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la destinée duquel ils attachent la leur , s-applaudir des succès de l'étranger , ou s'affliger de la chute de Napoléon : c'çst dans l'intérêt de la France qvie j'ai envisagé, jusqu'ici les souverains jqui l'ont gouvernée ; et le meilleur sera toujours à mes yeux celui qui nous présentera le pltis de chances de bonheur et de liberté, j Après vingt-cinq ans d'une lutte épouvan* table , la patrie , toujours déchirée , toujours trompée dans ses vœux, toujours déçue dans ses ^espérances , n'offre aujourd'hui que des lam-beaux sanglans au vainqueur qui vient l'asservir ou au prince qui vient y régner.
Je n'envie point aux royalistes purs la satis^ faction qu'ils partagent avec nos ennemis ; . je ,ne m'associe pas au désespoir de quelques nar poléonistes qui ne regrettent peut-être dans Jà victoire qu'un instrument du despotisme ; je pleure amèrement sur mon pays ; j'invoque un ordre de choses qui puisse y ramener la paix , seul bien auquel nous puissions désormais prér tendre , puisque l'indépendance d'un grandi Etat a toujours été et sera toujours. inséparable de sa gloire, 1
En politique , des principes S&rmes ne sup-
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posent pas toujours des opinions inyariâbles : celui qui Tcut , ayant tout , le benbeur de son pajs le cherche dans toutes les situations qui se pré«* sentent, et nliësite pas à tourner Tobstade qu'il ne peut franchir. Il n^appartient qu'attf seuls partisans d'une faction d'affecter une yertit inébranlable , et de marcher inyariablement dans la ligne de leurs intérêts priyis , sans rien sacrifier au bien public et k Terapire irrésistible des circonstances. Que ces £BM:tiettx égoïstes de différentes couleurs s'honorent seuls , au^ jourd'hui, du noni de Français, quand les diyers enfans de la France sont presque humiliés de le porter ; qu'ils triomphent également , les uns d'ayoir manqué leur but , les autres de l'ayoir éteint , je persiste à ne yoir en eux que deshommes étrangers aux intérêts de la patrie. Les yraîs Français , au nombre desquels j'ai l'orgueil de me compter , sont ceux qui , tout en admirant ce qu'il y ayait de grand dans- le caractère de Napoléon , formaient depuis dix ans une coalition tacite pour mettre un terme , ou du moins un frein à son ambition eik son desr potisme.
' Les yrais Français sont ceux qui / lorsque la
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force de^ choses précipita du trône celm que la Tictoire y ayait ëlerë , accneilHreHt avec )oie Lonis XVIII , et lui demandèrent noblement ce foe la nation française ayait droit d'attendre de lai, des institutions libérales, ponr lesquelles nous combattons depuis yingt-cinq ans , et dont la conquiéte peut senle mettre un terme à la rétolation. % , dès-lors, tous les par4is se fussent confondus dans la même yolonté , le prince , ap-* pelé par le yo^u national au tr6ne de ses ancêtre» , eûtaccepté ,et non pas octroyé , unecbarte constitutionnelle^ qui l'eût mis dans rhenreuse hnpuissance de céder aux suggestions de ses mi-« nistres et aux absurde» prétentions de ses coir-* tisans. La nation: , heureuse et libre, eût oublié dans le repos cette gloire dont elle .était dé^ chue , ci qu'un souyenir récent lui rendait si pénible.
Qu'est-il arriyé à ces dcDX époques? Napoléon s'est eniyré à la coupe du pouvoir; ses nom-' breux flatteurs , en excitant en lut cette fiiyre d'ambition dont il était dévoré , ont trouvé \€ moyen de le rendre odieux ad sein même de lit victoire , qui n'était plus entre leurs mains* qii!nn instrument de despotisme» Cette pi»s-
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sance monstrueuse et colossale , élevée contre toutes les règles de Téquilibre politique , s'é* croula sur sa base et couvrit la. France de ruines. . La chute de Napoléon , à laquelle TEurope entière applaudit , en rendant aux Français Tespoîr de la liberté , les trouva moins sensibles à. dei revers auxquels la fortune avait la plus grande part. On crut voir dans Tarrivée des Bourbons le terme d'un glorieux esclavage. On se flatta qu'un prince , bon , généreux et spirituel , élevé à récole du malheur, saurait compatir à ceux que nous avions soufferts pendant , sa longue. absence , et qu'il ne réclamait Théritage de Henri IV que comme légataire de se^ vertus. Les courtisans de Louis XVIII se sont empressés de détruire le charme ; les qualités précieuses , les intentions bienfaisantes du monarque, ont été neutralisées par les vues étroites de son ministère , et par les prétentions gothiques de sa cour.
Dès-lors on put craindre une révolution nouvelle. Elle s'opéra sans éprouver le moindre obstacle , et sans coûter une goutte de sangfrançais.
. Bonaparte , à la tête de six cents hommes ,
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s'élança , pour ainsi dire , du rocher de Pilé jd'Ëlbe au château des Tuileries ; les mots ma*^ giques 4^ gloire, et d^ indépendance nationale lui ouvrirent toutes les routes : Farmée le reçut avec enthousiasme ; et la nation, encore une fois séduite par ses promesses , avide de la liberté qu'il lui présentait, oublia l'Empereur , et ne se souvint que du premier consul. Il fut permis de croire. que l'infortune , Texil et lar méditation , avaient opéré en lui un heureux changement , et que Napoléon en paix mettrait désormais sa gloire à faire fleurir la liberté pur ))lique , dont il avait été le plus dangereux ennemi.
Dans cet état de choses , j'ai vu avec désespoir l'Europe entière s'armer de nouveau contre nous; j'ai même eu le tort j. que j'aurai probablement toujours , de désirer, que la victoire restât à nos armes , et dé ni'obstiner à ne voir que des ennemis dans des étrangers armés j sou9 quelque bannière qu'ils se présentassent. Tout inégale que fût la lutte qui nous était. offerte i je ne croyais pourtant pas impossible que. nous en sortissions vainqueurs; je ne comptais pas nos ennemis., je ne voyais que le courage in-r
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TÎncible de nos troopes , et le géaie militaire de leurs cbefe : deaz cent mille Français bien c^hh mandés me semblaient poatoir braver tû>files les forces de l'Enrope.
La )onmée de Waterloo a détmit de ^i nobles illusions- : je laisse le- soin de les carac-> tériser d'une autre manière à ces estimables Français qui se réjouissent de voir les armées de l'Etirope débordées sur la France , et la gloire nationale ensevelie dans les plaines de la Belgique. L'élite de la première armée du monde a péri dans cette funeste journée! J'au** rais voulu que Tbomme extraordinaire qui nous a gouverné quinze ans eût trouvé une mort digne de lui sous le feu des batteries anglaises , et qu'il ne nous eût pas réduits à rougir de le voir finir ses jours datis la prison du roi Jean , e& il est attendu. Quoi qu'il en puisse être de son sort , sa carrière politique est finie , il a cessé pour jamais de régner sur la France ; et son sceptre , qu'il ne tenait que des mains de la Yictoire , s'est brisé avec son épée .
Les suites de la terrible journée du iB juin ^ en amenant des légions d'ennemis sous les mur de la capitale , en plaçant de nouveau l'ôpinioii
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publique sous l'empire k ré$iatible de ta force ^ préparent à la Fraace 4e nourelles destinées , $9X lesquelles il est k craindre que toute la sa-^ ^e$st humaine ne puisse atoir qu'une bien faible inflaence. Dans la situation terrible où nous sommes , i l'aspect des niau:^. où la patrie est en proie , nous ne sommes plus comptables enrers elle que de nos souvenirs et de nos yceux.
Je ne crains pas de rappeler les uns et d'ex-* poser les autres.
Ennemi de l'anarchie et du despotisme , )'ai su me conserver libre sous tous les gouvernemens qui se sont succédé en France depins vingt-cinq ans : je n'ai sollicité , je n'ai voulu ni places , ni grâces , ni faveurs ^ et je pourrais me prévaloir des nombreuses persécutiions dont j,^ai été l'objet. Long-tems compagnon de nos guerriers , j'ai partagé leur» travaux , ei )'ai joui avec enthousiasme de leur gloire : on ne* m'a trouvé dans les rangs d'aucun parti , dans les antichambres d'aucun palais , dans les bun* reaux d'aucun ministre : j'aurais voulu , et tel .a toujours été le sentiment qui a dirigé ma plume , que , sous tel gouvernement que la France eût été placée , elle ne perdit pas k seul
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irait de b rérolBtiaB terrible qa^De a solne , cette liberté , ces imts politiques , q« B^mit et me penreat aroir de garantie solide qoe daas vae coBstitntioii KbrcmeBt consentie et soles* ■ellenent jnrée. An nombre des moyens qni pouvaient oondnire à ce résultat , qnelqne dé-^- Arable qn^il soit , je n'ai point k me reprocher d^aToir arrêté nn moment ma pensée snr la guerre civile , encore moins sur les snccàs de$ armes étrangères : Tbonneiir d'une nation passe avant sa liberté même .
' Auioord'buifqa'il est k craindre que la France ne pubse de long-tems aspirer k la gloire mili^ taire , ]e me borne k former des vœux pour son bonheur, s'il est possible que l'un puisse aller sans l'autre.
• Pour atteindre ce but , nous avons besoin d'oublier dans la paix , sous le règne d'un mor narque populaire, que la .France , pendant quinze ans, a dicté des lois à l'Europe, et qu'en quinze mois l'étranger a deux fois envahi notre capitale ; nous avons besoin d'oublier que des factions cruelles ont déchiré la patrie; nous avons besoin de nous convaincre tous que le
inonarque , appelé ^ régner sur nous , à la suite
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àe tant d'orages , doit être investi de toute la confiance de la nation , et que cette confiance réciproque ne peut être le résultat que de mutuels sacrifices. Ce n'est pas une restauration , c^est une régénération qu'il nous faut ; c'est un pacte social inviolable , qui unisse à iamais le peuple et le souverain, qui garantisse leurs intérêts et leurs droits , à l'abri duquel puissent Beurir à-la-fois l'autorité royale et la liberté publique.
Tels sont mes vœ ux ; que ne puis-)e dire mes esp érances !