SCÈNE XIII BLANCHE, MATHILDE, BOISJOLI
BOISJOLI, entrant, sans voir d'abord Matliilde.
Enfin, tu es un peu plus calme?
Plus calme! Ah! Ah!.... Tout à l'heure, monsieur, vous avez refusé de me dire le nom de votre maîtresse...
Mathilde. — Blanche, — Boisjoli.
BOISJOLI, agacé prêt à rentrer à droite.
Encore! Oh! non!
BLANGHE.
Eh bien! Je la connais, votre maîtresse!
BOISJOLI, s'arrètant.
Vraiment? Eh bien! si tu me la montres jamais, celle-là !
BLANCHE, montrant Mathilde.
La voilà, monsieur!
MATHILDE, stupéfaite.
Moi?
BOISJOLI, ahuri.
Madame?
MATHILDE, indignée.
La maîtresse de monsieur? Moi?...
BOISJOLI
Moi, l'amant de madame?
MATHILDE, à Boisjoli.
Elle est folle!
BOISJOLI
Archi-folle!
BLANCHE, ricanant.
Vous niez? Je m'y attendais I
MATHILDE
C'est une plaisanterie, j'espère?
BLANCHE, à Mathilde.
Pardon. Oui ou non, ce gant est-il à vous?
Elle le reprend vivement.
MATHILDE
Il est à moi, oui 1
BOISJOLI, stupéfait.
A vous? Ce gant est à vous?
BLANCHE
Je vous prie de ne pas dicter à madame ses réponses, comme tout à l'iieure avec l'autre!
BOISJOLI, à part.
A elle? Ce gant?
BLANCHE, à Mathilde.
Puisque ce gant est bien le vôtre...
Ça ne m'explique pas pourquoi tu m'accuses...
BLANCHE
Alors, veuillez m'expliquer, vous, comment il se fait que je l'ai trouvé dans la poche de mon mari.
MATHILDE
Dans la poche de ton mari? mon gant?
BOISJOLI, à Mathilde.
C'est très simple, vous allez voir...
BLANCHE
Ce n'est pas vous que j'interroge, monsieur, c'est madame 1
BOISJOLI
Mais madame ne peut pas te répondre, puisqu'elle ignore que c'est elle la dame des Nouveautés.
MATHILDE
La dame des Nouveautés? (a BoisjoH.) Au lieu de me parler hébreu, dites donc plutôt à votre femme que je ne suis pas votre maîtresse I
BOISJOLI
Mais, madame, voilù une heure que je lui crie sur tous les tons que je n'ai pas d-e maîtresse, pas plus vous qu'une autre!
BLANCHE
Toujours le même système de défense I C'est piteux!
VA\e remonte.
MATHILDE, à Boisjoli, gagnant le milieu.
Mais mon gant, monsieur, comment aviez-vous mon gant dans votre poche?
BOISJOLI
Mais c'est Gotanaon qui me l'a jeté à la figure!
MATHILDE
Gotanson ? Qui est-ce ça, Cotanson?
BLANCHE, qui est redescendue à gauche, à Boisjoli.
Vous voyez! Elle ne le connaît pas!
BOISJOLI
Mais naturellement^ puisqu'elle ne l'a jamais vu!
BLANCHE
Et vous affirmiez que c'était son amoureux!
MATHILDE
Mon amoureux?... Ce monsieur?
BOISJOLI
Je vous en prie, madame, ne répondez rien, ou ça va s'embrouiller davantage.
BLANCHE
Vous ne direz pas que vous n'empêchez pas ma'
dame de se trahir en ce moment ! Vous ne le direz pas I
MATHILDE, à Boisjoli.
Ce que vous faites là est absurde et vous me compromettez!
BOISJOLI
Au contraire, madame, je vous disculpe. Vous avez laissé un gant, il y a quinze jours dans une loge aux Nouveautés.
MATHILDE
En effet, il y a quinze jours, j'étais aux Nouveau-» tés.
BOISJOLI, à Blanche.
Ah ! tu vois bien !
BLANCHE
Madame est assez intelligente pour comprendre à demi-mot et ne pas vous contredire.
MATHILDE
Ah I permets, ma chère amie, tu vas un peu loin I
BLANCHE
Et vous, madame^ laissez-moi vous faire remarquer qu'il est de plus mauvais goût de me faire une scène ici, chez moi, et devant votre amant!
MATHILDE, se contenant à peine.
Mon?... Ecoute-moi, BLinche, tu vois que je suis très calme et je te jure sur notre amitié...
BOISJOLI, très énervé.
Et moi, qui suis aussi calme que madame, je te jure sur mon amour...
BLANCHE
Je mets votre amour et votre amitié à la même en-
seigne. Et puisque vous m'avez pris mon mari, gardez-le I
Elle entre à gauche.