LE RECITA.M
itrant le décor.
Mesdames, Messieurs... ceci représente un coin, dans un parc, le soir... Le soir est doux, silencieux, tout embaumé de parfums errants... Sur le ciel, moiré de lune, les feuillages se découpent, comme de la dentelle noire, sur une soie mauve... Entre des masses d'ombre, entre de molles et étranges silhouettes, voilées de brumes argentées, au loin, dans le vague, brille une nappe de luiuière... bassin, lac... on ne sait... ce qu'il vous plaira... Heui^e vaporeuse et divine I...
268 FARCES ET .MORALITES.
L'amour est partout... son mystère circule au long des avenues invisibles, sous les fourrés, dans les clairières... et son souffle agite les branches... à peine...
C'est délicieux!... (Monlrant le banc — avec attendrissement.) Et voici un banc, un vieux banc, pas trop moussu, pas trop verdi... un très vieux banc de pierre, large et lisse comme une table d'autel!... un autel où se célébreraient les messes de l'amour...
Il déclame.;
... J'aime les bancs de pierre, le soir, au fond des bois
(Un temps.)
... Mesdames, Messieurs, quand le rideau se lève sur un décor de théâtre où se dresse un banc, à droite, près d'un arbre, d'une fontaine, ou de n'importe quoi, c'est qu'il doit se passer inévitablement une scène d'amour... Ai-je besoin de vous révéler que tout à l'heure, parmi cette nuit frissonnante, — ô mélancolie des cœurs amoureux! — l'amant, selon l'usage, viendra s'asseoir, sur ce banc, près de l'amante, et que là, tous les deux, tour à tour, ils muj'mureront, gémiront, pleureront, sangloteront, chanteront, exulteront des choses
éternelles... Regardant à travers le parc.) Qu'est-ce qUC je
disais?... Un bruit de feuilles frôlées, je vois deux ombres s'avancer lentement à ti^avers les branches...
Les voici... Comme ils sont tristes!.,.
(Entrent lentement l'amant et l'amante. Ils sont tristes tous les deux... L'cunante est emmitoutlée de dentelles, l'amant est en smoking... Dès qu'ils ont apparu, le Récitant salue le publie et sort^ à reculons, discrètement.)
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