I.'AMANTr
Qu'es\-ce. que vous dites'.'
l'amam
Je dis que je vous tenais dans mes bras... Et quand ma main s'égara sous les dentelles. Ahl que vous étiez belle... consentante et pâmée 1... je dis...
I,"aMA>TE, pudique.
Taisez-vous... Vous êtes ignoble!...
i.'ama.m Et vous pensiez mourii?... de bonheur, alors?
l'amante Ohl le fat!...
l'amant Alors, de quoi pensiez-vous mourir, cet après-midi V
l'ama.nte Vous le demandez"?
l'amam Mais oui... je le demande.. (Avec énergie.^ Je le demande...
l'ama-Me Vous le savez Ijien...
l'aîiant Je vous jure!...
l'ama.me .Ne jurez pas... Ce n'est pas bien de jurer.
l'amant Je vous jure... j'ai beau chercher... j'ai beau me
souv
enir... Que s'est-il passé cet après-midi?
•282 FARCES ET MORALITES.
l'amame Mettons qu'il ne s'est rien passé... A quoi bon vous parler de ça?... Vous ne voyez rien... vous ne sentez rien... J'aurais dû vous cacher les blessures de mon âme... Que vous importe mon âme?
l'amam Voyons... voyons... voyons... Xe nous embrouillons pas... Il ne s'agissait pas de votre âme... cet aprèsmidi... il s'agissait de...
l'aîja.nte Voulez-vous bien vous taire?...
l'amam
En vérité, ma chère amie, je 'ne comprends rien à tout ce que vous dites... Vous êtes étrange, ce soir...
l'amante
Étrange... c'est cela... Je suis étrange... Ahl il ne vous manque plus maintenant que de m'insulter...
l'amam Allons, bon... Je ne vous insulte pas... Je dis que vous êtes étrange... ce soir...
l'amame Et vous... qu'étes-vous donc?... Que vous importe de heurter, toutes les minutes, mes sentiments les plus intimes... mes délicatesses?...
l'amant J'ai heurté vos...
l'amame Vous m'aimez?... Ahl le beau trait de courage... On
dirait vraiment qu'il faut de l'héroïsme pour aimer une femme jeune, riche, belle, recherchée...
l'amam Il ne s'agit pas de ça...
l'amame Et vous vous croyez quitte envers elle, qui vous a tout sacrifié... quand vous lui avez dit... entre deux bouffées de cigare... que vous l'aimiez!
l'amam
Permettez I ça n'a pas de rapport.
l'amame
Vous m'aimez?... Mais vous ètes-vous jamais préoc cupé de mon bonheur ?
l'ajlam Certainement...
l'amame M*avez-vous... ne fùf-ce qu'une seconde... donné votre vie tout entière... à moi qui vous ai tout donné. . plus que ma vie... ma réputation... mon repos... mon
honneur?... 'Sur un mouverncnt de l'amauL ... Oui, mOU hon-
neiu'.
l'amam Mais... chère amie...
l'amame, lui coupant la parole.
Avez-vous seulement pris soin de m'éviter en galant homme... en homme qui sait ce que c'est que la pudeur d'une femme... et le respect d'un foyer... les froissements inséparables d'une situation telle que la mienne?,.. Non, jamais... J'ai flatté votre vanité...
28 i FARCES ET MORALITES.
votre orgueil... et vous m'avez affîcliée... Nalurellement I
l'amant
Oh! c'est trop fort!... Voilà bien l'illogisme des femmes...
l'amame
Vous ne m'avez peut-être pas affichée?... Osez dire que vous ne m'avez pas affichée?
l'amam Laissez-moi parler... Vous ne me laissez pas parler...
l'amante Les restaurants... la foire de Neuilly... les loges au théâtre?... Que sais-je?... Et vos amis... que vous ameniez chez moi... que vous mettiez au courant de notre vie secrète?... (Dénégations de l'amant.; Alors, comment appelez-vous cela?...
l'amant Soyez juste... Rappelez-vous... Mes amis... les restaurants... le théâtre... mais c'est vous,., mon cher cœur... c'est vous qui vouliez... qui exigiez...
Moi?
l'amant Oui... vous... par amour... Oh!... par amour...
l'amante
Eh bien! c'est complet!... Vous n'avez aucun sens moral.
l'amant
Réfléchissez... faites appel à vos souvenirs... Com-
bien de fois, au contraire, n'ai-je pas été obligé de calmer vos audaces...
l" AMAN TE
Mes audaces?... Le mot est joli...
l'aMaXT, rectifîant.
Vos chères audace^?... Combien de fois j'ai tenté d'atténuer vos élans... de vous montrer les dangers de vos généreuses imprudences...
C'est odieux!
Je ne vous les reproche pas... comprenez-moi bien, chère, chère aimée; au contraire... j'en étais fier... j'en étais ivre... je me disais : « Quelle grande àmel... Quelle grande âme libre I... Elle m'aime assez pour braver l'opinion... les préjugés... la sottise mondaine... )) Vous étiez sublime ainsi...
Vraiment?... En vérité, c'est admirable... Votre inconscience passe Timagination... Alors vous croyez que j'avais l'impérieux besoin de crier à tout le monde : {( Voilà mon amant... Piegardez bien ce monsieur qui est là... c'est mon amant... >) Comme c'est naturel, n'est-ce pas?... Comme c'est féminin?... (Avec colère.) Et c'est ainsi que vous m'estimez?... Pour qui me prenez-vous donc?... Suis-je donc une fille?
l"a:-Ia>:t
Mais qu'est-ce que vous dites?... Qu'est-ce que vous dites?... Où allez-vous chercher tout ce que vous dites?
286 FARCES ET MORALITES.
L AMAME
Parbleu!... c'est clair... j'étais une fille pour vous... une de ces misérables créatures, dont vous ne preniez pas toujours la peine de m'éviter le contact blessant... Je comprends... maintenant... ah!... je comprends. Que c'est mal . . . que c'est lâche ! . . . (Elle se cache la figure dans les mains et sanglote. Quelle houtel... .
l'aMâM, éperdu.
Ah! vous pleurez encore... Mon Dieu! Mon Dieu!... Je ne sais plus que vous dire... que vous répondre...
l'amante Ne répondez rien, allez, ce sera plus digne...
l'amam Je suis bouleversé... abasourdi... Vous dénaturez à plaisir toutes mes paroles... tous mes actes.
l'ama.me Ai-je mérité d'être traitée ainsi par vous?... Par vous... C'est cruel...
l'amam
Écoute-moi... (H la prend dans ses bras et doucement la mène près du banc où il la fait asseoir.) EcOUte-moi... ail! je t'en
prie... écoute-moi...
(11 risque des caresses.) l'aîiante Non... non... je ne veux pas... plus jamais... Vous ne le méritez plus... c'est odieux...
l'amant Ne pleure pas... Cela me torture de t'entendre pleurer...
L Ali AME
Ah! qu'est-ce que cela vous fait?... Qu'est- ce que cela peut bien vous faire?...
l'ama.m Eh bien... oui... j'ai eu des torts envers toi... ma bubhme amie... Je ne les connais pas... mais j'en ai sûrement... de graves torts... d'immenses toits... Oui, je l'avoue... Mais c'est fini... Je m'en repens, va! Je t'en demande pardon...
l'amame, li une voix voilce par k< larnies.
Il vaut mieux que je meure.
l'amant
Ne parle pas ainsi... Jeté le défends... Mourir?... Tu n'en as pas le droit...
l'amante
Si, si. Il vaut mieux que je meure. Oh! maintenant.., mon bonheur est brisé... à jamais... vois-tu?... Je ne suis plus rien pour toi... Un amour-propre... une vanité... un plaisir, peut-être!... Mais je ne suis rien pour toi... Mon âme n'est rien pour toi...
l'amam Ton à nie?...
l'amante Oui, mon âme... méchant... ma pauvre finie... Qu'este!Ie pour toi?...
l'ama^st Ah! ton âme... Ne blasphème pas... Ton âme est tout pour moi...
l'amante, d'une voix faible ri iloucr.
Rien... rien... plus rien...
288 FARCES ET MORALITES.
l'aMam, dune vois profonde-
Tout... elle est tout... Elle est ma vie... toute ma vie... toute ma joie... elle est tout...
l'amame Tu ne penses pas assez, mon chéri, que je suis une femme...
l'amam Tais-toi... je ne pense qu'à cela...
i/amame Une femme... comprends... C'est un enfant quelquefois... un tout petit enfant...
l'amant, la berçant.
Un tout petit bébé...
l'amame Un tout petit bébé capricieux... sensible... et malade...
l'amant 0 bébé... bébé... cher bébél...
l'amante Elle a besoin qu'on la berce, qu'on la console... qu'on chante à son àme... des choses douces... et qui caressent...
l'amant Je te bercerai... je te consolerai... je chanterai des choses à ton àme... Oh oui! va... des choses...
l'amante Souvent?...
l'amant Toujours... toujours!...