‹ Le fruit defendu comedie en trois actes, en versChapitre 65 sur 68 · LÉO X · texte numérisé non relu

LÉO X

Jeanne... l’aimes-tu ?

JEANNE

Qui?

LÉON

Lui!

JEANNE

Lui!

LÉON

Dieu soit loué!

Elle ne l’aime pas!... Mon oncle m’a joué!

Quand on aime quelqu’un, lui, c’est celui qu’on aime ! Ton mari te déplaît... il me déplaît de même...

Plus encor !

JEANNE

Quel mari?

LÉON

Comment ! tu ne sais pas?

Mon oncle... il me l’a dit... mais tu refuseras.

En songeant à combien de dangers il t’expose...

Veut te faire épouser, malgré toi, je suppose... Quelque petit notaire, ou quelque médecin.

Pour causer avec lui de son métier malsain;

Pour se faire amuser quand il sera maussade.

Pour se faire soigner quand il sera malade !

Je ne puis sans fureur voir tant de déraison*!

Prendre ailleurs ce qu’on a chez soi, dans sa maison ! Mais tout n est pas fini ; le cher oncle a beau faire.

Je l’empêcherai bien de terminer l’affaire.

— Je t’aime, lu le sais.

JEANNE

Vous êtes fou.

LÉON

De toi!

Jeanne! Ne prétends pas te marier sans moi.

JEANNE

Pourquoi donc ?

LÉON

Je suis homme à tuer tout le monde.

JEANNE

Jadis tu me trouvais trop petite et trop blonde.

Moi?

LÉON

JEANNE

Je ne l’ai pas cru... mais enfin tu l'as dit.

LÉON

Ce n'est pas vrai... C’était de l'amour, du dépit !

JEANNE

A côté de mes sœurs tu me trouvais...

LÉON

Peut-être!...

Que veux-tu?... c’est l’amour qui commençait à naître Aujourd’hui, je ne suis plus maître de mon cœur.

Je suis au désespoir, je suis...

* JEANNE

Tu me fais peur!

LÉON

Mon oncle le sait bien; mais il me sacrifie...

11 veut me marier aussi... je l’çn défie!

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