PIRON , GUICHARD , BEAUSOLEIL
au Jond.
PIRON. De quoi s'agit-il , maître Guichard? je suis tout oreilles.
GUICHARD. Il y a des hommes, monsieur , pour qui la vertu n'est qu'un vain mot , les mœurs un ridicule , la décence une fiction.
PIRON. Plaît-il?
GUICHARD. L'académie dont j'ai l'honneur d'éti e membre ne se laisse pas outrager impunément. Vous avez outragé l'académie.
PIRON. Monsieur...
GUICHARD. Vous l'avcz indignement outragée.
PIRON. Monsieur Guichard!.... je ne comprends pas un mot à la scène affreuse...
GUICHARD. Pas de discours I
PIRON. Expliquez-vous...
GUICHARD. Pùen.
PIRON. Il faut que je sache...
GUICHARD. Finissons.
PIRON. Ah ! la patience m'échappe à la fin. C'est vrai , vous venez me parler de vice , de corruption. Qu'est-ce que c'est?.. Qu'est-ce qu'il y a donc ? Apprenez que je ne suis pas plus vicieux que vous , pas plus corrompu que n'importe qui à Dijon. .... C'est-à-dire même qu'il y a des choses que je suis peut-être le seul à ignorer à Tâge où me voilà.
GUICHARD. Ce n'est pas ce que nous disait votre émissaire , monsieur.
qui
PIRON. Mon émissaire !.. ah ça donc 1"
GUICHARD. Une espèce de soldat, de malotru ; je ne sais qui.
BEAUSOLEIL, 5 V/^'rtA/paw?. Présent. Quand on ne sait pas qui, on ne donne pas de nom ; d'autant plus que je ne cache pas le mien. Je m'appelle Beausoleil... joli nom; je reviens de Piiilisbourg : vive mon maréchal ! Qu'y a-t-il pour votre service, l'ancien?
PIRON. Mais monsieur n'est pas du tout...
BEAUSOLEIL. Sufficit, papa. Ça ne vous regarde point. J'ai suivi le colloque... je n'y ai rien compris... ça m'a paru curieux.
PIRON , à Guichard. Vous m'expliquerez,
LÉ MAGASIN THEATRAL
monsieur, le motif delà mystification dont je suis victime. Vous êtes venu m'insulter chez moi.
GUicnvRD. Monsieur!..
PiROiv. Oui, monsieur. Vous ne m'aimez pas , je le sais. Vous avez toujours été jaloux de moi.
BEAUSOLEîL. Il est jaloux. c'est clair ; je m'en étais douté. {A Guichard.) Il paraît que vous vous mêlez aussi d'en faire et que ça ne vaut pas le diable? {;A Pu on.) Comment l'appelle-t- on c't'académicien-là ?
PIRON. Guichard.
BEAUSOLEIL. Je n'ai vu ce nom-là nulle part. {A Guichard.) Donc , l'ami , nous allons baisser pavillon devant le grandhomme, et tâcher de rt^parer nos sottises en lui donnant notre voix?
GUICHARD. Qu'est-ce à dire?
BEAUSOLEIL. Pas de bruit , je te le conseille.
PiRON. Monsieur le miUtaire...
GUICHARD. Me tutoyer!
BEAUSOLEIL. C'est le langage des anciens : ça doit t'aller. Allons , fantassin , parle flanc droit, et partons vivement
GUICHARD. Une telle insulte! Monsieur!... je me vengerai.
BEAUSOLEIL. Je |me soucie de toutes les académies de l'Europe comme de ça... tu peux le dire à tes camarades.
PIRON. Laissez-moi vous faire entendre...
BEAUSOLEIL. Ne VOUS dérangez pas, papa. Je vas le reconduire jusqu'à sa caserne.