X. M C'est, dit Fourier, en introduisant à la fois dans nos
(l) iVoHt», monde iW.| Livret d'ftoûo&ce, p. SOI.
travaux les trois passions mécanisantes, Cabatiste, Allernante et Composite,
M Le moyen est facile : il suffit d^exercer les travaux par masses nombreuses et non par familles.
« Examinons ce mécanisme : Si un carreau de terre à bêcher emploie un homme pendant 24 heures, ce travail ne coûtera que 2 heures à une masse de 12 hommes, disons même 1 heure et demie; car la masse est joyeuse, active, quand elle a choisi librement un travail. Cette option existe toujours en industrie combinée.
M A la suite de ce travail, on va à d'autres séances à choix; tel au poulailler, tel au colombier, tel aux cuisines, tel aux serres, tel aux ateliers ; la journée se passe en courtes séances d'environ 2 heures, tenues sous toile Ou dais mobile sur 12, 15, 20 piquets, si c'est aux champs et jardins. Toutes ces réunions sont joviales, étant composées de sociétaires libres qui ont opté par goût pour la fonction.
« Yoilà déjà YJUemante ou Papillonne introduite dans les travaux par le ressort des courtes séances, mode opposé à nos longues et ennuyeuses séances.
« Une fois ces Groupes formés, ils en viennent à se coaliser entre espèces homogènes de genre ; sept groupes qui cultivent sept sortes de choux se liguent pour le soutien général de leur culture; ils sont rivaux, prétendent à la supériorité de leur espèce favorite ; mais ils sont collectivement ligués, formant Série dégroupes afSliés pour soutenir les intérêts de leur culture, et rivaliser des Phalanges voisines qui prétendent l'emporter sur eux en perfectibilité des choux.
« Ainsi se forment les Séries passionnées ou échelles compactes de groupes émulatifs et cabalistiques, donnant plein essor à la dixième passion, la Cabaliste, et vivement intri* gués par rivalités internes et externes.
a Dans chaque Groupe on subdivise les fonctions ; elles se répartissent à trois qu quatre sous-groupes qui, tout en iQ«
ter venant aux divers travaux, se chargent spécialement de telle branche, comme le recueil des graines ou bulbes, le semis ou autre parcelle du travail.
M Par suite de cette spécialité parcellaire affectée à char que sous-groupe, les travaux sont faits avec passion : chaque sous-groupe compte sur les autres pour la bonne tenue des branches qu'ils affectionnent; c'est un motif d'amitié collective dans le groupe -et d'enthousiasme pour la perfection que chacun admire, soit dans la parcelle où il brille, soit dans les autres parcelles des divers sous-groupes. Cet ordre développe la Composite ou double charme : celui des sens, vue, goût, odorat, par Texcellence du produit; celui de Tâme, par Tintimité des coopérateurs et la célébrité qu'ils acquièrent au loin.
M C'est ainsi que les trois passions mécanisantes s'introduisent dans l'Industrie par le seul emploi des masses libres substituées aux familles et jouissant de l'option; elle ne peut avoir lieu que par la grande variété de fonctions réunies chez une masse agricole d'environ 400 familles ou 1800 individus inégaux, et distribués par Séries, afin^d'opérer :
M En séances courtes et variées, d'où naît l'Alternante ; «En échelle compacte de groupes, d'où naît la Cabaliste; M En exercices {)arcellaires, d'où naît la Composite (1). t»
L'ahchitecte. Voilà qui est très bien; mais comment pouvez-vous croire que quatre cents familles vivrontjamais en bonne harmonie dans un Phalanstère , lorsqu'il est notoire que l'on ne peut réunir en gestion domestique trois ou quatre ménages, sans que la discorde se manifeste au bout d'une semaine, surtout parmi les femmes ?
X. « C'est très faussement raisonné, vous répond Fourier; car si Dieu veut l'économie et la mécanique, il n'a pu spéculer que sur l'association du plus grand nombre possible;
(i) Fauise induitrie, tom, I , p. 369 et 870.
dès lors Tinsuccès sur de petites réunions de trois et de trente familles était un augure de réussite sur le grand nombre, sauf à rechercher préalablement la Théorie d^assodation naturelle ou méthode voulue par Dieu, et conforme au vœu de l'Attraction qui est l'interprète de Dieu en mécanique sociétaire (1). *»
Le peintre. Mais, messieurs, j'y songe... Lorsque les hommes seront tous heureux, ils peupleront le globe si vite et si bien qu'ils seront obligés de se manger les uns les autres.
L'architecte. Pardon ! c*est tout le contraire. Je me souviens que Fourier résout, on ne peut mieux, cette question. Il démontre fort bien (et cela m'a frappé, car j'en ai des exemples sous les yeux) qu'à mesure que la race s'améliorera, elle deviendra moins féconde , la fécondité des femmes étant en raison inverse du luxe, du bien-être et de la vigueur corporelle. Il est remarquable, en effet, que les familles qui vivent dans l'aisance désirent souvent des enfants sans en pouvoir obtenir. C'est tout le contraire dans les familles pauvres, surtout lorsque la mère 'est d'une organisation faible, d'un tempérament maladif, débilité encore par les privations. Ainsi la question de l'excès de population se trouve résolue par l'accroissement même de la richesse publique et du bien-être général. C'est un résultat d'autant plus admirable qu'il est naturel , et jusqu'à un certain point il justifie les autres calculs de l'auteur.
X. J'aime à voir qtàe du moins vous lui rendiez justice. . . et surtout sur un point de cette importance ; car c'est là un des Équilibres sociaux qu'il établit mathématiquement, et sans lequel l'Harmonie n'eût été que mensonge et déception pour l'Humanité.
Le peintre. Ainsi, il n'y aura plus de prolétaires?
(I) Nouveau Monde inditsUiei^ page 3«
X. A propos de prolétaires, savez^vous, meflsieors, qae la Civilisation a en bonne chance lorsqu'elle a imaginé nn mot aqssi henrenx, aussi complet?... Elle qui n'agit qn'en mode timpk-, savez-yous qu'elle a fiait là un mot qui est d'ordre compoié?. . En effet, l'on dit prolétaire par opposition à propriétaire, celui qui n'a pas et celui qui a ; or prolétaire exprime parfaitement ce rapport : dans l'usage il signifie celui qui n'a rien, et il le prouve par son étymologie, car le pauvre ou prolétaire est effectivement celui qui procrée le plus. C'est au hasard sans doute, et non à l'observation, que nous devons un mot qui dit si bien ce qu'il veut dire ; c'est grand dommage pour la philologie qu'un mot pareil doive un jour être aboli ; car vous l'avez dit avec raison, monsieur, iln*y a plus de prolétaires en Harmonie, et cela par deux bons motifs : le premier, c'est que tout le monde possédera, même les enfants ; le second, c'est qu'il n'y aura plus comme aujourd'hui des individus dont toute l'utilité sociale semble se réduire au soin de conserver l'espèce. Voilà, — la Nature a prévu toutes ces choses, et Fourîer les a découvertes.
Lb psintee. Mais, comment s'y est^l donc pris pour cela?
X. Eh ! mon dieu , Fourier est un de ces inventeurs prime-sautiers, un de ces hommes de génie à qui il a été donlié
de
Dérober au p9«iin ms angastes sacreu ,
et qui devinent par instinct une multitude de choses dont le calcul donne plus tard la preuve. « Audaces fortuna juvai^ vous dit-il avec simplicité. On voit fréquemment les casse-cou réussir là ou échouent les hommes de l'art. Les savants même n'ont souvent dû leurs succès qu'à des procédés de casse-cou. Kepler avoue qu'il opérait au hasard, quand il découvrit la fameuse loi des carrés des temps périodiques proportionnels aux cubes des distances. Il est donc avéré qu'en fait de découvertcs-la témérité et le hasard
entrent en partage avec le génie et la science. Newton , à ce qu'on assure , ne dat qu'à un coup fortuit , à la chute d'une pomme, le calcul de la gravitation , que Pythagore avait entrevu et manqué vingt-cinq sièclesaupitravant. (1) •
Lb DOCTEfTR. Vous rappelez - VOUS , dans la Thiariê ie$ Quatre M<mvemeni8, avec quelle naïveté Fourier raconte comment il fut conduit à la découverte de l'Association , de l'Attraction passionnelle , et par suite à sa magnifique conception de l'UNITÉ UNIVERSELLE ?