X. La comprenez-vous
— Maïs...
X. Comprenez- vous que, si le Palais-Royal est si beau , c'est q[ue, soit liasard, soit intention, l'archîtecte a fait là un édifice unitaire? Il y a dans ce palais un grand senti« ment d'Unité. -^ Concevez-vous qu'au moyen de ces galeries, de ces promenades, l'habitant du Palais-Royal trouve là tout sous sa main, et sans pour ainsi dire sortir de clicz lui : les bains, les théâtres, les cafés, les cabinets de lecture, les restaurants, tout ce qui est utile et agréable à la vie ? Comprenez-vous qu'en faisant une seule cour dans cet espace, un seul jardin dans cette cour, Farehitecte a ménagé plus de logement, plus d'air et de lumière, et de salubrité, et de bien-être, et de silence, que s'il avait construit çà et là une petite cour, un petit jardin, une petite maison, un escalier étroit et étranglé, comme cela se voit dans les autres quartiers barbares de votre Paris tant vanté? Comprenezvous qu'une idée aussi simple l'a conduit à créer un édifice d'une simplicité qui approche de la beauté absolue, laquelle est la plus simple possible? Concevez-vous qu'à l'exemple du suprême Econome, du tout-puissant Architecte, qui, dans la construction de l'univers , a été économe de ressorts et de matière , l'architecte de ce palais a réalisé une immense économie, tout en élevant une construction durable et satisfaisante à l'œil? Si ce palais est plus beau que tous les autres, c'est que par sa disposition il tient presque autant de l'Harmonie que de la Civilisation. Yoilà pourquoi il est beau ! Maintenant, complétez cet ensemble imparfait : établissez des promenades couvertes et chauffées pour l'hiver ; imaginez que tous ces établissements morcelés soient fondus les uns dans les autres, et soient disposés non plus selon le caprice ou l'occasion , mais d'après un calcul et dans un esprit de distribution régulière ; créez des communications
aux étages supérieurs, etc., etc., et vous doublerez, vous
quadruplerez l'économie en décuplant les joQtosanc^s ! Ah t si ce palais m'appartenait!.,.
L'architecte suivait ce raisonnement avec beaucoup d'attention, mais évidemment cette manière d'envisager le Palais-Royal le dérangeait tout-à-fait de ses habitudes.
X s'en aperçut. — Mais cet exemple ne vous saisit pas encore, lui dit-il. Morbleu ! j'en suis fâché pour vous. Prenons-en un autre. Eh ! tenez; ce groupe que nous formons ici, et qui vient de s'augmenter de trois personnes, si bien que maintenant nous voici neuf; ce groupe restera peut-être ici toute la journée ; ce ne seront plus les mêmes hommes, car je vais aller de mon côté, vous du vôtre ; nous y reviendrons peut-être, mais sans nous y rencontrer, sans y rencontrer un seul de ces messieurs ; et pourtant le groupe subsistera, il ne sera pas dissous. Ne voyez-vous rien là? N'y a-t-il là pour vous aucun enseignement? ^
L'ARGHrrEGTB. Ma fol I...