TROISIÈME PARTIE Reproduction du diamant
Gknéralitks. — Lorsque Lavoisier oui démonin'', par une oxpérience mémorable, que le diamant n'était que du carbone cristallisé, les essais. de reproduction ne se firent pas attendre. Les recherches entreprises dans cette voie sont assez nombreuses, mais bien peu ont été conduites avec méthode et persévérance. Si nous en exceptons quelques Mémoires importants, nous verrons, par l'historicpie de la question, combien de choses contradictoires ou douteuses ont été publiées sur ce sujet. D'ailleurs, si le nombre des recherches a été très grand, celui des publications n'est pas aussi étendu que l'on pourrait le supposer tout d'abord. Gela tient sans doute à ce que beaucoup de chercheurs ont envisagé plulol la reproduction du diamant (pie l'élude des dilVérentes variétés allo(ro])iques du carbone. Considérée sous ce point de vue, la (piestion était incomplète.
En tenant compte de ces idées^ nous avons voulu étudier, d'une façon aussi générale que possible, les trois variétt^s de carbone : carbone amorphe, graphite e( diamant.
Dans les chapitres précédents, nous avons donné les résultais obtenus à propos des carbones amorphes et des graphites. Nous résumons, dans celui-ci, tout ce qui se rapporte au diamant.
Dès le début de nos recherches, nous étions bien convaincu que, s'il était possible de reproduire le diamant, les premiers cristaux obtenus seraient microscopiques. Lorsque l'on compare
le volume des cristaux de quartz que l'on rencontre dans la nature à celui des cristaux synthétiques obtenus par la belle méthode de M. Daubrée, on ne devait pas s'attendre à reproduire, dès le début d'une étude sur le carbone cristallisé, des diamants de plusieurs carats.
S'il était besoin d'un nouvel exemple, il nous suffirait de rappeler combien il a fallu de recherches et d'efforts successifs pour réaliser la synthèse de rubis présentant un certain volume, et ayant la coloration et la limpidité que nous rencontrons dans quelques rares échantillons de cette l)elle gemme.
Nous avons donc poursuivi ces études en étudiant avec le plus g-rand soin et toujours au microscope, les résidus, très faibles parfois, obtenus dans nos expériences après les divers traitements chimiques dont nous parlerons plus loin.. C'est grâce au microscope que nous avons pu mener à bien cette étude.
Enfin, il s'ag-issait de séparer une poussière de carbone cristallisé non seulement d'un g-rand excès de carbone amorphe et de graphite, mais aussi de la silice, des silicates, de l'alumine cristallisée ou fondue, en un mot de tous les corps que la Chimie minérale pouvait nous fournir. Surce point, l'important Mémoire de M. Berthelot (i) nous a servi de guide et de modèle.
On peut donner du diamant la définition suivante : corps simple, d'une dureté maximum, d'une densité de 3, 5, brûlant dans l'oxyg-ène au-dessus de 700° et dont i^'" fournit, par sa combustion dans l'oxyg-ène, S'^'jôOG d'acide carl>oni(jue.
Les trois points importants sont donc : la dureté, la densité et la combustion dans l'oxyg-ène.
Jusqu'ici, le diamant ordinaire, d'une belle limpidité, rayait tous les autres corps et n'était rayé par aucun. Nous avons
(1) Bkbthelot. Sur les différents états du carbone. Jnn. de Chiiii. rt (te Ph>/'>., 4'" série, t. XIX., p. 392.
FOOK ÉliECTElQUE, 8
démontré que cette dureté excessive, que l'on croyait être le caractère particulier du diamant, se retrouvait dans quelquesuns des nouveaux composés que nous avons préparés dans notre four électrique. Le borure de carbone taille lentement le diamant et le carbo-siliciure de titane est d'une dureté presque égale au diamant transparent. Par contre, certaine variété de boort à cristallisation confuse, bien connue des joailliers, et le diamant noir, méritent toujours le titre d'àSâ[j.aç et leur dureté est supérieure aux composés que nous venons de signaler.
Le four électrique nous a permis d'augmenter notablement le nombre des corps durs qui rayent le rubis avec la plus grande facilité. Nous citerons le siliciure de carbone, ainsi que de nombreux carbures, borures, azotures, siliciures, et carbo-siliciures métalliques.
•On voit par ce rapide résumé, que nombre de composés peuvent rayer le corindon le plus dur, sans être du diamant. Le fait de rayer le rubis n'est donc pas un critérium de grande valeur.
La densité si élevée du carbone cristallisé (3,5), ne peut aussi servir seule à caraclériser le diamant. Certains composés du titane, les carbo-siliciures ou carbo-borures de formules complexes et à bases métalliques, peuvent avoir des densités égales ou supérieures à celle du carbone cristallisé.
Enfin, la combustion dans l'oxygène au rouge vif, avec formation d'acide carbonique, n'est pas non plus un caractère suffisant. Le borure de carbone ou certains carbo-borures métalliques, très durs et très denses, peuvent brûler partiellement au rouge avec production d'acide carbonique. La combustion dans l'oxygène ne prend une valeur définitive qu'en produisant une quantité d'acide carbonique qui, pesée, correspond au poids atomique du carbone.
HEPhODtJCTION Dt DIAMANT Hg
Il faudra donc qu'un corps réunisse ces trois propriétés : dureté, densité et combustion dans l'oxyg-ène avec production, pour i^' de matière brûlée, de S^^ôôG d'acide carbonique, pour qu'il puisse être considéré comme étant du diamant. Tout essai, qui ne porterait que sur une seule de ces trois propriétés, serait incomplet et pourrait conduire à une fausse interprétation.
Avant d'exposer mes recherches sur la reproduction du diamant, je tiens à remercier mon préparateur, M. Lebeau, qui, pendant tout ce travail, m'a prêté le concours le plus dévoué et le plus assidu.
Historique. — Nous ne pouvons, dans ce chapitre, reprendre l'historique complet des essais de reproduction du diamant; cette question nous entraînerait trop loin. Nous ne donnerons qu'un court résumé des travaux les plus importants publiés sur ce sujet.
En 1828, J.-N. Gannal adressa à l'Académie des Sciences un Mémoire ayant pour titre : Observations faites sur l'action du phosphore mis en contact avec le carbure de soufre pur . Dans ce travail, Gannal annonçait qu'en abandonnant trois mois, sous une couche d'eau, du phosphore en solution dans le sulfure de carbone, il se formait avec facilité du carbone cristallisé dont certains fragments atteignaient le volume d'un grain de millet.
Nous avons répété les expériences de Gannal, d'abord telles qu'elles ont été décrites, et nous n'avons jamais recueilli autre chose que quelques fragments de verre ou de petits grains de silice entièrement solubles dans l'acide fluorhydrique.
Nous avons ensuite varié les expériences en augmentant leur durée. Après six mois, un an et même cinq ans, nous n'avons rien obtenu. Le phosphore a été remplacé enfin par de l'antimoine dans des conditions identiques, et toujours le résultat a
été négatif. Nous n'avons jamais recueilli de cristaux visibles à l'œil nu et les parcelles microscopiques, séparées après épuisement par le sulfure de carbone, puis par l'eau distillée, disparaissaient toujours dans l'acide fluorhydrique bouillant.
Ces expériences avaient été déjà répétées par M. Gore. sans donner aucun résultat.
Nous ne rappellerons (pie pour mémoire les recherches de Cag"niard-Latour.
A la suile de ses études sur la volatilisation des corps réfractaires au moyen de l'arc électrique (i), Despretz chercha à reproduire le diamant.
Les expériences de Despretz ont été très discutées. On sait (pie ce savant, en faisant jaillir l'arc électri(jue entre une électrode de charbon et une hoiqipe de hls de platine, a obtenu une poussière ciislalline (pii rayait le rubis, et cette seule propriété l'a amené à considérer cette substance comme du carbone cristallisé.
Plusieurs chimistes ont mis c^ résultat expérimental en doute. Il est cependant tn's viaisemblable. Les petits points brillants, obtenus par Despretz, devaient être formés par des cristaux de silicjure de carbone, et peiit-(*tre de borure, dont la dureté est assez grande pour taill(?r le rubis ave(; facilité et iiK^Miie pour rayer le diaiiiaiii tendre.
L'action de l'arc électrique sur le charbon n'a jamais fourni de carbone cristallisé. Dans le Mémoire dont nous avons parlé plus haut, M. Berthelot a repris r(Hude des extrémités d'électrod(^s des lampes à arc (jui ont fonctionné pendant un certain temps et, après destruction du graphite, il n'a pas rencontré trace de diamant.
(1) Fusion et volatilisation de quelques corps réfractairos sous la trii)le action de la pile voltaï(iue, du soleil et du chalumeau. Pbbpretz : Cowjffeg re)idux de V Académie des Sciences, 184», t. XXVIII, p. 755, et t. XXIX, p. 48, 546 et 701t.
Nous ajouterons aussi que les petites capsules de charbon et les électrodes de Despretz, qui étaient restées à la Sorbonne, ont été examinées en 1870 par M. Berthelot. Ces capsules et les extrémités des électrodes étaient entièrement transformées en graphite, ainsi que Despretz l'avait annoncé, et seulement en graphite. M. Berthelot l'a établi par la transformation de cette variété de carbone en oxyde graphitique. , En iSOC), à la suite d'une théorie géologique de M. de Ghancourtois, M. Lionnet a présenté à l'Académie des Sciences une Note « Sur la production naturelle et artificielle du carbone », dans laquelle il indique que le sulfure de carbone est décomposé par un cotiple formé d'une feuille d'or sur laquelle est enroulée une feuille d'étain. Nous avons répété ces expériences et, lorsque le sulfure de carbone est bien pur-, il ne se produit aucun dépôt pendant une durée de cinq années.
Lorsque, dans l'expérience de M. Lionnet, on em})loie du sulfure de carbone humide, on voit de petits points brillants se déposer sur le verre dès que la température s'abaisse ; ces points brillants sont formés par des gouttelettes d'eau que l'on pourrait prendre à première vue pour de petits cristaux.
Nous avons étudié alors quelles étaient les conditions à réaliser pour précipiter le carbone par décomposition électrolytique, et nous avons démontré, précédemment, que le carbone, ainsi préparé, était toujours amorphe.
Le 19 février 1880, M. J.-B. Hannay a publié sur le diamant une Note préliminaire ayant pour titre : Sur la production artificielle du diamant (i), et peu après un Mémoire aS'm/- la formation artificielle du diamant (2).
Dans ces recherches, M. Hannay a repris l'étude du carbone
(1) Proceedings Royal Soc, p. 188; Edinburgh, 1880.
(2) Proceedings Royal Soc, p. 450 ; Edinburgh, 1880.
118 LE FOUR ÉLECTRIQCB
séparé des hydrocarbures par l'action des métaux alcalins. On sait depuis longtemps que cette réaction fournit à haute température un carbone brillant doué d'une certaine dureté. M. Hannay est parti d'abord de l'essence de paraffine, et, dans différentes expériences, les décompositions assez variables de ce corps ne lui ont donné aucun résultat. Il s'est adressé ensuite à un corps plus complexe, l'huile de Dippel. 11 l'a additionnée de lo pour loo d'essence de j)araffine. Le métal alcalin choisi par M. Hannay est le lithium (i). Il chauffe le tout quatorze heures dans un tube en fer soudé à la forge à son extrémité, et, lorsque le tube n'éclate pas, il retrouve parfois de petits cristaux noirs ou transparents (jui présentent les propriétés diT diamant et brûlent dans l'oxygène en fournissant un poids d'acide carboni(pie proportionnel au poids atomique du carbone. M. Hannay, en recueillant les gaz de la combustion, a reconnu que l'acide carbonique ainsi produit renfermait 3 pour loo d'azote, et il dit alors :
« De ce que le diamant n'a été obtenu qu'en présence de « composés azotes et du fait que le produit mixte (une partie « seulement des i4'"'" était transparente) contient de l'azote, je « suis amené à croire (jue c'est par la décomposition d'un corps (( nitré et non d'un hydrocarbure que le diamant est produit dans (( cette réaction. »
Les expériences de M, Hannay sont assez compliquées et assez contradictoires. La fa(;on de séparer le diamant de la couche de carbone qui tapisse le tube de fer ne paraît pas très claire. Dans une expérience, il rencontre dans le fond du tube « un enduit « lisse, adhérent aux parois. N'ayant jamais obtenu ce résultat,
(1) M. Hannay ne dit pas comment il a préparé le lithium dont il s'est servi dans ses expériences. On sait qu'avant les recherches de M. Guntz, il était impossible de trouver du lithium chez les marchands de produits chimiques.
« je fis scier l'extrémité du tube. La masse était noire, on l'en- (( leva au ciseau : elle paraissait formée de fer et de lithium. Je (( la pulvérisai au mortier lorsque je sentis des parties très « dures, quoique ne résistant pas au choc. En les examinant, « je vis qu'elles étaient transparentes : c'était du diamant ».
Il nous semble que cette masse qu'on enlève au ciseau abandonne bien facilement au mortier les diamants qu'elle renferme. De plus, à chaque instant, M. Hannay mentionne la présence de silice, qui ne devrait pas se rencontrer dans ses expériences.
Si le corps obtenu par M. Hannay est bien du diamant, il s'est formé sous pression, comme nous le verrons plus loin, par la solubilité du carbone dans un alliag-e assez facilement fusible de lithium et de fer, et non par l'action des composés azotés de l'huile de Dippel.
Quoi qu'il en soit, j'ai voulu répéter les expériences de M. Hannay.
J'ai fait préparer des tubes de fer doux étirés, qui avaient les dimensions suivantes : hauteur, o™,6o ; épaisseur, o™,oi4 ; diamètre intérieur, o™,oo6. J'ai placé à l'intérieur le mélange de lithium (je dois ce métal à l'oblig-eance de M.- Guntz), d'huile de Dippel et d'essence de paraffine. Seulement, lorsque j'ai voulu fermer ce tube, en soudant le fer sur lui-même au rouge, à l'extrémité restée ouverte (ainsi que M. Hannay le conseille), je me suis aperçu que tous les liquides contenus dans le tube distillaient avant que la fermeture eût été obtenue.
Même en entourant le tube en son milieu par un serpentin de plomb, traversé par un courant d'eau froide, la température, atteinte par l'extrémité pour arriver au blanc soudant, ne permettait pas de conserver le mélange à l'intérieur.
Après plusieurs essais infructueux j'ai dû renoncer à reproduire ces expériences.
M. Marsden a public sur la même question des expériences très intéressantes que nous allons résumer.
Dans une note préliminaire Sur la préparation du carbone adamantin (i), M. Marsden rapporte qu'il a chauffé de l'arg-ent ou un alliag-e d'arg-entet de platiné, dans une brasque de charbon de sucre à la température de fusion de l'acier. A cette tempéralure élevée, l'arg-ent dissout une petite quantité de carbone qu'il abandonne ensuite parle refroidissement.
M. Marsden attaque le métal par l'acide azotique, et, dans le résidu, il recueille du carbone amorphe, du graphite et de petits cristaux noirs ou transparents. La quantité, ainsi obtenue, était beaucoup trop faible pour qu'il fût possible d'en faire la combustion dans l'oxygène en pesant l'acide carbonique. D'après M. Marsden, les j)ropriétés de ces petits cristaux se rapprocheraient beaucoup de celles du diamant. M. Marsden annonce à la fin de son Mémoire qu'il va continuer ces expériences, mais il n'a pas donné suite à ses recherches.
L'étude de M. Marsden est des plus curieuses, parce qu'il a très bien remarqué le grand nombre de produits différents et cristallisés qui peuvent se former, au moment de la solidification d'une masse d'argent, qui abandonne de l'oxygène, de l'alumine, de la silice, etc. Par exemple, dans un travail conçu sur le même plan et dans lequel il étudie la solubilité de la silice dans l'argent (2), il parle de lamelles hexagonales jaune pâle, qu'il a conforulues d'abord avec du graphite et dont il n'a pas poursuivi l'étude. Ces beaux hexagones étaient le siliciure de carbone cristallisé Si G, qui se forme très facilement dans l'argent à haute température, et qui, maintenant, est préparé industriellement sous le nom de carborundum .
(1) Proccedings ofthe Royal Society, p. 20 ; Edinburgh, 1880-1881.
(2) B. Stdnet Marsden. Sur la cristallisation de la silice dans les métaux en fusion. Proceedings of the Royal Society, p. 37 ; fîdinburgh, 1880-1881.
Pour revenir aux expériences de M. Marsden, que j'ai répétées souvent, je crois que l'on peut obtenir accidentellement, en opérant ainsi qu'il l'indique, du diamant noir plus ou moins bien cristallisé. Cela peut se produire surtout lorsque l'on chaufle le creuset brasqué, au four à vent, avec du charbon de cornue. On sait que ce combustible ne laisse que très peu de cendres ; le feu tombe donc tout d'un coup, et, dans ce cas, un courant d'air, dû à l'appel violent de la cheminée, traverse avec rapidité le fourneau. Le refroidissement du creuset est brusque. L'argent contenu dans un creuset de Doulton, en g-raphite, se refroidit extérieurement; il se fait une enveloppe métallique résistante et, au moment où le milieu du creuset, non solidifié, encore liquide, passe de l'état liquide à l'état solide, il augmente de volume, comprime le peu de charbon quixeste encore en solution et qui tend à se déposer. Sous l'action de cette pression, il se produit du diamant noir. Antérieurement à cette période, tout l'excès de carbone s'était déposé sous forme de graphite.
Nous verrons plus loin que cette expérience de la production du diamant noir dans l'argent, donne de bons résultats et d'une façon constante, en soumettant à un refroidissement brusque, une petite masse d'argent saturée de carbone.
Nous n'avons jamais, par ce procédé, obtenu de diamants transparents. En effet, le résidu noir, séparé après attaque du culot d'argent par l'acide azotique, puis par l'acide sulfurique et enfin par l'acide fluorhydrique, fournit un mélange de graphite, de diamants noirs et de cristaux transparents que l'on peut, à première vue, prendre pour du diamant. Le graphite est amené, parle chlorate de potassium et l'acide azotique,à l'état d'oxyde graphitique,puis détruit; mais les cristaux transparents disparaissent lorsque l'on traite le résidu par le bisulfate de potassium en fusion. Au contraire, les cristaux noirs subsistent et présentent
bien finalement les propriétés dû diamant noir ou carbon.
En somme, M. Marsden a du obtenir du diamant noir, mais accidentellement et sans remarquer le rôle important que jouait la pression.
Je tiens à répéter, en terminant, que les résultats de M. Marsden sont très curieux et que j'ai eu l'occasion d'en vérifier quelques-uns dans mes expériences. En particulier, j'ai obtenu avec facilité les cristaux de silice qu'il a sig-nalés dans le mémoire que j'ai cité précédemment.
A. — Recherches préliminaires.
Nos recherches antérieures sur le fluor et ses composés nous ont amené à entreprendre quelques expériences sur la cristallisation du carbone.
On sait, en effet, que le fluor est un puissant minéralisateur et qu'il fournit, le plus souvent dans les réactions où il entre en jeu, des corps très bien cristallisés. Nous avons donc étudié, tout d'abord, les combinaisons du fluor et du carbone qui n'étaient pas connues jusqu'ici.
Nous avons préparé différents fluorures de carbone et nous les avons dédoublés dans des conditions variées, espérant qu'une réaction inverse nous permettrait d'obtenir le carbone cristallisé (i). Dans toutes ces expériences de décomposition des fluorures de carbone, nous n'avons jamais préparé que du noir de fumée au rouge sombre ou du graphite à haute température.
Nous avons été conduit alors à généraliser nos recherches et à reprendre, ainsi que nous le disions plus haut, l'étude aussi complète que possible des trois variétés de carbone.
(1) H. MOISSAN. Action du fluor sur les différente» variétés de carbone. Comptes rertdu», t. ex, p. 276 et p. 951 (1890).
Pour ce qui touche le diamant, nous avons pensé, dès le début de nos expériences, qu'un certain nombre d'études préliminaires devaient être entreprises méthodiquement, avant d'aborder la reproduction du carbone cristallisé. Dans toute question de recherches, la marche est identique et les travaux d'analyse doivent précéder les premiers tâtonnements de la synthèse.
Dans le cas actuel, il nous semblait très important de reprendre l'étude aussi complète que possible, non seulement des propriétés du diamant, mais encore des conditions g-éologiques dans lesquelles il a pu se produire. De là, les recherches préliminaires que nous allons résumer rapidement.
Sur quelques propriétés nouvelles du diamant. — Les chimistes, qui ont étudié les propriétés du diamant, ont surtout porté leur attention sur l'action que l'oxygène exerce sur ce corps à haute température. Bien que cette action de l'oxygène fût connue depuis long-temps, on n'avait encore aucun renseignement sur la température exacte de la combustion du diamant. Dans des recherches importantes, qui ont servi à fixer le poids atomique du carbone, Dumas et Stas (i) avaient réalisé cette expérience au moyen d'un tube de porcelaine chauffé dans un fourneau de terre. La plupart des chimistes qui, depuis cette époque, ont eu à brûler du diamant, ont opéré cette combustion dans la porcelaine, sur une bonne grille à analyse organique (2).
Dès le début de ces recherches, nous avons remarqué qu'il y avait des différences très grandes dans les températures de combustion des différents échantillons, provenant soit du Brésil, soit du Cap.
Pour déterminer ces températures de combustion, nous avons
(1) Dumas et Stas. Recherches sur le véritable poids atomique du carbone. Ann. de Chlm. et de Phys., 3« série, 1. 1, p. 5.
(2) Fbiedbl. Combustion du diamant. Bull. Si>o. Càim., t. XLI, p. 100.
employé la pince thermo-électrique de M. Le Ghatelier, placée dans un tube en porcelaine vernissé à l'intérieur et à l'extérieur. La soudure se trouvait disposée sur un petit support de platine qui recevait le diamant à brûler. Cet appareil, fermé à chaque extrémité par des ajutages de verre, mastiqués sur le tube de porcelaine, permettait de voir la combustion (pii s'cflectuail dans un courant d'oxyg^ène (i). Deux pelils barboteurs à eau de baryte étaient intercalés dans l'appareil, l'un après l'oxyg-ène j)our s'assurer de sa pureté, l'autre après le tube de porcelaine pour reconnaître le commencement de la combustion.
Lorsque l'on élève la température dans ces conditions, la cond)ustion du diamant, accusée par l'action de l'acide carbonif{ue sur l'eau de baryte, se produit d'abord lentement et sans dég-agement visible de lumière. Mais, si l'on dépasse ce point de /[O" à 5o", la combustion se fait avec éclat et le fragment est entouré par une flamme très nette.
Un autre fait assez curieux a été remarqué dans ces expériences. Au moment où la combustion du diamant se produit, on a toujours vu apparaître à sa surface de petites pla(jues oparpu's (pii indi(juenl que la transformation du carbone transparent en carbone noir s'effectue en même temps que la combustion se continue.
Voici le résultat de nos expériences :
N° 1. Carbon de couleur ocreuse: brûle avec flamme à une température de 690".
N" 2. Carbon noir très dur, à aspect chagriné : hn'de avec flamme à une température comprise entre 710° et 720".
(I) L'oxygène était préparé au laboratoire avec un mélange de chlorate de potassium et de bioxyde de manganèse, ce dernier ayant été fortement calciné au préalable. Avant chaque combustion, on faisait l'analyse de cet oxygène au moyen du pyrogallate de potassium. Pour être employé, il ne devait pas contenir plus de 3 pour liX) de gaz étrangers.
N" 3. Diamant transparent du Brésil : commence à brûler sans flamme à la température de 760° à 770\
N''4. Diamant transparent du Brésil nettement cristallisé : commence à brûler sans éclat entre 760° et 770°. Ce diamant, qui pesait environ 1 carat, avait été chauffé préalablement dans une brasque en charbon à la température ordinaire du chalumeau à oxygène, et il était recouvert d'une légère couche noire inattaquable par l'eau régale. Cette couche superficielle a disparu un peu avant la température de combustion du diamant.
N° 5. Diamant taillé du Cap : commence à brûler sans éclat à la température de 780° à 790°.
N° 0. Boort du Brésil : commence à brûler sans éclat à la température de 790° et brûle avec flamme à 840°.
N° 7. Boort du Cap : brûle sans éclat à 790° et avec flamme à 840°, comme le précédent.
N° 8. Un fragment de boort très dur, impossible à tailler, rayant les meules d'acier sans être entamé par l'égriséè, n'a commencé à brûler sans flamme qu'à 800° et avec flamme à 875°.
Nous avons étudié ensuite l'action de différents corps g-azeux sur le diamant. Ces expériences étaient faites avec des g-az préparés avec le plus g-rand soin et surtout bien exempts d'oxyg-ène. Le diamant sur lequel on expérimentait était placé dans un tube de platine, au milieu d'une petite nacelle de même métal. On se servait de diamants taillés et bien transparents, afin de mieux juger de la moindre action chimique.
Chauffés dans l'hydrogène à 1200% les diamants du Gap ne changent pas de poids. M. Moren avait déjà indiqué (jue, dans l'hydrogène au rouge blanc, le diamant ne présentait pas de modification (i). Lorsque l'on opère sur des pierres taillées, un peu jaunâtres, il arrive le plus souvent qu'elles changent légèrement de teinte ; elles s'éclaircissent et deviennent d'un jaune
(1) Moren. Com2rtcs rendvs,i. LXX, p. 990.
plus pâle. Mais, parfois aussi, elles perdent de leur limpidité et deviennent laiteuses.
Le diamant maintenu au rouge dans un courant de fluor ne change pas de poids, tandis que le graphite est attaqué au rouge sombre et le noir de fumée à la température ordinaire (i).
Le chlore sec n'agit pas sur le diamant entre i ioo° et 1200"; il n'a aucune action sur les diamants taillés du Cap qui ne changent ni de poids ni de couleur. Il en est de même du gaz acide fluorliydrique dans les mêmes conditions.
La vapeur de soufre n'attaque le diamant qu'avec difficulté. Il faut chauffer à la température de 1000°, prise à la pince thermo-électrique, pour cjue cette réaction puisse se produire. Mais, avec le diamant noir, la formation du sulfure de carbone se produit facilement dès la température de 900".
La vapeur de sodium est sans action sur le diamant à la température de 600". Le fer, amené à l'état liquide, se combine énergiquement au diamant et fournit une fonte qui, par refroidissement, laisse déposer du graphite. Le platine fondu s'y combine aussi avec rapidité a très haute température.
Le bisulfate de potassium et les sulfates alcalins en fusion n'attaquent pas le diamant. Il en est de même pour le sulfate de chaux qui, à 1000°, n'a pas été réduit.
L'action des corps oxydants a déjà été étudiée avec soin. Il nous suffit de rappeler la séparation des différentes variétés de carbone indiquée par M. Berthelot, au moyen de chlorate de potassium et de l'acide azotique. Dans un travail important, M. Ditte (2) a démontré que l'acide iodique anhydre attaque, à 260", toutes les variétés de carbone sauf le diamant.
(1) Henri Moissan. Action du fluor sur les différentes Tariétés de carbone. Compte» rendus^ t. CX, p. 276.
(2) A. Ditte. Becherches sur l'acide ixidhydrique et m s principaux composé» métalliques. Thèse de la Faculté des Sciences de Paris, 1870.
Le chlorate de potassium ainsi que le nitrate en fusion, sont sans action sur le diamant, tandis que le carbon, comme l'a établi M. Damour, est attaqué dans ces conditions.
Une réaction curieuse nous a été présentée par les carbonates alcalins. Lorsque l'on maintient un diamant dans du carbonate de potassium ou de sodium en fusion à une température comprise entre 1000° et 1200", il disparaît rapidement en donnant de l'oxyde de carbone. Cette réaction nous a conduit à rechercher si le diamant ne contenait pas une petite quantité d'hydrogène qui, dans ce cas, pourrait se dég-ager sous forme gazeuse et être facilement caractérisée.
Voici comment l'expérience était disposée : une nacelle de platine, renfermant le carbonate alcalin absolument sec et le diamant, était placée dans un tube de porcelaine, vernissé à l'intérieur et à l'extérieur, et dans lequel on avait fait le vide après l'avoir, au préalable, rempli d'acide carbonique. On portait ensuite le tube à la température de 1100° à 1200°, et l'on recueillait le mélange gazeux qui se dégageait pour en faire l'analyse.
Une solution de potasse enlevait l'acide carbonique. L'oxyde de carbone était absorbé par le sous-chlorure de cuivre en solution, et le faible résidu restant, additionné d'oxygène, ne variait pas de volume sous l'action de l'étincelle. Nous estimons que l'on peut conclure de cette expérience que le diamant essayé ne renfermait pas d'hydrogène ou d'hydrocarbure gazeux.
Nous croyons cependant que cette étude mériterait d'être reprise avec un poids plus important de diamants et surtout avec cette variété de diamant qui prend une si belle fluorescence lorsqu'on l'éclairé avec la lumière bleue. Ces diamants fluorescents renferment peut-être quelques traces de carbure d'hydrogène.
Nous pouvons conclure de ces premières expériences que la
température de combustion du diamant est variable avec les différents échantillons : elle oscille entre 760" et 875°. En g-énéral, plus le diamant est dur, plus sa température de combustion est élevée. Cette variation du point de combustion étaWit donc bien l'existence de plusieurs variétés de carbone diamant. Si le diamant résiste à 1200°, au chlore, à l'acide fluorhjdrique, à l'action de différents sels, par contre, il est facilement attacjué à cette température par les carbonates alcalins, et cette décomposition, sous forme g-azeuse, nous a permis d'établir que l'échantillon étudié ne renfermait pas d'hydrog-ène ou d'hydrocarbure.
Analyse des cendres du diamant. — A la suite de ces premières recherches, nous avons pensé (ju'il était indispensable de caraclériser les matières minérales (pii forment les cendres du diamant. Déjà Dumas avait fait remarquer combien il serait iilile, ])our savoir dans quel milieu le carbone avait pu cristalliser, de connaître les traces d'impuretés que renfermaient ces cristaux.
Ck'tte quantité de cendres étant excessivement faible pour les cristaux d'une belle limpidité, je me suis adressé au boort qui est d'une valeur moins grande et (jui contient plus de matières étrangères que les pierres incolores.
La méthode analytitpie employée variait suivant le corps à reconnaître. Mais cv sont surtout les études micro-chimiques qui nous ont permis d'établir (juel(|ues réactions d'une grande netteté. Nous avons employé aussi l'analyse spectrale, mais la présence du fer, qui donne au sj)ectroscope un si grand nombre de raies, compliquait singulièrement ces recherches. Cette dernière méthode nous a surtout permis de contrôler l'existence de (juehpies traces de corps simples, mis en évidence par les réactions niicro-chiniiques.
Le fera été caractérisé par le sulfo-cyanure de potassium. On ag-issait soit sur la solution chlorhydrique ou sulfurique des cendres, soit sur une solution acide, après fusion avec une trace de carbonate de soude absolument pur.
La silice était décelée au moyen de la perle de sel de phosphore. On reconnaissait ainsi à la loupe une trace de silice insoluble au milieu de la perle. C'est la réaction la plus sensible que nous ayons trouvée poiir ce corps.
Le titane était recherché au moyen de la réaction de M. Léwy : action de l'acide titanique sur la morphine en solution dans l'acide sulfurique (i). On opérait soit directement sur les cendres, soit après attaque au bisulfate.
Le calcium était reconnu au microscope, g^râce à la formation d'oxalate de chaux cristallisé.
Le mag-nésium se caractérisait de même au microscope par la production de phosphate ammoniaco-magnésien.
Tous les fragments de diamant, avant d'être brûlés dans l'oxygène, étaient traités par l'acide fluorhydrique, puis par l'eau régale bouillante, enfin lavés à l'eau et séchés à l'étuve. Nous ne donnerons pas le poids des cendres lorsqu'il était inférieur à Y milligramme.
N" 1. — Boort du Cap : aspect gras, coloration violette, cristallisation tourmentée. D = 3,49, P = 0,387. Cendres : 0,0005, correspondant à 0,13 pour 100 de boort. Les cendres sont blanches, sauf un point ocreux ; elles sont très légères et ont conservé la forme générale du cristal, tout en présentant l'aspect de feuillets entr'ouverts.
Fer. . . Abondant, caractérisé directement et avec facilité
sur la solution chlorhydrique des cendres. Silicium Réaction très nette par la perle.
(1) LÉWY. Contribution à l'étude du titane. Thèse de la Faculté de Paris, 1891, et Comptes rendus, 29 novembre, 13 décembre 1886.
Calcium Traces par l'oxalate de chaux, vérifié au spec-
troscope .
Magnésium Réaction très nette, mais très faible, par le phosphate ammoniaco-magnésien .
N*'2. — Deux morceaux de boort du Cap : aspect gras, pointement cristallin, couleur gris fer. D = 3,49, P = 0,146. Cendres très faibles, d'un poids inférieur à ^ milligramme, de couleur ocreuse, ayant conservé la forme primitive du cristal. Fer abondant. Silicium très net par la perle. Pas de titane. Calcium : traces. Magnésium : traces.
N" 3. — Boort du Cap : aspect gris fer. D =3,48, P = 0,093. Cendres très faibles, d un blanc gris. Fer : réaction caractéristique. Silicium : réaction très nette.
N" 4. — Boort du Cap : forme cubique, faces courbes. D = 3,48, P = 0,100. Fer et titane : réactions très nettes.
N* 5. — Boort du Cap (Kimberley) : aspect gras, brillant. P = 0,212. Cendres blanches, légèrement ocreuses sur le bord. Fer très net; pas de titane .
N^e. — Boortdu Cap (Jagersfontein) : couleur rougeâtre, aspect gras. P = 0,272. Cendres ocreuses assez abondantes. Silicium; fer abondant, titane 1res net.
N" 7. — Carbon du Brésil : d'une grande dureté ; aspect d'anthracite. D = 3,50, P = 0,0397. Cendres dont le poids est inférieur à 0°"»,5, mais en plus grande quantité, comparativement, que le n" 3. Ces cendres sont d'une couleur rouge brique, très dures et d'un aspect granuleux.
Fer Réaction très nette, forme la majeure partie des
cendres ; peut être caractérisé par le ferrocyanure et même par la perle de borax.
Calcium En très petite quantité. Vérifié au spectroscope.
Magnésium Douteux.
Titane Néant.
N* 8. — Carbon du Brésil : de couleur noire, d'aspect chagriné, présentant au microscope des stries alternativement blanches et noires. P SE 0,354. 11 a fourni, après la combustion : cendres, 0,017, soit 4,8
pour 100. Il nous a été possible de faire une analyse quantitative de ces cendres ; voici les résultats obtenus :
Pour 100 Pour 100 de cendres. de carbon.
Sesquioxyde de fer 53,3 2,2
Silice 33,1 1,4
Chaux 13,2 0,6
Magnésie Traces. »
N'Q. — Boort du Brésil : fragments rouges. Surface cristalline renfermant des veines transparentes de couleur ocreuse. D = 3,49, P = 0,130, Cendres très faibles, inférieures à 0'"'",5, à feuillets blancs et ocreux. Ces cendres, plus difficilement attaquables que celles du carbon, ont dû être reprises par le carbonate de potassium.
Fer Réaction très nette par le sulfocyanure et le ferro-
cyanure.
Silicium Abondant par la réaction de la perle.
Magnésium Douteux.
Calcium Très faible.
Titane Néant.
N° 10. — Boort du Brésil : fragments verts, transparents, très réfringents, présentant quelques faces cristallines très nettes. D =3,47, P = 0,093. Cendres insignifiantes, légèrement jaunâtres. Les diamants, tout à fait transparents, ont seuls donné une quantité de cendre plus faible.
Fer Néant.
Silicium Réaction nette à la perle.
N° 11. — Diamant du Cap taillé : très légèrement jaunâtre, belle limpidité, fluorescent. D = 3,51, P = 0,126. Cendres à peine visibles; le fer a pu être caractérisé avec une grande netteté.
En résumé, tous les échantillons de boort et de diamant du Gap que nous avons étudiés renfermaient du fer. Ce métal formait, du reste, la majeure partie des cendres. Nous l'avons retrouvé dans les cendres du carbon et du diamant du Brésil,
sauf une variété de boort de couleur verte, qui en était totalement dépourvue. Enfin, nous avons caractérisé, dans tous ces échantillons, l'existence du silicium, et, dans la plupart, la présence du calcium. Nous rappellerons que M. Daubrée a indiqué l'existence de ce métal alcalino-terreux dans certains fers tels que ceux d'Ovilak.
Etude de la terre bleue du cap. — On sait que les diamants se rencontrent, au Cap de Bonne-Espérance, dans d'immenses puits remplis d'une brèche serpentineuse contenant plus de quatre-vingts espèces minérales et ne renfermant que noo'"*"" à i oo™^"" de carbone cristallisé par mètre cube. On n'a recherché d'abord, dans cette terre b/ene, comme on l'appelle au Gap, que les diamants d'une certaine g^rosseur et pouvant être triés à la main. Lors(pie l'exploitation s'est transformée et (pie les machines ont remplacé le travail de l'homme, on a pu séparer, à l'aide de tamis assez fins, des diamants beaucoup plus petits; mais, jusqu'à présent, on ignorait la présence de diamants microscopiques dans cette brèche serpentineuse. Ces derniers, peu importants au point de vue commercial, m'intéressaient tout particulièrement au sujet de la reproduction de celte variété de carbone.
J'ai pu me livrer à cette étude grâce à l'obligeance de M. de Monmort, auquel je suis heureux d'adresser ici tous mes remeréîîments et qui a bien voulu, lors de notre dernière Exposition universelle, me procurer les éléments nécessaires pour cette étude. Ces échantillons provenaient de la mine d'Old de Beer's.
Pour mettre en évidence les diamants microscopiques que renferme cette brèche serpentineuse, il a fallu détruire toutes les autres substances minérales qui accompagnent cette pierre précieuse.
Deux kilogrammes de cette terre bleue ont été divisés par por-
lions de 25o^'' et traités par un excès d'acide sulfurique bouillant pendant douze heures. Après refroidissement, on a lavé à l'eau puis on a attaqué par l'eau rég-ale. Un nouveau lavage a enlevé une g-rande quantité de parties solubles et le résidu a été placé dans une capsule de platine et traité par un grand excès d'acide fluorhydrique bouillant. Le résidu était formé d'une centaine de grammes de matière ; on a séparé à la pince quelques gros fragments inattaqués et les rubis les plus volumineux. On traite ensuite par l'acide sulfurique bouillant, on lave à l'eau, on sèche, puis on reprend par l'acide fluorhydrique, et cette double attaque est répétée douze à quatorze fois ; elle a pour but d'enlever principalement l'alumine cristallisée, dont il est très difficile de se débarrasser.
Il ne restait plus alors que 0,094 de-substance, et ce résidu a été repris quinze fois par un mélange de chlorate de potassium et d'acide azotique monohydraté pour détruire le graphite. Ce résidu final, après lavage à l'acide fluorhydrique, puis à l'acide sulfurique bouillant, est alors fractionné au point de vue de la densité de la substance qu'il contient, avec le bromoforme 2,9 et l'iodure de méthylène 3,4-
Nous rappellerons que l'étude microscopique du résidu a été suivie pendant toute la préparation.
Avant les attaques au chlorate de potassium, nous avons nettement reconnu la présence du graphite en beaux cristaux brillants hexagonaux ou lamelleux, présentant parfois l'apparence de petites cupules. Nous avons aussi rencontré des fragments plus volumineux, ayant une certaine épaisseur et présentant en creux des impressions triangulaires. Ce graphite nous a fourni, au chlorate de potassium, un oxyde graphitique de couleur verdâtre, qui est passé "au jaune et que nous avons détruit par l'acide sulfurique, pour éviter sa transformation en oxyde pyro-
134 L8 FOUR ÉLBCtHIQUE
graphiliquc par déflagration. Nous rappellerons que le graphite de la fonte, ainsi que l'a indiqué M. Berthelot, produit aussi un oxyde graphitique de couleur verdâtre.
En même temps, nous avons pu isoler un graphite ayant la propriété de se désagréger dans l'acide sulfurique à aoo", en produisant un foisonnement considérable (i).
Lorsque l'on examine le résidu, d'ime densité siqiérieure à 3,4, qui reste au fond de l'iodure de mé(hyH*ne, apW^s tous ces traitements, on reconnaît au microscope qu'il est formé de plusieurs substances :
1° D'une matière d'un jaune ambré en masses irrégulières;
a" De Carbon ou diamant noir;
3° De diamants microscopiques ;
4" De petits cristaux transparents qui ne brûlent pas dans l'oxygène, qui se présentent sous forme de prismes allongés, qui ne sont pas fluorescents dans la lumière violette et qui agissent sur la lumière polarisée.
Les fragments de substance jaune qui ont résisté à un traitement si énergique sont doués d'une certaine transparence; quelques-uns possèdent des trous présentant l'aspect d'un carré et dans lesquels des cristaux devaient être inclus. Ghauff'éc à looo**, cette matière laisse un résidu gris, légèrement attirable à l'aimant et contenant une grande quantité de fer. Nous avons rencontré la même matière dans les anfractuosités de gros diamants naturels et dans certains de nos culots de fonte qui nous ont servi h reproduire le diamant.
Les morceaux de diamant noir, que nous avons rencontrés au microscope, dans la terre bleue du Cap, sont arrondis, rarement chagrinés ; quelques-uns présentent des angles droits ; d'autres
(l)lTou8 avons indiqué précédemment, à propos de nos recherches sur le graphite, comment il est possible de ptêpàrei' cette noiirelle Variété.
IIËPIIODUCTION DU DIAMANT
ont des arêtes courbes et rappellent des pointements d'octaèdre (fig. 19 A); certains possèdent un éclat gras très net. Il en existe aussi en fragments noirs irréguliers et pointillés. Leur densité
Fid. 19. — Diatlaants raiorosoopique* du Ctip, Gr. en diamètre : 100 d.
varie entre 3 et 3,5 ; ils rayent le rubis et brûlent dans l'oxygène à 1000".
Les diamants transparents ont des proportions excessivement variables ; quelques-uns sont à peine visibles au microscope avecun grossissement de 5oo diamètres. Les uns sont arrondis et ce sont les plus nombreux (fig. 19, B); les autres ont des apparences cristallines très nettes (fig. 20, B), et certains se présen-
FlG. 20. — Diamants microscopiques transparents du Cap. Gr. : 100 d.
tent sous la forme de gouttes transparentes (fig. ao, A et G) possédant des stries et des impressions triangulaires ; ils brûlent dans l'oxygène en donnant de l'acide carbonique et ils rayent le rubis avec la plus grande facilité. En même temps que ces diamants, on rencontre, mais en petit nombre, des fragments de boort et de diamant enfumé.
Certains des cristaux transparents, qui se présentent sous forme de prismes allongés, renferment de la silice ; on peut les détruire, ainsi que la substance d'un jaune ambré dont nous avons parlé précédemment, par deux attaques faites avec soin au bisulfate de potassium fondu, puis par un traitement à l'acide fluorhydrique, et enfin à l'acide sulfurique.
En résumé, notre étude de la terre bleue du Gap nous a amené à y découvrir l'existence de nombreux diamants microscopiques, du boort, du carbon ou diamant noir sous ses formes diverses et de densité variable, et enfin du g-raphite.
La quantité de graphite contenue dans la terre bleue est certainement supérieure à la quantité de diamant que l'on peut y rencontrer, et ces cristaux de graphite sont séparés les uns des autres.
Je tiens à faire remarquer, en terminant, (pie la découverte du carbon ou diamant noir, dans la terre bleue, appartient à M. Couttolenc (i) qui a fait connaître sa présence dans la mine d'Old de Beer's. Bien que mon étude analytique fût faite depuis deux années, je n'avais encore rien publié sur ce sujet, et l'antériorité en revient incontestablement à M. Couttolenc.
Etude des sables diamantifîîres du Brésil. — Grâce à l'obligeance de M. Lacroix, professeur au Muséum d'Histoire naturelle, nous avons pu rechercher si les 'sables diamantifères du Brésil renfermaient aussi des diamants microscopiques.
4''*,5oo de sable ont été tamisés, et nous ont donné ijSBo^"" de poudre presque entièrement formée de silice.
(1) Examen de la terre diamantifère de la mine d'Old de Beer's, par M. Couttolenc (Société dllintoh-e naturelle d'Avtun, 5" Bulletin, p, 127 ; décembre 1892). Si ce savant n'a pas reconnu l'existence des diamants microscopiques, cela tient à ce que, dans son traitement de la terre bleue, il a fait intervenir une fusion à la soude caustique qui est
L'attaque en est très longue, et ce n'est qu'après une douzaine de traitements alternés à l'acide fluorhydrique et à l'acide sulfurique bouillants que l'on est arrivé à un résidu de 2''.
La substance est alors traitée par le fluorhydrate de fluorure de potassium en fusion, puis attaquée par le bisulfate de potassium.
Ce résidu renfermait des parcelles déchiquetées en voie d'attaque, de petits g-rains transparents, quelques paillettes d'or et de platine natifs et de petits cristaux noirs, brillants, ayant l'aspect du graphite. On a séparé quelques-uns de ces derniers et on les a transformés en oxyde graphitique qui, par déflagration, a donné de l'oxyde pyrographitique.
Après avoir caractérisé le graphite, tout le résidu a été traité par l'iodure de méthylène. La partie plus dense que l'iodure de méthylène a été séparée et traitée à nouveau par le fluorhydrate de fluorure, puis par le bisulfate. Une attaque à l'eau régale a fait disparaître les métaux précieux.
Nous avons pu séparer ensuite des fragments noirs et des fragments transparents n'ayant pas d'action sur la lumière polarisée, qui ont brûlé complètement dans l'oxygène, en fournissant un précipité blanc dans l'eau de baryte.
Ce résidu renfermait aussi des grains brillants agissant sur la lumière polarisée, de forme allongée, à surface corrodée, incombustibles, et qu'on a pu faire disparaître à la longue par des attaques successives.
Ce sable du Brésil contient donc du diamant noir à surface chagrinée (fig. 2 1 , B), des diamants transparents (A et G) dont la forme était irrégulière, et enfin du graphite, ainsi que nous l'avons démontré plus haut. Il existe donc dans la nature, soit
toujours plus ou moins carbonatée ; j'ai démontré précédemment que le diamant est détruit avec facilité par les carbonates alcalins en fusion.
bK FOUn BLBCTRIQUE
au Gap, soit au Brésil, des diamants microscopiques noirs ou transparents, et, dans les deux cas, ces parcelles de carbone, à densité élevée, sont accompagnées de graphite.
J/ll»V
Fis. 21. — Diamants micrOBOopiquea du Brésil. Qf. l 100 (1.
Étudk dë la MKTKOHiTK DR Canon Diablo. — Après la curieuse présentation à l'Académie des Sciences de la météorite de l'Ariaona par M. Mallard (i), nous avons pu nous procurer des échantillons de cette météorite et entreprendre l'étude du car^
FlO. 83. — Météorite de Cafloa Diablo. Or. t 3 d.
bone qu'elle renferme. Nous n'avons pas publié de suite ces résultats et nous devons rappeler l'intéressante communication de M. Friedel (2) sur ce sujet. Ce savant a établi le premier
(i) MALLAft». sur le fet îTâtJf dé Calloti Diablo. Compte» rmtttti, t. CXlV, p. êl2, 4 avril 1892.
(2) FfllËDBL. But l'fltlrtenee du diatnâttt dinS le fer tnêtéorilUe de Caflott Diablo. Comités rendu», t. CXV, p. 103T, 12 décetobfe 1892.
REPHODVCTION DU DIAMANT 139
l'existence du carbon dans la mt'téorile de Gafion Dial)lo.
Parmi les différents échantillons soumis à l'analyse, il y en avait un très important, ne pesant, il est vrai, que 4'Sa ifi? mais, présentant très nettement une pointe, d'une grande dureté, sur laquelle une meule d'acier n'avait aucune prise. Lorsque l'on examine attentivement cet échantillon, on voit que le fragment qui raye l'acier est entouré d'une gaine noire qui est formée de carbone et de carbure de fer (fig. a a).
Cet échantillon est attaqué par l'acide chlorhydrique bouillant, jusqu'à ce qu'il ne reste plus trace de fer; on obtient alors un mélange contenant :
1° Du charbon très léger, en poussière impalpable, mettant douze heures pour tomber au fond de l'eau et qui provient peutêtre de la décomposition des carbures de fer ;
2° Un charbon en fragments très minces, rubanné,de couleur marron au microscope, paraissant déchiqueté, et qui semble avoir été fortement comprimé ;
3" Un charbon dense, se présentant surtout sous forme de fragments arrondis et mêlé à de petits morceaux de phosphure de fer et de nickel à reflets mordorés (i).
Ce mélange est repris alternativement par l'acide sulfurique bouillant et l'acide fluorhydrique; sa densité est alors assez grande pour qu'une partie tombe au fond de l'iodure de méthylène.
On fait subir, à ce dernier résidu, huit attaques au chlorate de potassium et à l'acide azotique. Les fragments, de couleur foncée, disparaissent peu à peu, en même temps qu'une petite quantité de fer entre en solution. Finalement, il ne nous est resté que deux fragments jaunâtres, absolument identiques, présentant un aspect gras, très net, ne possédant pas d'impres-
(1) Cè fjhosphûre de fer et de ïiickel {jrésetite, d'ftpi'ès M. FHèdeî, toUé les èftfftCtèref de la Bchreibersite.
sions Iriang-ulaires, et dont la surface, rug-ueuse et tourmentée, rappelle la cristallisation contrariée du boort (i).
Ces deux frag-ments tombent au fond de l'iodure de méthylène ; ils rayent nettement le rubis et l'un d'eux, brûlé dans l'oxygène, a laissé des cendres conservant encore la forme du fragment, de couleur ocreuse et dans lesquelles il a été possible de caractériser la présence du fer.
Le plus gros diamant (fig. 28) mesurait o""",7 sur o"^™,3; il
FiG. 23, — Diamant transparent de Cafion Diablo.
possédait une teinte jaune, une surface rugueuse et se laissait traverser par la lumière.
Dans un autre échantillon, nous avons rencontré, à côté du carbone dense, dont nous venons de parler, mélangée à des phosphures et à des sulfures de fer et de nickel, une substance cristalHne formée de dendritrs, d'une couleur grise, plus mate que le platine et qui n'a pas disparu dans le traitement à l'acide fluorhydrique et à l'eau régale. Nous y avons rencontré aussi quelques fragments de diamant noir à surface chagrinée ou brillante, d'une densité voisine de 3, et qui brûle dans l'oxygène à 1000".
Il ne faut pas confondre, avec ce carbon, quelques parcelles
(1) Les lapidaires donnent le nom de hoort au diamant quelquefois transparent dont la cristallisation irrégulière ne permet pas de clivage facile et qui n'est pas ueé par l'égrisée sur les meules d'acier.
d'oxyde de fer mag-nétique, incombustible bien entendu dans l'oxygène, et tout à fait inattaquable par l'acide sulfurique (i), ce qui se produit pour l'oxyde Fe^ 0^ obtenu à haute température. Il est d'ailleurs curieux de voir combien cette météorite de Gafion Diablo manque d'homogénéité. Nous avons pris, par exemple, deux échantillons sur le même fragmenta i""" de distance ; soumis à l'analyse, ils nous ont fourni les chiffres suivants :
Fer 91,12 95,06
Nickel 3,07 5,07
Silice 0,050
Insoluble 1,47 0,06
Magnésie Traces »
Calcium Néant »
Phosphore 0,20 »
Soufre Néant ' »
Les deux échantillons qui contenaient du carbone, en quantité variable, se trouvaient ne pas renfermer de soufre.
Une autre météorite de la même provenance, qui ne nous a pas fourni trace de carbone, nous a donné, sur des fragments pris à quelques centimètres de distance, la composition suivante :