‹ Le frère de Piron, comédie-vaudeville en un acteChapitre 7 sur 23 · SCENE IV · texte numérisé non relu

SCENE IV

ES MÊMES , BEAUSOLEIL. Il entre portant une valise de caoalier qu'il pose sur une chaise,

BEAVSOLEIL.

Tu verras sa personne, Son armée qui Tenvironne.

11 n'y a rien de si beau Que de voir le roi et laisser son troupeau.

Ne vous dérangez pas : c'est moi quiViens loger dans la maison.

PIRON. Un militaire!... Louise, baissez les yeux...

LOUISE. Pourquoi donc?.'.r il n'a pas l'air méchant.

BEAUSOLEIL , tirant son billet de logement et chanfant.

J'arrive de la province Par le grand chemin; Si mon équipage est mince.

Mon œil est mutin...

PIRON. Chut!.... (/^j^^r/.) Quel ton!...

ces soldats!., quelles manières!..

BEAUSOLEIL. Bon... bon... ça vous ennuie peut-être de me voir ; mais le maréchal-des-logis m'a dit : voilà ton billet de logement... Grande rue de Dijon, chez le fabricant de moutarde .... à preuve.... (Il donne son billet à Piron) et j'arrive sans regarder. Faut obéir à son supérieur.... le soldat à son capitaine , le capitaine au colonel , le colonel au maréchal , le maréchal au roi, le roi à personne v'ià

comme je comprends la société. Ah ! ça, vous êtes le papa , vous ? une bonne figure qui me plaît.... Vous , la maman ?

une belle femme C'te petite ? votre

fille ? gentille... et ce gros joufflu qui la mange des yeuj?, son amoureux ? Bon , bon , me v'ià au courant. Moi , je m'appelle Beausoleil... joli nom... je reviens de Philisbourg vive mon maréchal!

j suis un bon enfant... je mange bien... je bois de même et j'aime à rire. Au dessert je vous chanterai des chansons.

PIRON. Non... non pas... c'est inutile.

BEAUSOLEIL. Pourquoi donc? ça égaie, et puis ça plait au beau sexe. On sait un peu ce qui lui convient , papa.

[Il chante.)

y Passant au quai de l'horloge , J'ai donné dans l'œil

D'un gros sous-fermier qui loge ] Quartier Montorgueil.

PIRON. Chut ! je vous en prie ( A part ) Ces chansons de régiment, ça doit être joli.

BEAUSOLEIL.. Bon... bon... vous savez ce que c'est ?

PIRON. Oui.. . inutile de me le dire.

BEAUSOLEIL. C'est un peu connu dans la société ! c'est d'un malin qui a de l'esprit je vous en souhaite autant je

porte toujours ses œuvres sur moi... ça rie^

me quitte pas plus que mon sabre je

suis son élève pas d'éducation , mais

d'instinct... il aurait fallu que j'étudisse...

PICHONNEAU. Oh ! étudisse!.. Etudiasse.

BEAUSOLEIL. Ilépétez, jeune homme...

PICHONNEAU. Etudiasse.

BEAUSOLEIL. C'est possible ; on dit étudisse au régiment Bofiû? je ne suis

pas gênant , et vous serez bien aise de me loger... ainsi que cocotte.

piRON. Cocotte !.... elle n'est pas sur le billet...

BEAUSOLEIL. Ma junient...

PIRON. Piclionneau, vas la conduire.

BEAUSOLEIL. Tu la trouveras là. .. je Tai faite entrer.

piRON. comment? comment?..

BEAUSOLEIL. A cause des mouches qui la tourmentent.

PIRON. Dans le magasin î...

BEAUSOLEIL. Oh I n'ayez pas peur....

c'est doux et propre comme un chien.

PIR0\ , à Piclionneau. Vas donc vite... vas donc...

riCHOMVEAU. Oui... oui... {A Louise.) J'ai une idée pour réparer ma sottise... laissez-moi faire . . .

PIRON, à Pichonneau. Mais dépêche-toi donc. . .

^PICHONNEAU. Oui... monsieur Piron.

(Il sort en courant.) OOOOOCOCO 000 OOQ OOCQOOQOOOOOOOOOOOOOOOOO 600

f^\^ SCENE V.

Les Mêmes, excepté PICHONNEAU.

BEAUSOLEIL. Piron!... qu'est-ce qu'il dit donc? Piron I

PIRON. C'est mon nom.

BEAUSOLEIL. Je suis chez Piron? le fameux Piron? le grand Piron? Pas possible... Ce jeune homme connaît mon faible... il me flatte...

PIRON. Comment?... qu'y a-t-il d'extiaordinaire ?. . .

BEAUSOLEIL. C'est-à-direquec'estinouï :

ils ont bien raison de dire au régiment que je suis favorisé du hasard comme de la nature... Piron de Dijon? l'auteur de tant de compositions ingénieuses et variées?

PIRON. J'ai eu d'assez heureuses idées.

/ BEAUSOLEIL. Et comme c'est tourné I... comme c'est assaisonné I... v'ià qui ragaillardit un diiier... c'est comme le cham])agne... ça monte à la tcte...

PIRON. Je ne pensais pas que dans votre état, vous eussiez été à même d'apprécier... vous comprenez?., dans un régiment... vous en avez goûté ?

BEAUSOLEIL. Je m'en nourris 1...

PIRON. Ah î c'est étonnant je ne

croyais pas...

BEAUSOLEIL. Jc suis clicz Pirou ? chez cet homme célèbre. .

PIRON. Célèbre !.. du moins assez connu. . .

BEAUSOLEIL. Pas de modestie !.. le pie*

«lier nom de France!... comme celui de mon maréchal.

^ime piK^oN. IMon mari?

PIRON. Laissez-le dire, madame Piron...

BEAUSOLEIL. Le premier... le seul dans votre genre!... et il est fameux votre genre !... ^ ^

PIRON. Il est vrai que mes confrères s accordent à reconnaître ma supériorité.

BEAUSOLEIL. Vos confrères ?... des écoliers... des gâte-sauce... rien 'du tout.,, c'est d'un fade !

i Air de Julie*

Moi, pour ma part, jc puis vous en repondre, Je n'ai jamais estime ce qu'ils font.

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