LOUISE, PIRON
PIRON , très-préoccupé. Ils sont réunis. Pourvu que l'intrigue n'ait pas le dessus ! c'est qu'on est remuant à Dijon.
LOUISE. Eh bien I mon père, avez-vous des nouvelles ?
riRO\. Pas encore, mon enfant : la séance n'est même pas ouverte.
LOUISE. Ya-t-il de nouveaux candidats ?
riRO\. Bah! une foule... Qui est-ce qui ne se flatte pas d'avoir des titres dans ce pays-ci?.. Nos concitoyens sont si suflisans !.. Il n'y en a pas un qui ne se croie le premier moutardier du... ça fait pitié. {A lui-même.) Ma lettre pourtant doit plaider en ma faveur. ([lau/.) Où est Pichonneau?
LOUISE. Maman vient de l'appeler.
piROiv. Ah çaî mais il n'est jamais là ce Piclioiineau. 11 ne fiiitrien, il n'est bon à rien... je le prends en grippe.
LOUISE. Puisque maman a besoin de lui.
PIR0\. Ça m'est égal. A-t-il porté ma circulaire, au moins?
LOUISE. C'est pour cela qu'il est sorti tantôt.
piRON. Ah ! pourvu qu'il n'y ait pas fourré quelques fautes d'orthographe en la copiant, car il me rappelle mon bon sujet de frère quand il était jeune, celui-là : c'est la même facilité, la même intelligence... il écrit cornichon avec un k et un j.
LOUISE. C'est quand il est pressé.
PiRO\. Heureusement qu'il n'avait qu'à copier, cette fois. Voyons!., il doit en avoir laissé ici quelque exemplaire.
LOUISE. Je ne sais.
PIRON. Regarde sur la table.... Diable ! je n'ai pas mes lunettes. ..
LOUISE, prenant un papier. Voilà, mon père.
PiROiN. Commence, je t'écoute.
(Il s\'issie(1.)
LOUISE, lisant. Messieurs...
PIRON. Combien a-t-il mis d'^ ?
LOUISE. Il n'en a pas mis du tout.
PIRON. Hein ? voilà une jolie affaire !
LOUISE. Dam ! écoutez donc, mon père, ce n'est qu'un brouillon.
PIRON. C'est comme ça qu'il les fait ? s'il a eu le malheur d'écrire dans ce genre-là, je vous demande un peu ce qu'on va penser de moi ?
LOUISE. Ne vous fâchez pas ; le reste va très-bien. (Lisant.) « Messieurs, j'apprends que des intrigans se mettent journellement sur les rangs pour m'enlever vos suffrages ; mais, j'en ai le pressentiment, ils échoueront certainement; je m'en rapporte à votre jugement. »
PliiON. Je n'avais pas fait attention à tous ces c/its.
LOUISE. V Je vous demande en grâce de me nonnncr de préférence à un autre. D'abord, vous savez que je suis toujours de l'avis de tout le monde ; ainsi, je ne vous contrarierai pas ; ce sera exactement comme si vous n'aviez personne ; et puis, si vous me refusez, j'empêcherai le mariage de ma fille avec Pichonneau, et le pauvre garçon est capable de se jeter à l'eau de désespoir. Vous ne connaissez pas le caractère de Pichonneau ? c'est un jeune homme qui n'a pas encore vingt ans... »
PIRON. Qu'est-ce que c'est que cette bêtise-là? .
LOUXSf:. Mais c'est votre lettre*
LE MAGASIN THEATRAL
PinON. Moi? est-ce que j'ai jamais écrit de pareilles l)alonrdises ? Je nie disais aussi : je ne me rappelle pas du tout... Voyezvous, j'envoie à ces messieurs une biographie sur Piclionneau ?
LOUISE. Il y en a encore une page.
PlRON. Ah ] mon Dieu I qn\st-ce que c'est que ça? ^Appelant.) Pichonneaul.
A-t-on idée d'une pareille mystification I {Appelatd.) Pichonneaul.. Mais c'est la stupidité personnifiée que ce garçon-là.
(^Aj'pelanf.) Pichonneau !