‹ Le freyschutzChapitre 21 sur 32 · GASPARD, MAX · texte numérisé non relu

GASPARD, MAX

Mnx parait au sommet d'un rocher très-élevé de l'autre côté de la cascade. Il se penche pour regarder dans l'abîme.)

MAX

Quel abîme horrible et sombre !

0 terreur!

Mon froid regard se perd dans l'ombre

Avec horreur!

Sur moi s'amasse la tempête.

La lune semble se voiler.

Des spectres planent sur ma tête...

Ces rocs sont animés. . . ces rocs vont-ils parler?. . .

RÉCITATIF

(Éloignant les chauves-souris qui s'approchent.) Oush! Oush! j'entends des cris d'oiseaux funè- Et du sein des ténèbres [bres,

Un bras géant Sur moi s'étend.

(Il descend quelques pas. — Gaspard lève les yeux et aperçoit Max.) MAX

Non! plus de lâche effroi,

Pour moi Il n'est pas d'épouvante.

[(// descend quelques pas.) Gaspard, après avoir soufflé le feu avec l'aile

de l'aigle.

Mon sursis est gagné, merci, Samiel, merci ! {Il fait signe à Max en agitant l'aile de l'aigle.)

Arrive donc, camarade, l'attente Me parait longue ici, Est-il bien de tarder ainsi?

MAX, la main sur le front et regardant l'aili de l'aigle. Cet aigle immense Me doit la mort !

L'enfer commence, Cédons au sort!

Malheur à moi !

(// descend encore quelques pas et s'arrête.) Gaspard, parlé.

Descends donc, l'heure avance.

MAX

Non! je n'ose pas.

GASPARD

Poltron !

MAX

Qui?moi?rois-tu,là-bas?

(Sur un rocher éclairé par la lune, on voit un

spectre blanc étendant les mains.) Spectre affreux ! c'est l'ombre de ma mère ! Dans son froid cercueil Comme au jour de deuil, Sa voix funéraire

Me dit : Fuie, Mon fils.

GASPARD, à part.

A mon aide, Samiel !

(A Max.) Sottises dont je ris!

(// rit.) Ah ! ah ! ah !

Allons, viens donc, et loin de toi la crainte Dont ton âme est atteinte !

(Le premier spectre a disparu. — On voit l'ombre d'Agathe éperdue, les cheveux épars, singulièrement parée de feuillages et de branches de chêne. Elle ressemble à une folle et parait vouloir se précipiter dans le torrent.)

Agathe s'élance au torrent, Courons ! malheur trop grand !

(L'ombre d'Agathe se jette dans la cascade. — Il descend tout à fait. — La lune commence à s'obscurcir.)

MAX, entrant dans le cercle.

Me voici, qu'ai-je à faire ?

Gaspard, lui jetant sa gourde.

Bois ! l'air des nuits est froid... et puis à notre Tu n'a pas peur? [affaire!

MAX

Non ! non !

(A part.) Que va-t-il advenir de ceci !

GASPARD

Compagnon, Veux-tu fondre toi-même?

MAX

Au pacte c'est contraire?

GASPARD

Regarde pour apprendre à ton tour le métier. (Gaspard prend successivement dans sa gibe

cière les ingrédients qu'il nomme et les met

dans la cuillère à plomb.)

FREYSCtfÙTZ

Gaspard mettant les ingrédients.

Du plomb, du vif-argent, un peu de pierre grise, Du verre pilé pris à des vitraux d'église, L'œil d'un coq et d'unlynx: dubuis de bénitier. Et toi ! roi ténébreux ! tu veilles ! Les cabales A nos vœux ne font pas défaut.

Viens, viens bénir les balles; Que la tienne surtout soit bien comme il la faut. (Le mélange dans la cuillère commence à bouillir en bruissant et donne mie flamme blanchâtre.— Un nuage passe sur le disque de la lune. — Le théâtre n'est éclairé que par le brasier; les yeux du hibou et le bois étincelant de Varbre pourri.) Gaspard coule une balle dans le moule et la retire en disant:

Une!

l'écho répond:

Une!

(A ce moment, les oiseaux de la forêt descendent et se placent autour du cercle, en sautillant et baissant les ailes.)

gaspaud coule une seconde balle et dit: Deux!

(Tout à coup un sanglier noir sort du bois en grognant et court comme effaré.) l'écho répond :

Deux ?

Gaspard saute effrayé et compte :

Trois !

l'écho répond :

Trois !

(Une tempête s'élève et mugit. On voit les pointes des arbres se rompre et jeter des étincelles.) Gaspard compte :

Quatre!

l'écho répond :

Quatre !

(On entend des coups de fouet et un bruit de chevaux qui galopent. Quatre roues en feu sillonnent le théâtre, sans qu'on puisse apercevoir la forme du char, à cause de la vitesse.)

Gaspard compte:

Cinq!

l'écho répète:

Cinq!

(Aboiements et hennissements dans les airs. —

On voit passer dans les nuages des fantômes de chasseurs à pied et à cheval, des cerfs et limiers.) CHASSE INFERNALE, CHŒUR, en dehors.

Par monts, par vaux, dans les ravines Au fond des bois et dans les airs, Avec les vents et les éclairs, Parmi les morts et les raines, Chantons, amis, comme aux enfers, Jowau ! Jowau ! etc.

Gaspard comptant.

Six I... Malheur!

l'écho.

Six!... Malheur!

(Tout le ciel est enveloppé d'une nuit profonde. Les nuage*, qui, auparavantse croisaient, se réunissent et crèvent accompagnés d'éclairs ei de tonnerres épouvantables. Bruissement de pluie très-fort. Flammes bleues sortant de terre. Feux follets errants sur les montagnes. Les arbres sont déracinés avec un fracas horrible. La cascaâe écume et bouillonne. Des quartiers de rochers roulent en bas. On entend de tous côtés le bruit de l'orage. La terre parait s'ébranler. Gaspard est effrayé.)

GASPARD

Samiel, au secours!

(Il compte.) Sept, Samiel!

l'écho répète. Sept, Samiel!

(Gaspard est renversé à terre.) MAX, également menacé à droite et à gauche par la tempête, sort du cercle tenant une branche d'arbre et s'écrie :

Samiel !

samiel, paraissant soudain et d'une voix terrible :

Me voici !

MAX

Ciel!!

(Il fait le signe de la croix et tombe à terre. — L'horloge sonne une heure. Aussitôt tout devient tranquille. — Samiel adisparu. Gaspard est prosterné le front contre terre. Max se relève dans des convulsions. — Lerideau tombe.)

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