‹ "Le foyer" et ses œuvresChapitre 15 sur 21 · XII. Maison de campagne · texte numérisé non relu

XII. Maison de campagne

Vous prenez le train le matin ou le soir, à la gare Viger et vous filez vers le nord. Vous dépassez rapidement le Mile-End, Bordeaux, Sainte-Rose, Sainte-Thérèse. Un instant vous arrêtez à Saint-Jérôme. Voici les montagnes : la locomotive halète et gravit péniblement les pentes qu> conduisent à un premier plateau. Là vous trouvez Shawbridge et Saint-Sauveur. De nouveau vous vous élevez, les montagnes deviennent plus sombres et les vallées plus creuses. Un arrêt. Sainte-Adèle! C'est là! Vite en voiture ! Ne montez pas au village, détournez-vous plutôt et descendez vers la rivière. Dans un enfoncement de verdure, verte et blanche, une maison apparaît. C'est Clairevue.

Clairevue ! on lui a dit des vers, on Ta chantée, on a vanté sa beauté, on l'a aimée surtout. Quinze jours ou un mois passés là ont été le bonheur, le repos, la restauration

du corps et de l'âme. On est reparti avec un souvenir exquis dans le coeur, une vision charmante dans les yeux.

C'est qu'en effet Clairevue est splendide. De ses larges galeries on a une vue magnifique, depuis la petite rivière dont le ruban d'argent se déroule capricieusement, apparaissant et disparaissant tour à tour dans la vallée et sous le couvert des arbres formant voûte au-dessus d'elle, jusqu'aux montagnes développées en amphithéâtre et se superposant en gradins multicolores. Leurs pentes passent en effet par toutes les nuances du vert, du bleu et du noir. A leurs pieds les champs s'étendent coupés par la ligne du chemin de fer et par un temps calme, on perçoit tous les bruits qui s'en élèvent, répercutés souvent par les échos des hauteurs. Mais pourquoi essayer de dire ce qu'est Clairevue? Mieux vaut la voir. Quand on s'est pendant de trop courtes heures, baigné dans sa paix profonde et élevé vers ses sommets lumineux, on ne désire qu'une chose: la revoir

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