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Actes du Frère Didace

2. Cette liste nous paraît être de la main du Père Joiaph ; elle est conservée aux archives du Séminaire de

Québec.

recueil. Ce qui précède nous induit donc à conclure que les faveurs obtenues par l'intercession du Frère Didace n'étaient pas rares. Nous allons en rapporter quelques-unes, extraites des Actes même du serviteur de Dieu.

Les deux premiers miracles rapportés dans les Actes ont eu lieu chez les Ursulines de Québec. Le 22 octobre 1699, huit mois par conséquent après le décès du Frère Didace, la Sœur Rose de Sainte Catherine, née Louise de Lanaudière, âgée de 25 ans, déclare en présence de M. Glandelet, de sa supérieure et du conseil de la communauté, qu'à l'âge de huit ans elle s'était démis un bras en tombant sur la glace. L'année suivante elle se démit encore le même bras par un effort qu'elle fit. Depuis lors elle fut " fort incommodée et plus particulièrement depuis un an et sans que les remèdes qui lui ont été appliqués d'année en année eussent pu la guérir, qu'au contraire s'étant trouvée l'hiver dernier tellement incommodée du même bras qu'elle ne pouvait presque plus s'en servir, on consulta M. Sarrazin, docteur enmédecine, qui, ayant pris une connaissance

exacte des causes et des circonstances de son mal, jugea qu'il était fort difficile ordinairement parlant qu'un mal aussi envieilli (sic) guérit naturellement, ce qui donna occasion à la Sœur Saint-Paul de lui conseiller d'avoir recours aux prières et intercession du Frère Didace,... mort... le mois de février dernier en réputation d'un grand serviteur de Dieu, lui racontant quelques guérisons qu'on disait avoir été opérées depuis par l'invocation de ce digne religieux. "

La malade ne goûta pas cet avis, n'ayant "confiance, dit-elle, que dans les saints qui étaient canonisés. " Mal lui en prit, car elle éprouva, bientôt après, à son bras "degrandes douleurs qu'elle n'avait pas accoutumé. Elle regarda cela comme une punition de son incrédulité et se sentit inspirée d'invoquer avec confiance le Frère Didace. " Elle en parla au Père Joseph, son oncle, alors gardien du couvent de Québec, qui la blâma d'abord de son incrédulité, lui dit ensuite d'avoir confiance et lui conseilla de réciter " pendant quelque temps la prière de VObsccro qui est à l'honneur

de la Très Sainte Vierge que le défunt récitait tous les jours. " Elle fit cela pendant quinze jours et "elle sentit la douleur et l'incommodité de son bras diminuer notablement, et sur le rapport qu'elle en fit au Père (Joseph) il lui apporta un dixain (sic) du chapelet de ce serviteur de Dieu, qu'elle mit à son bras- ■ et l'y garda l'espace de quinze jours pendant lesquels elle se sentit toujours de plus en plus soulagée. Enfin au bout de ce temps, elle fut si parfaitement guérie que non seulement elle n'y a senti depuis aucune incommodité, mais elle y a encore expérimenté autant de force et de vigueur pour s'en aider que dans l'autre bras et s'en est servi en effet aussitôt après, sans aucune peine, pour suppléer aux travaux les plus pénibles comme de laver la lessive et autres semblables (travaux) qu'elle a continués depuis le temps de la guérison susdite jusqu'à présent sans s'en être trouvée aucunement incommodée. "

La deuxième guérison fut plus remarquable à cause de sa promptitude. " Marie Anne Geneviève Robineau de Bécancourt, pensionnaire

«chez les Ursulines, âgée de 14 ans, " souffrait ■d'une "enflure au genou qui lui causait beaucoup de douleur et l'empêchait de marcher, à quoi les remèdes que les chirurgiens lui avaient appliqués pendant huit jours, n'avaient de rien servi ; elle fut conseillée par la Sœur Saint- Paul... de se recommander au Frère Didace et de dire pendant neuf jours trois Pater et trois Ave pour remercier Dieu des grâces qu'il avait faites à son serviteur et à l'intention aussi d'obtenir par son intercession la guérison de son mal... et apercevant entre les mains de la dite Sœur Saint-Paul un petit livre de l'Imitation de Notre-Seigneur qui avait servi à ce dévot religieux pendant plusieurs années, elle la pria de (le) lui appliquer sur son genou, ce que la dite Sœur n'eut pas plus tôt fait que la déposante n'y sentit plus de mal et fut si parfaitement guérie que deux heures après, elle marchait et fît ses fonctions comme à l'ordinaire. "

Chacun de ces faits est signé par la personne guérie, la supérieure et les membres du conseil de la communauté, la Sœur Saint-Paul et le /grand vicaire Charles Glandelet.

En 1703, aux Trois-Rivières, dans la sacristie des Récollets, en présence de M. Louis Geoffroy, prêtre de Saint-Sulpice et un des grands vicaires de l'évêque de Québec, des personnes témoignent devoir leur guérison au Frère Didace. Michelle Godefroy de Linctôt, des Trois- Rivières, âgée de 24 ans, atteinte depuis 4 ans d'une maladie aiguë, ne pouvant pas se coU'cher, ni prendre de nourriture sans de grandes douleurs, et "abandonnée des chirurgiens de cette ville," fit une neuvaine au Frère Didace ; elle fut " extraordinairement affligée le premier jour de la neuvaine, mais soulagée le second, et parfaitement guérie le dernier jour,"

Catherine LePelé, souffrant d'un érésipèle à la jambe, depuis deux ans, pour lequel les chirurgiens ne pouvaient donner aucun remède, et "étant une rechute d'un pareil mal pour lequel on avait été contraint de lui ouvrir la jambe dix ans auparavant " fut " parfaitement guérie après avoir invoqué le Frère Didace " et avoir bandé sa jambe avec une bande qui avait servi au Frère pendant sa maladie.

Madeleine Beaudoin, épouse de Séverins.

Ameau, notaire des Trois-Rivières, dans sa 6i' année d'âge, était atteinte depuis plus d'un an "d'un grand mal de poitrine ; " elle ne pouvait manger sans éprouver de grandes douleurs, elle fut "parfaitement guérie après une neuvaine au Frère Didace. "

Un autre trifluvien, Jean Fafard, Sieur de la Framboise, âgé de 47 ans, souffrait aussi d'un mal de poitrine déclaré " incurable " par les médecins; il fut "aussitôt... soulagé et peu de temps après... parfaitement guéri, " après avoir eu recours au Frère Didace.

Un habitant de l'Ile DuPas, Pierre l'Oiseau,, âgé de 19 ans, souffrait depuis trois ans d'une goutte sciatique à la cuisse ; il fut "parfaitement guéri aussitôt la neuvaine par lui fa,ite au Frère Didace. "

Il ne serait pas sans importance de relever les signatures qui accompagnent les divers procès-verbaux ; elles prouvent que les merveilles attribuées au Frère Didace attiraient l'attention de toutes les classes de la société. Du procès-verbal de 1703 relevons les noms suivants : Père Joseph Denis, Commissaire

Provincial des Récollets, Père Luc Filiastre, supérieur du couvent des Trois-Rivières, M. Paul Vachon, curé du Cap de la Madeleine, Godefroy de Linctôt, major et commandant des Trois-Rivières, Jean Lechasseur, conseiller du roi et lieutenant général de la même ville, Claude Pauperet, marchand de Québec et l'un des directeurs de la compagnie de la Nouvelle- France, René Godefro}' de Tonnancour, procureur du roi aux Trois-Rivières, Jean-Baptiste Pottier, notaire et greffier de la même ville.

L'année suivante, 1704, un autre procès-verbal fut fait aux Trois-Rivières, dans la sacristie des Récollets, les mêmes personnes à peu près étant présentes, et de plus le marquis de Crisaphy, gouverneur des Trois-Rivières, M. Nicolas de Leuze, chanoine de Québec et curé de Sainte-Anne delà Pérade, M.Philibert Boy, curé de Batiscan, et Jacques Duguay, " premier chirurgien " des Trois-Rivières. Dans ce procès-verbal, dressé comme le précédent par le grand vicaire, M. Louis Geoffroy, deux guérisons sont rapportées, dont l'une a cette

particulière importance qu'elle est appuyée par la signature de M. Duguay, médecin, qui avait donné ses soins au malade. Celui-ci, Antoine Brûlé dit Francœur, de Bécancourt, était atteint depuis près d'un an d'un mal à un genou qui lui causait d'atroces douleurs ; il était obligé de se servir de béquilles pour marcher. Il eut recours aux soins de M. Herbe médecin de Batiscan qui lui déclara son mal incurable. Le malade s'adressa ensuite à M. Duguay, des Trois-Rivières, sans résultats. " Se voyant hors d'espérance de jamais guérir •• • il eut recours au Frère Didace- • • Ayant mis un morceau de sa robe sur son genou, il se sentit très soulagé et ses douleurs diminuèrent tellement dans la suite qu'en lo ou 12 jours il fut guéri. " Une note écrite quinze ans après porte " qu'il vit encore et ne s'en est pas ressenti du depuis. "

Le 20 janvier 1709, François Lefebvre dit Anger atteste que, souffrant d'une hernie depuis plus de trois ans, il se sentit porté à implorer le secours du Frère Didace et ayant promis de réciter pendant neuf jours cinq Pater et cinq

Ave, il se trouva subitement soulagé et entièrement délivré de sa dite incommodité." Ce fait est certifié par le Commissaire Provincial des Récollets et quelques Pères du couvent de Québec.

Le premier novembre 1704, M. Jean Basset, curé de Saint-François de Sales de Neuville,, écrivit au Père Joseph Denis le fait suivant arrivé dans sa paroisse. Julien Constantineau, fils de Pierre, avait été "réduit par une fièvre lente et quotidienne, qui lui aurait duré pendant un mois ou cinq semaines, dans une faiblesse si grande qu'il ne pouvait se soutenir, causée par une insomnie et un dégoût de toute sorte de nourriture, jusque là même que M. Grégoire notre chirurgien avait fait tout ce qu'il avait pu pour le soulager et il l'avait comme abandonné. Son père et sa mère furent inspirés de le recommander au bon Frère Didace, et le soir, ayant mis sur lui un morceau de sa robe que vous aviez eu la bonté de donner à son père, cette même nuit il reposa bien, ce qu'il ne faisait pas auparavant, et le lendemain à son réveil il se trouva parfaitement

guéri et avec un très bon appétit qu'il fallut modérer. "

Antoine Charles Godefroy de Tonnancour, des Trois-Rivières, mort en 1757, âgé de 60 ans, prêtre et chanoine du chapitre de Québec, fut dans son enfance un des privilégiés du Frère Didace. "Etant encore tout petit, il lui survint dans la gorge une croissance de chair des deux côtés, de la grosseur d'un œuf de pigeon, qui le menaçait d'étouffer et lui empêchait l'usage de la parole, ce qui lui dura ainsi plusieurs années jusqu'à l'âge de 7 à 8 ans et le fit beaucoup souffrir pendant ce temps-là sans que les remèdes qu'on lui fit user pussent le soulager." Sa mère, Marguerite Ameau, consulta alors un médecin renommé qui jugea l'opération nécessaire. Madame de Tonnancour, n'ayant pu se résoudre à y consentir, eut recours au Frère Didace, " et ayant appliqué un morceau d'étoffe de la robe du dit Frère Didace, à l'endroit de la gorge où l'enfant souffrait le plus de mal, elle le mena durant neuf jours de suite à l'église où est inhumé le dit Frère- • • ce qui •eut un tel succès que quelque temps après l'en--

fant fut parfaitement guéri et que depuis cette guérison, qu'il reçut ayant l'âge de 7 ou 8 ans, il ne s'est plus ressenti de son mal, étant âgé présentement d'environ 20 ans. " Le procèsverbal, fait par M. Glandelet, est du 19 juillet 1717.

Une autre guérison, qui vaut bien la peine d'être signalée, est celle d'un novice Récollet ; d'autant plus que le procès-verbal dressé par M. Glandelet est suivi du certificat de deux médecins et que la guérison fut d'une promptitude remarquable. Le Frère Louis Hyacinthe Dumesnil, novice clerc, au couvent de Québec, souffrait depuis dix jours d'un mal au genou qui lui causait une douleur très aiguë accompagnée de fièvre. Le genou devint très enflé et le médecin du couvent, M, Jordan Lajus,^ se proposa de le lancer, c'était le neuvième jour de la maladie. Le docteur Lajus, a3'ant été

I. Il était aussi le syndic du couvent ; — son fils aine, Jean François, baptisé le 8 aoiât 1698, devint Récollet et fut ordonné prêtre en 1727. II est mort à Québec, supérieur de son couvent, le 23"mâi 1767.

appelé à la campagne, chargea M. Coustard, médecin de l'Hôtel-Dieu, de prendre soin du Frère. M. Coustard proposa au malade de se laisser ouvrir la jambe, mais celui-ci le pria d'attendre quelques jours. Alors le Frère Louis Hyacinthe Charret, infirmier du couvent, lui inspira d'invoquer le Frère Didace ; le novice ** appliqua sur son mal un morceau de la robe qui avait servi au Frère Didace, sur les sept heures du soir, après quoi ayant souffert de grandes douleurs jusqu'à l'heure de minuit qu'il redoubla de prières audit Frère Didace, il s'endormit jusqu'à cinq heures du matin auquel temps s'étant réveillé, il se trouva parfaitement guéri sans qu'il lui restât aucune dotfleur, ni enfilure, ni aucune apparence du mal qu'il avait au dit genou. Il fut si étonné que, ne pouvant se persuader qu'il fut si promptement guéri, il en voulut faire diverses épreuves, marchant par le dortoir... et ensuite fut au chœur, se tint à genou pendant une demi-heure en la même liberté que s'il n'avait eu jamais de mal et n'en a point ressenti du depuis aucune atteinte ; duquel fait et de toutes les circons-

tances tous les ci-dessus nommés pour déposer A^érité ont déclaré avoir une connaissance distincte et particulière pour avoir été euxmêmes témoins du mal ci-dessus survenu au dit Frère Louis et de la promptitude avec laquelle il a été guéri, dont MM. les chirurgiens ont donné le certificat. "

Les ci-dessus nommés étaient le Père Louis Hyacinthe de La Place, Commissaire Provincial des Récollets, le Père Romuald Lebrun, maître des novices, le Père Augustin Quintal, prêtre et Récollet, le ci-devant Frère malade €t plusieurs autres Frères, M. Tréhet, marchand de la Rochelle et les chirurgiens Jean Coustard et Jordan Lajus.

Dans son certificat le premier de ces deux médecins raconte que plusieurs jours après sa première visite, il partit pour aller revoir le Frère malade, mais ayant rencontré un Récollet, celui-ci lui dit que " par un miracle le Frère Dumesnil s'était trouvé guéri dès le lendemain et qu'il était aussi sain et gai que jamais il avait été. Sur ce rapport, ajoute M. Coustard, je m'en retournai chez moi, où je

Tacontai cette guérison miraculeuse, parce que si la main du chirurgien y avait passé, je ne crois pas que dans trois mois il (le Frère) eut été en état de faire aucun office. "

M. Jordan Lajus, " lieutenant des chirurgiens, " raconte d'abord la maladie du Frère, puis comment il se fit remplacer par M. Coustard. Etant de retour à la ville, " je fus voir mon malade et je le trouvai entièrement guéri par une dévotion qu'il a eu au Frère Didace, du même Ordre. Il a fallu un miracle aussi clair qu'était celui-là pour avoir eu une si prompte guérison. "

Le procès-verbal et les deux certificats sont •du 28 mai 1717-

Terminons par un trait d'un autre genre prouvant que le Frère Didace écoutait aussi favorablement les prières de ceux qui lui demandaient d'autres bienfaits que la santé.

Pierre Lemaître,' bourgeois des Trois-Rivières, était " un jour avec quatre hommes à trois ■ou quatre lieues des Trois-Rivières (sur la rivesud du Saint-Laurent) pour y faire des foins ;

après les avoir tous coupés, les fit étendre pour

les faire transporter sur des bateaux aux Trois- Rivières. Que soudain il s'éleva un gros orage du côté du nord-ouest qui couvrit en un instant tout l'horizon ; que voyant ses foins perdussans ressource... sans une protection de Dieu toute particulière qu'il fut inspiré de demander par l'intercession du bon Frère Didace, lui promettant une messe ; plein de confiance envers ce bon serviteur de Dieu, aussitôt il ressentit et fît témoigner ses domestiques de l'effet de cette protection puisque l'orage approchant l'endroit où étaient ses foins, se fendit et passa de côté et d'autre sans en mouiller un seul brin. L'orage étant passé, il fît ses diligences, après avoir remercié le serviteur de Dieu, pour embarquer tout son foin sur les bateaux qui, étant chargés, furent, étant déjà loin, repoussés par un gros vent du nord-ouest, qui les rejeta de l'autre côté de la rivière (fleuve Saint-Laurent), et les voyant perdus une seconde fois invoqua encore une seconde fois le bon Frère, et aussitôt l'invocation faite le vent changea et devint très propre pour mener ses bateaux et les passer aux Trois-Rivières. "

Ce récit fut certifié véridique, le 17 novembre 1704, par le Père Joseph Denis Commissaire et par d'autres Récollets de Québec devant qui Lemaître l'avait conté. Le trois juillet 17 17, M. Glandelet interrogea à ce sujet Marie Anne Chenaye, épouse de Pierre Lemaître ; celui-ci était mort depuis 171 1. Elle confirma l'authenticité du fait et signa sa déposition assermentée.

Nous laissons plusieurs faits consignés dans les Actes du Frère Didace ; ceux que nous avons cités suffisent amplement pour montrer que Dieu glorifia son serviteur. Notons ici la remarque faite déjà par le Dr N. E. Dionne, que si l'évêque de Québec fit recueillir quelques-uns des miracles attribués au pieux Récollet, ce fut par suite de la persuasion où l'on était "que tôt ou tard on porterait à Rome la cause de béatification du vertueux Frère Didace.' "

I. Serviteurs et servantes de Dieu en Canada. Québec, 1904, p. 169.

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