‹ Le fusain sans maitreChapitre 50 sur 53 · DÉCORATIONS · texte numérisé non relu

DÉCORATIONS

Le caractère essentiellement décoratif du dessin au fusain permet de l'appliquer aux différents travaux d'amateurs qui constituent un des grands charmes de la vie, ceux à l'aide desquels on peut offrir, sans prétention un souvenir d'autant plus précieux pour celui qui le reçoit qu'il est tout personnel, et en première ligne nous devons parler des éventails et des écrans.

Le travail sur soie est assez délicat en ce sens qu'il exige une exécution toute primesautière, si l'on ne veut faire lourd. Les blancs devront, autant que possible, être réservés, car la mie de pain y a moins de prise et graisse

la soie : enfin ils sont moins francs qne sur le papier. A propos de la soie en usage pour ces petits travaux, disons de suite qu'elle peut être naturelle et sans apprêt; mais alors une soie à gros grain sera toujours préférable, elle peluchera moins lors de la fixation. Cet inconvénient n'existera pas si l'on fait usage des soies spéciales qui ont un léger apprêt : dans ce cas, la fixation devra se faire à Y Extrait concentré et en vaporisant très peu de fixatif à la fois, de façon que l'apprêt absorbe instantanément l'alcool et ne se délaie point sous son action. Si donc vous observez bien cette recommandation, l'alcool de votre fixatif, vaporisé très légèrement et à une certaine distance, vient frapper seulement la surface de l'apprêt de la soie, y dépose la résine humide, s'évapore immédiatement, et votre fixation ne risque pas de compromettre le travail. On peut aussi fixer les éventails et les écrans par derrière, comme un dessin ordinaire, mais cette opération demande une grande sûreté de main et une dextérité à toute épreuve. Je ne saurais vous engager à employer ce mode de fixation; néanmoins, si vous le préférez, voici les précautions indispensables : tenir l'objet à fixer horizontalement et de façon à voir l'envers ; prendre dans la soucoupe quantité suffisante de fixatif pour imprégner seulement la brosse et passer rapidement sur l'envers de la soie. L'absorption est si rapide qu'on n'aura que le temps de reprendre un peu de fixatif pour continuer l'opération ; or, il est de toute nécessité que la première portion de l'objet qu'on fixe soit encore humide, au moins à la jonction, lorsqu'on applique la seconde, autrement on aurait un cerne qu'il serait ensuite conrplètement impossible de faire disparaître.

KARL ROBERT

Bords de la Marne.

LA NATURE

Au point de vue artistique, l'éventail et l'écran devant être des travaux personnels, il faut s'abstenir de copier intégralement des modèles tout faits ; ces modèles, qui sont excellents, ne doivent être consultés qu'à titre de documents. Vous devez en user pour composer vousmême des motifs, soit en observant comment l'artiste s'y est pris, soit en empruntant au modèle un arbre, un premier plan. On peut à la rigueur reconnaître dans votre œuvre que vous vous êtes servi de tel ou tel, mais non que vous l'avez copié servilement. J'ai vu souvent des éventails et des écrans dont le sujet garnissait entièrement la surface de la soie : cela n'est pas admissible, autrement il suffirait de découper un dessin quelconque sur une forme ou patron, et cela ne saurait rentrer dans l'esprit de l'art de l'éventailliste. Le sujet, qu'il soit central ou garnisse seulement un côté, à l'instar des Japonais, doit se terminer en vignette sur les bords ou mourir sur un blanc, car, si le fusain est d'aspect décoratif, il ne faut pas oublier qu'il est noir, et trop de surcharge dans le sujet en fait un objet triste à regarder, et ne pansez-vous pas avec moi que toute tristesse devrait être bannie des objets d'art?" Pour ma part, j'écarterais toujours les motifs d'hiver, de neige, et de nuit d'un éventail ou d'un écran, sauf de rares exceptions, motivées seulement par le goût de la personne à laquelle ces objets seraient destinés.

Une dernière recommandation. Lorsque vous travaillez sur soie, ayez toujours une esquisse bien arrêtée sur papier afin de n'avoir aucune hésitation dans la touche et l'exécution de votre travail.

Ce que nous venons de dire pour les écrans à la main s'applique à plus forte raison aux petits écrans-bougies

qu'on fait pour mettre au piano. Naturellement, plus l'objet est petit, plus il doit être délicat et léger. Mais, quelque légers que soient vos motifs d'éventails et d'écrans, tenez-les toujours très vigoureux d'exécution, parce que ces travaux sont destinés à être regardés à la lumière, à la transparence même, et alors le ton baisse beaucoup. Une plus grande liberté vous sera laissée dans le choix du sujet pour les grands écrans du foyer. Ici vous pouvez garnir entièrement le sujet et en faire un véritable dessin. Pour éviter la transparence, vous devrez le faire doubler lors du montage.

Panneaux et décorations. — Les panneaux décoratifs sont des dessins de forme particulière, très allongés sur la hauteur, élroits dans leur largeur; lorsqu'ils sont destinés à l'ornementation des portes d'un appartement, leurs dimensions varient généralement entre 110 cent, sur 55 cent, et 90 cent, sur 45 cent. On peut les exécuter sur papier toile, ou sur papier gros grain qu'on fera ensuite contrecoller sur une toile. Ces panneaux demandent une fixation absolue et -parfaite *, attendu qu'il importe surtout d'en conserver intacts la forme et l'aspect, plutôt que la fleur même du fusain. Or, ces sortes de dessins, destinés à être déplacés lorsqu'on ouvre et ferme les portes, ne doivent jamais recevoir de verre ni de glace qui puissent les protéger si l'on veut éviter des miroitements. En plus, ils sont susceptibles de recevoir des frottements, ou tout au moins de temps à autre un léger époussetage. On voit qu'ici la fixation parfaite est de toute nécessité. — On

1. Fixez amplement, par derrière, avec le fixatif ordinaire, puis vaporisez par devant avec Y Extrait concentré.

KARL ROBERT

LA NATURE

concevra sans peine qu'un dessin exécuté en vue d'une pareille destination nécessite une exécution plus large qu'un dessin formant tableau, et aussi une composition toute particulière. Tout sujet ne saurait y être adapté, les premiers plans devant y prendre une hauteur inaccoutumée, et les fonds y être reculés le plus possible, pour atteindre en une largeur fort restreinte le plus de perspective aérienne possible. Si donc vous travaillez d'après nature, rapprochez la distance de vos arbres de premier plan; éloignez au contraire vos fonds, lorsque l'objectif de votre étude sera destiné à la décoration. Et, bien que je n'aie point trouvé place pour un peu de perspective en ce traité, j'ajouterai que vous devez avoir, pour ainsi dire, deux points de vue, deux horizons, car, étant près des premiers plans, vous serez obligé de lever la tête pour la partie supérieure de votre étude, ce qui ne serait pas admissible en tout autre cas. Vous aurez donc à tenir compte de cet écart pour obtenir une bonne mise en place. Cela rentre dans l'art de la composition et vous pouvez composer d'après nature, sans sortir des règles du bon sens, ni du respect de la nature dont vous ne changez ici ni la forme ni les valeurs. Si vous procédez dans une j>areille étude comme en une étude ordinaire, qu'arriverat-il? L'œil n'embrasse qu'une partie très restreinte des premiers plans, si vous en êtes très rapproché ; si ce premier plan est un arbre intéressant et d'une forme bien décorative, vous n'en aurez que le tronc, encore en partie, cela ne vous donnera jamais un panneau décoratif, mais une simple étude de morceau. Or, il ne faut pas croire qu'il suffit d'agrandir une étude ou de couper un

dessin dans une forme voulue pour en faire une décoration. Quel est en effet le but de ces sortes de dessins? Faire supposer à l'esprit du spectateur une porte ouverte donnant sur la nature ; or, si cela était, ce n'est pas un petit coin, un morceau qui nous apparaîtrait, mais un ensemble de nature avec des lointains très gris, des arbres avec leurs cimes miroitant au soleil et en plein ciel. Donc, sauf cas exceptionnels, où la finesse de l'exécution suffirait seule à nous intéresser, les fusains exécutés en vue d'une décoration quelconque devront être des compositions embrassant un ciel, des arbres dans leur entier, dont on augmente les formes comme il vient d'être dit, et non des études de morceaux qui en diminuerait l'aspect. Enfin, plus votre décoration doit être haut plarée, plus il est nécessaire d'avoir une large exécution à grands coups de fusain, une facture toute d'oppositions violentes. Pour les dessus de porte, en largeur, plus votre ciel aura d'importance et d'effet, plus l'œuvre sera intéressante et réussie.

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