Le four electrique
L'étude des fluorures de phosphore m'a conduit, après bien des tâtonnements et des recherches, à l'isolement du fluor. Lorsque j'ai su manier ce nouveau corps simple, j'ai pensé à utiliser ses réactions si énergiques à la reproduction du carbone cristallisé.
Tout d'abord j'ai démontré qu'il était facile de préparer deux fluorures de carbone gazeux. Mais ces gaz ne m'ont fourni, par leur décomposition pyrogénée, que du noir de fumée.
Si ces composés fluorés ne m'ont pas donné les résultats espérés, ils m'ont amené à reprendre l'étude méthodique des trois variétés de carbone et à rechercher leurs moyens de transformation.
Reconnaissant alors que la pression avait dû intervenir pour produire la cristallisation du charbon, je me suis servi de l'augmentation de volume qu'éprouve la fonte, au moment où elle passe de l'état liquide à l'état solide, pour obtenir une pression très énergique.
Cette expérience est réalisée vers lOOO*', mais comme j'avais besoin de faire dissoudre beaucoup de carbone dans ma fonte, j'ai dû porter ce métal à une température très élevée. Delà, l'invention de mon four électrique.
J'ai donc été conduit à construire un appareil de laboratoire pouvant se plier à toutes les conditions de la recherche. Je le crois simple et commode. En tous cas, il m'a rendu de grands services pour mener à bien cette étude de la reproduction du diamant, en même temps qu'il me permettait d'étendre nos connaissances sur la chimie des hautes températures.
Ce sont les résultats obtenus au moyen de cet appareil que je vais exposer dans ce volume. J'ai cru devoir les réunir pour en faire mieux comprendre l'importance.
Mais ce que je ne puis rendre dans ces chapitres successifs, c'est la joie que j'ai éprouvée à poursuivre toutes ces découvertes. Marcher dans un sillon nouvellement ouvert, se sentir les coudées franches et voir de tous côtés surgir de nouveaux sujets d'étude, procure un bonheur, que ceux-là seuls, qui ont éprouvé l'âpre plaisir de la recherche, peuvent entièrement comprendre. Aussi, lorsque mon ami G. Steinheil est venu me demander ce volume, j'ai accepté sans hésitation, car c'était une façon pour moi de revivre, en l'écrivant, ces nombreuses et bonnes heures de travail.