteUigeoti mai^ ig^oraqt les premiers élémeats ^ g^oi^étrie : cet homaie a qn cçrçle à diviser eq 3ix partie^ égale§ s il tâtoqp^ra (op^temps, et n'arrivera'jamaif à la rigueur mathématique. Un géomètre arrive et lui dit : • Mon brave, prenez le rayon.... » Voilà la Politique et voilà la Scienee aoeiale ; l'une n'a qv'uq ipatruq^ept fjiq^, T^itre a un instrument parfait ; Tune ressemble ài'homme qui cherche en aveugle à diviser son cercle, Pautre le divise directement , parce qu'elle est la Scienoe, et qu'elle poaiède un instrqqi^nt infaillible comme elle. £t voilà la situation de la Science vis-à-vis de la Politique, vis-à-vis de la Civilisation. Elle dit à la Politique : « Servez-vous de mon instrument , « el la Politique garde ses fa^s$^ doctrines. Nous disons à (a Civilisation : « Prenez le rayon, » et la Civilisation nous répond : « Attendez d'abord que je voie si je pourrai diviser mon cercle. ^ Voilà, monsieur... Et voilà tout le secret de ma force I
— Oui , mais vous vous donnez le mérite d'avoir trouvé l'instrument.
X. C'est évident. Je dirai même que ce que vous dites là n'est pas mal. Oui, monsieur, je l'ai trouvé, ou plutôt je l'ai apprécié ;
J*«i «I le recoiinaiire à 4^ purques oertaifMi.
Et comme par ce moyen je connais et vols toujours le but, je suis toujours à même de juger où je me trouve. Mais à propos où en sommes -nous? nous cherchions, je crois, un point de comparaison. Vous m'avez dit que vous connaissiez la mesure de la sphère ?
-Oui.
X. Eh bien! si vous n'eussiez pas étudié la question, Fignorance où vous seriez de la solution de ce problème ne prouverait rien contre votre intelligence. Supposez une chose que chacun de nous ait étudiée , sur laquelle notre intelligence ait été également éveillée; tenez, prenons le Phalanstère ? Avez- vous lu quelque chose de Fourier ?
— Mais oui.