SCÈNE IX
LAFLEUIl, seul.
Mais, monsieur Dorival, qu’est-ce qui vous tourmente? Il vient, s’en va, revient, et tout l'impatiente.
Qu’a-t-il donc dans la tête? Oh ! très-certainement Quelque grand intérêt le met en mouvement.
Oui, oui, c’est cela même. II se pourroit bien faire Que l'on songeât à lui pour quelque belle affaire.
Sans doute; et l’on pourroit beaucoup plus mal choisir. 11 est vrai qu’à blâmer il met tout son plaisir.
Rien n’est bien comme il est , rien du tout , à l'entendre ; Et sans cesse à la cour, il en dit pis que pendre;
Je ne crois pas pourtant qu’il se soit rien permis Si ce n’est tête à tête avec quelques amis.
Néanmoins un peu trop peut-être il se hasarde.
11 peut se rencontrer une langue bavarde.
Que j’en serois fâché T quelle perte pour moi !
Tout le monde à présent court après un emploi;
On ne veut plus d’état. Une troupe imbécile Chez les moindres commis est toujours à la file.
Je crois déjà me voir dans un large fauteuil.
Caressant l’un d’un geste, et l’autre d’un coup d’œil, Avare de mes mots, mlénonçant par sentences,
Et comme un autre enfin donnant mes audiences.
S’il vaque cent emplois, dix mille concurrens.
Quand je ne taxerois chacun d’eux qu’à six francs.
Voilà vingt mille écus. Mais je bats la campagne,
Et m'amuse à bâtir des châteaux en Espagne.
Notre homme n’a rien eu du tout jusqu'aujourd’hui,
Et le vent du bureau ne souffle pas pour lui.