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collège que l'on nous enseigne jusqu*à l'âge de quinze ans, et qui doit recevoir, dans le cours de la vie, tant et de si cruels démentis? Quels parents ne seraient fâchés de voir leur enfant mettre en pratique tous ces beaux principes de dévouement, de désintéressement, que des pédants (qui ne les observent pas) lui ont inculqués dans son enfance ? — principes qui seront sans doute applicables dans un meilleur ordre social, mais qui, de nos jours, conduiraient droit aux déceptions, à la duperie , au ridicule. Aussi est-il sous-entendu dans le monde que la morale, tout au plus bonne pour occuper, pour amuser les enfants, ne peut ni ne doit astreindre les hommes faits qui ne manquent jamais de la fouler aux pieds. Et en effet , loin de reposer sur le bon vouloir, la docilité et niême l'abnégation des individus, la Moralité veut résulter de l'organisation sociale elle-même.
Le mari. Je ne saisis pas bien cela.
X. C'est que, sans doute, je suis obscur à force de vouloir être concis. En deux mots : aujourd'hui la Morale n'est qu'une chose accessoire et relative, et le plus souvent elle est en hostilité avec les intérêts individuels. Au Phalanstère, elle domine et embrasse tout *, elle découle des rapports sociaux. Par exemple, si aujourd'hui le secret que chacun garde touchant ses actes (secret qui résulte lui-même de l'état de morcellement et de division) est évidemment une des principales sources de mensonge et d'immoralité, vous conviendrez que la publicité qui sera le fait naturel de l'Ordre sociétaire, est déjà une grande garantie de moralité... Mais je m'étendrais beaucoup trop, si je voulais passer en revue tous les éléments de moralité effective qui naissent du Régime phalanstérien ; et d'ailleurs, comme nous parlons d'éducation en particulier, ce n'est pas le cas de nous occuper maintenant de la Morale, puisqu'elle est du domaine des Ac« cords sociaux. C'est un tout autre ordre d'idées.
J'ai dit que l'éducation devait tendre : 1° au dévelopement
des sena ; .2° au développement des cari^ctères et vocations t 3"" an développement de rintelligence.
Yoas allez vous convaincre, madi^me, qae les méthodes usitées, disons mieux, les moyens auxquels est réduite la Civilisation , loin de satis&ire à ces trois conditions, à ces trois buts de l'Education , ne se proposent même pas d'y atteindre.
Il est facile de comprendre que, pour la basse enfance , le Régime actuel agit sans consulter les convenances des parents. S'ils sont assez riches pour pouvoir élever leurs enfants sous leurs yeux, ils en deviennent né* cessairement les esclaves. Obligés de se séquestrer, de se priver de voir leurs amis, pour se livrer exclusivement à l'éducation de leurs enfants, ils ont la douleur de n'y pouvoir réussir. Sont-ils forcés, par leurs affaires, de s'absenter; ils sont obligés de confier leurs enfants à des domestiques corrompus...
La HÈRE. Oh! les domestiques, la plaie des ménages I..,
X. Oui, madame, la plaie, le fléau des ménages! Très certainement, la Domesticité actuelle n' est pas dans la Nature, et il faut la changer; mais...
Le mari. Comment ! vous ne voulez plus de domestiques?
X. Nous n'en voulons plus... Permettez... Il est certaiii qu'au Phalanstère les travaux domestiques se feront , mais ils ne se feront pas comme aujourd^ui.
Le mari. Yous trouvez donc mal que je veuille me faire servir?
X. Le mal n'est pas que l'on se fasse servir; le mal n'est pas qu'il y ait des gens pour accomplir les travaux domestiques... Evidemment il serait absurde de vouloir que cha^ cun se servit soi-même... Le mal, c'est qu'il y ait dans 1«^
Société une etasse de gens eidusivemeat et inévitablement condamnée à servir les antres, classe à part, qui fait votre malheur » tout en étant elle-même fort à plaindre.
Le mari. Pas tant à plaindre...
X. Gonmient! pas tant à plaindre? Des gens privés des avantages du luxe qu'ils ont sans cesse jsous les yeux !
Le mari. Ils sont élevés à cela.
X. Mon cher ami, on croit généralement dans le monde que réducation forme les hommes, qu'elle doit avoir pour but de les former; c'est une grave erreur. Le seul but de l'éducation doit être de développer nos aptitudes, de faire éclore nos vocations ; il n'y a de succès possibles , pour l'éducation, que dans cette voie. Sans doute, en prenant l'homme à puero^ en le dressant, ou plutôt en le faussant dès son enfance, l'éducation parvient à faire un avocat de tel individu né pour toute autre fonction ; mais il ne sera jamais qu'un fort mauvais avocat, un avocat inepte. De même, celui qui se voit forcé d'être domestique, bien que la domesticité ne soit pas dans ses goûts, en vain a-t-il été habitué dès l'enfance à cette condition, il ne fait toujours qu'un fort mauvais domestique. Aussi Pon a beau, élever, l'on a beau dresser à cette fonction une certaine classe de la Société , la Nature ne perd jamais lies droits; et la preuve, c'est qu'aujourd'hui les mauvais domestiques sont la règle, et les bons, l'exception.
Mais reprenons notre sujet.
Yoilà pour les parents riches. Quant aux parents pauvres, ils se voient forcés de se séparer de leurs enfants, de les confier à des femmes mercenaires qu'ils ne connaissent pas, et qui ne mapquent jamais de les tromper. A cet égard même je dirai que le Gouvernement est bien coupable de ne pas mieux surveiller les établissements connus sous le
nom de Bureaux de nminHces. SMI était plus sévère dani i$es investigations, ii rencontrerait de ce côté, n'en doutez pas, une foule d'abus honteux et révoltants ; au lieu de se contenter de faire de la statistique qui n'aboutit et ne remédie à rien , au lieu de dresser des tables de mortalité pour les etifiints , il rechercherait et il trouv^ait la cause qui enlève la moitié des nourrissons. . . Hais pasèons.
Le Régime actuel, ai-je dit, ne consulte pas plus les convenances des enfants que celles des personnes appelées à les surveiller, à les élever. Pense-t-on , dans les ménages , pense-t-on, dans les maisons d'éducation, à raffiner les settSi le goût, l'odorat) le toucher?... rïuUement; et quant à l'ouïe , loin qu'on cherche à perfectionner ce sens, on dirait que les enfants sont placés dans des circonstances faites tout exprès pour leur fausser et l'oreille et la voit ! Examinez dé près toutes les conséquences des usages suivis à cet égard , et vous reconnaîtrez sans peine à combien de déformations physiques et morales nous sommes exposés dès notre âgé le plus tendre, grâce aux objets et aux personnes qui nous entourent.
Mais vous connaissez assez Finctirie coupable dont notre Société fait preuve envers les enfants , comme envers toui les membres du Corps social. Voulez-vous avoir une idée de la prévoyance de l'Ordre sociétaire ? écoutez Fourier :
<« La Civilisation, toujours simpliste ou simple dans ses méthodes, ne connaît que le berceau pour asile du nourrisson; l'Harmonie, qui opère en ordre composé^ donne à l'enfant deux situations ; elle le fait alterner du berceau à la natte élastique. Les nattes sont placées à hauteur d'appui ; leurs supports forment des cavités où chaque enfant peut se caser sans gêner ses voisins. Des filets de corde ou de soie, placés de distance en distance, contiennent l'enfant sans le priver de se mouvoir ou de voir autour de lui , et d'approcher l'enfant voisin, dont il est séparé par un filet.
« La salle est chauffée au degré convenable pour tenir
reniant en vêtement léger, et évitel* Fembftrraa de langes et de fourrures. Les berceaut sont mus par mécanique : oh peut agiter en vibration vingt berceaux à la Ma. Un seul enfant fera ce . service « qui occuperait ches nous Tîngt fenunes.
et Les Nourrices forment une Série distincte et doivent être classées par tempérament, afin qu'on pui^e les assortir aux enfants, surtout dans les cas de changement de lait. Le nourrissage indirect est fort usité en Harmonie* parce qu'il est très lucratif et peu fatigant, et parce que les Harmoniens, plus judicieux que J.-J. Rousseau, pensent que, lorsque la mère est d'une complexion délicate, il est très prudent de donner à l'enfant une nourrice robuste ; c'est le greffer^ le renforcer. La Nature reut ces croisements. Si on accole un enfant faible à une mère faible, c'est les exténuer tous deux pour l'honneur d'une rêverie morale. Au reste, on s'appliquirra beaucoup à perfectionner le régime d'allaitement artificiel, et l'employer concurremment avec le naturel, ou isolément. Dans l'Etat sociétaire, une mère, quelque opulente qu'elle soit, ne peut jamais songer à élever son enfant chez elle isolément ; il n'y recevrait pas le quart des soins qu'il trouve au Séristère des poupards ou nourrissons ; et, avec toutes les dépenses imaginables, on ne pourrait pas y réunir une Corporation de Bennes paêsionnées, intelligentes, se relayant sans cesse, en trois caractères assortis à ceux des enfants. Une princesse, malgré tous ses frais, n'au- * rait pas des salles si habilement soignées, des nattes élastiques, avec voisinage d'enfants qui se servent réciproquement de distraction , et sont assortis en caractères. C'est principalement dans cette éducation de prime-enfance qu'on reconnaîtra combien le plus riche potentat civilisé est audessous des moyens que l'Hafmonie prodigue aux plus pauvres pères et enfants.
M Loin de là , tout est disposé en Civilisation de manière que le nourrisson fait le tourment d'une maison ofganisoç
pour le tourmenter Im-méme. L'enfant, sans le savoir, désire les dispositions qu'il trouverait dans un Séristèred'Har* monie; à dé&ut de quoi il désole par ses cris parents, valets et voisins, tout en nuisant à sa propre santé.
« A l'âge de six mois, où nous ne songeons pas à donner aux marmots le moindre enseignement, on prendra de nom* breuses précautions pour former et raffiner leurs sens, les façonner à la dextérité , prévenir l'empfoi exclusif d'une main et d'un bras qui condamne l'autre bras à une maladresse perpétuelle; habituer dès leberceaul'enfant à la justesse d'oreille en faisant chanter des duos et quatuors dans les salles de nourrissons, et en promenant les poupons d'un an au bruit d'une petite fanfare à toutes parties. On aura de même des méthodes pour joindre le raffinement auditif au raffinement musical, pour donner aux enfants la finesse d'ouïe des rhi* nocéros et des Cosaques, et exercer de même les autres sens. De là vient que l'enfant sociétaire sera à trois ans plus intelligent, plus apte à l'industrie que ne le sont à dix ans beaucoup d'enfants civilisés qui n'ont ji cet &ge que de l'antipathie pour l'industrie et les arts.
« Le rôle de Bonne exigera donc de nombreux talents, et ne se bornera pas, comme en France, à chanter faux et à faire peur du loup. Les Bonnes s'exerceront surtout à prévenir les cris des enfants ; le calme leur est nécessaire, et ce sera sur l'art de le maintenir que s'exerceront les prétentions cabalistiques et émulatives.
«4 Le vacarme des petits enfants « si désolant aujourd'hui , se réduira à peu de chose *, ils seront très radoucis dans les Séristères ; et il en est une raison bien connue, c'est que les caractères querelleurs s'humanisent avec leurs semblables. Me voyons-nous pas chaque jour les ferrailleurs et pourfendeurs devenir fort doux , et renoncer à l'humeur massacrante quand ils se trouvent en compagnie de leurs égaux? Il en sera de même des marmots élevés dans un Séristère d'Harmonie et distribués en plusieurs salles de
caractères. J'estime que ceux de troisième genre, les dia« blotius et démoniaques, seront déjà moins méchants, moins hurleurs, que ne le sont aujourd'hui les bénins. D'où naîtra ce radoucissement ? Aura-t-on, selon le vœu de la morale, changé les passions des petits enfants ? Non, sans doute ; on les aura développées sans excès en leur procurant les délas* sements de réunion sympathique «.. (1)»
La hèbe. Oui, je crois, en effet, que les enfants seraient bien plus heureux ainsi. Mais qu'en faites- vous plus tard?
X. A mesure que l'enfant prend de râge,vousle savez, les inconvénients et les embarras de l'éducation actuelle deviennent encore plus nombreux Le besoin d'action , d'émulation, le désir instinctif d'acquérir des connaissances , cette curiosité inquiète qui porte les enfants à s'informer, à c<mnaître, — ^toutes ces qualités précieuses que vous avez com" primées à grand' peine, l'âge les développe malgré vous; l'âge éveille en eux le besoin de se trouver au milieu de leurs compagnons, de leurs égaux ; si ce besoin n'est pas satisfait (et l'éducation de famille ne peut le satisfaire), alors c'est un tourment perpétuel ; ils deviennent bruyants , turbulents; le défaut d'exercice industriel les rend maladroits; ils cassent et brisent tout ; ils fpnt votre désespoir ; ils vous adressent des questions fort embarrassantes et vous désolent à force d'indiscrétions. Pour éviter leurs inconséquences et déjouer leur sagacité, vous êtes forcés de vous gêner, d'observer vos paroles , vos moindres actions , de leur mentir même.
Le ma&i. Oh! oui, c'est bien vrai, cela; et ma femme pourrait vous citer deux ou trois circonstances toutes récentes où elle s*est trouvée bien embarrassée par l'indiscrétion de notre petite Marie. Il faut toujours se méGer des enfants : quand on les croit très occupés de leurs joujoux ,
(i) Nouveau Â/otulc indusiriel^ p> S0$ e| luiv.
«'est alors qaHls prêtent PoreiHe la phis attentive à ce que disent les parents.
X. Eli bien ! cette curiosité contre laquelle vous êtes toujours en garde, ne pourriez- vous l'utiliser? au lieu d'appliquer tous vos soins à la déjouer, ne pourriez- vous la faire servir à l'éducation? — Pauvres enfants! que de peine les parents ne se donnent-ils pas pour arrêter cette sève, pour refouler cette exubérance de vie que Dieu a mise en eux I... »— Ah ! certes , il y a là quelque chose de faux et qui ne doit pas être, quelque chose qui vous indique que le foyer domestique n'est pas une place qui convienne , qui suffise à l'enfant.
La ÎMiÈEE. Oh! cependant, avee de bons principes, une bonne di)reetion...