‹ Le frontChapitre 3 sur 8 · RUE DES BEAUX-ARTS · texte numérisé non relu

RUE DES BEAUX-ARTS

PRÉFACE

Le Front ! ou, plus exactement, en miniature, le cinéma des fronts successifs. C’est une idée heureuse d’avoir réuni, sous un format de poche, la figuration en images de la guerre des Barbares, sur leurs deux fronts, à l’occident et à l’orient. Une feuille se pliant en seize volets donne, du 10 août au 30 décembre igi4, la situation des fronts de bataille aux moments les plus intéressants de la guerre. En déployant en entier cet accordéon de papier, on a sous les yeux seize petites cartes qui présentent l’ensemble des variations de toute la première partie de la campagne sur le front français. Et si l’on retourne la feuille, on a le même tableau pour les opérations sur le front russe.

Une teinte sombre marque, comme d’un voile de deuil, les terrains occupés par les armées allemandes. La première petite carte du côté occidental présente le front de concentration des armées opposées, à la date du 10 août. Puis, à mesure que les feuillets se déroulent, on voit grandir et s’avancer vers l’ouest la vague noire de l’envahisseur. Elle inonde la Belgique, puis elle déborde dans la Flandre

PRÉFACE

française. Du 2 5 août au 6 septembre, on a la vision des jours d’angoisse, fixée par la tache sombre de la marée qui vient battre les murs avancés de Paris.

Ensuite, du 6 au 1 4 septembre, c’est le reflux rapide sur le front de l’Aisne. La tache s’étend alors vers le nord et exprime la course à la mer. Enfin, du 20 octobre au 31 décembre, les feuilles se suivent et se ressemblent, accusant l’immobilité du front, et par conséquent l’impuissance de l’adversaire à ramener ses hordes vers Paris. Une impression de force et de confiance se dégage de la répétition bienfaisante de la barrière de salut.

Le verso de la feuille traduit, de la même manière, les fluctuations si habilement combinées des opérations russes. On y lit, fidèlement inscrites, les trois magnifiques manœuvres en retraite du grandduc Nicolas, suivies des trois contre-offensives victorieuses, qui refoulent l’envahisseur austro-allemand. On dirait d’un torero qui, habilement, recule avec sa cape rouge, pour mieux voir foncer la bête enragée, et la frapper du coup mortel.

Voilà une manière originale, brève et saisissante, qui a su, en quelques rapides croquis, fixer l’historique des cinq premiers mois de la guerre.

C’est la période d’anxiété et de lutte ardente, commencée dans la confiance et l’espérance, poursuivie dans l’épreuve, close dans la certitude du succès.

Un autre livret suivra, pour l’année 191 5, qui,

PRÉFACE

sans aucun doute possible, verra la victoire. Les jours grandissent au réel dans l’alternance de la lumière et de l’obscurité ; ils grandissent plus encore au figuré dans les clartés de la confiance, dans l’illumination radieuse du triomphe. Bientôt s’effacera le voile sombre des atrocités des Vandales qui mettent l’Europe en deuil. La carte terminale de la guerre présentera sur le Rhin la frontière d’or d’une France agrandie dans l’espace et reconstituée dans ses limites deux fois millénaires.

Général Cherfils,

Situation approximative au 10 août

Situation approximative le 31 décembre

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