‹ Le fou du Palais-RoyalChapitre 44 sur 127 · X. D'utopie, soit, si tu prends ce mot en bonne part · texte numérisé non relu

X. D'utopie, soit, si tu prends ce mot en bonne part

Lb cowbdibbi. Sans doute.... Eh bien! f avoue que, moi , je suis grand partisan des utopies, parce que, à tout prendre » elles ne peuvent guère valoir moins que ce qui existe.

X. Eh ! eh I voilà qui n'est déjà pas si mal, si tu as trouvé cela tout seul ; mais ce n'est pas là un raisonnement de phalanstérien... Non, crois-moi, tu ne Tes pas encore; mais tu le deviendras, parce qu'il 7 a diez toi l'étoffe nécessaire.

Voyons un peu l'effet que te fera tnon historiette. Elle est arrivée ces jours derniers à un de mes amis, qu me la racontait ce matin. II s'agit de la fille d'un changeur, — une femme charmante que je pourrais vous indiquer. Mon ami Tavait rencontrée plusieurs fois aux Tuileries. Un jour, il la suivit jusqu'à son domicile, et la vit s'installer au comptoir. Pendant un mois mon ami passait régulièrement quatre fois par jour devant la belle changeuse, qui daignait le suivre des yeux. Mon ami s'enflammait sérieusement; il songeait déjà à épouser ; il cherchait les moyens de s'introduire dans la famille, et n'attendait pour se déclarer qu'une occasion favorable, lorsqu'il s'aperçut que la figure de sa belle était devenue tout à coup singulièrement refrognée, et que son regard, hier encore doux et encourageant, était aujourd'hui soupçonneux, inquisiteur. Que faire? Mon ami avait remarqué quelques causeries familières entre la demoiselle et la bonne de la maison. Il résolut de questionner celle-ci, et n'oublia pas les moyens de persuasion. Bref il parvint à s'assurer que sa belle, d'abord assez bien disposée pour lui, s'était mis en tête, depuis peu > qu'il observait les pièces d'or et' les billets de banque. — Mon ami, qui est un peu susceptible, ne demanda pas d'autres explications. Ma chère enfant, dit-il à la bonne, vous direz à votre maîtresse que je suis désolé de m'être trompé, mais véritablement je l'avais prise pour une autre.r-£t en effet il s'était trompé ; évidemment cette femme-là ne pouvait lui convenir.

Le comboibn. L'histoire est drôle; mais qaeHe oonsé« qaeoce en tires-ta?

X. Bien ! j'aime les gens qui s'enqnièrent des conséqaenoes. — Je dis que» dans une société régniière, de pareilles méprises seraient impossibles ; je dis que, dans tm milieu social où les femmes ne seraient pas elottrées comme &njoord'hai, mon ami n'aurait point perdu son temps à rediercher les mo'yiensde s^approcber d'une femme qui n'était pas fiiite pour le comprendre ; je dis que de son côté cette femme n'aurait pu former des soupçons aussi injurieux sur le compte de mon ami. Enfin je dis que le pauvre garçon s'était trompé sur son Attraction, comme nous nous trompons tous (sauf dans le très Jeune âgCt où notre nature est peu bussée). Et pourquoi cela? parce que la Société, qui devrait nous guider dans le chemin de la vie, la Société est organisée de telle sorte... ou plutôt n'est pas organisée... mais enfin est façonnée de manière à engendrer des leurres, des mécomptes, des obstacles de toute espèce, en un mot

une lutte continuelle de Thomme avec lui-même Et

encore que sait-on? (car on ne peut rien savoir...)

peut-être qu'en Harmonie ils auraient lEait un excellent ménage... Dans tous les cas, le milieu social a faussé la nature des rapports qui devaient s'établir entre eux : s'il n'y avait pas sympathie naturelle, il le leur a laissé croire un instant; il les a donc trompé ; si cette sympathie existait , il y a mis obstacle. Et cela n' est pas un exemple isolé ; faites-y bien attention « tous les jours on voit des malentendus pareils, et de bien plus graves encore...

Là, sérieusement, n'est - il pas absurde de doîtrer les femmes comme nous le faisons? On ne peut les aborder sans qu'elles éprouvent de la défiance; et le malheur est qu'elles ont raison, car il y a gros à parier qu'on va les tromper ou qu'elles se tromperont elles-mêmes ; tant il est vrai que Vétat de lutte interne et externe est le lot de tous dans la

Sodété aistQeUe ! La elaostration engendre la sédoction , et vice versa. Je vous dis que vous êtes oontinuellement dans on cercle vicieax !... Et remarquez qae votre Société, dans sa lotte idiote contre la nature, n'a épargné lés passions d'aucun ordre. Elle a proscrit, elle a comprimé tous les grands élans du cœur. Voyez ; dans les relations majeures, telles que les affaires de gouvernement et d'industrie, ce n'est jamais sans en être dupe que l'on fait preuve de droiture et de loyauté; et dans les relations mineures, celles d'amour ou de Caimille , ce n'est jamais impunément que l'on a reçu du ciel une âme tendre et mélancolique , un cœur sensible. Règle générale : plus on est aimant, plus il faut craindre d'aimer. Cette denûère observation est même banale ; c'est sur elle que roulent la plupart de nos romans et de nos drames... Est-ce là une règle voulue par Dieu?

Le coméoien. Je serais curieux de savoir comment les cboses se passeront dans vos phalanstères?

X. Oh! en Harmonie, plus d'erreur, plus de tromperie, plus de trahison possible ; les deux sexes trouveront toutes les garanties de bonne foi, de sincérité...

L'iUiCHiTECTE. Je ne m'en fais pas une idée bien nette.

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