SCÈNE II BOISJOLI, BLANCHE
BOISJOLI
Tu es rentrée ?
BLANCHE
A qui viens-tu de téléphoner ?
BOISJOLI, à part.
Sapristi! (Haut.) Tu as entendu?
BLANCHE
Cette phrase seulement : «Pas un mot à ma femme... qu'elle ne se doute de rien. »
BOISJOLI, affectant un ton dégagé.
Ah! oui!...
BLANCHE
Eh bien, j'attends ?
BOISJOLI
Qu'est-ce que tu attends ?
BLANCHE
L'explication de cette phrase mystérieuse ?
BOISJOLIj clierchant à d(5tournpr.
Petite curieuse, va!... Tu as fait une bonne promenade ?
Il veut lui prendre la main.
BLANCHE, la retirant.
J'attends.
BOISJOLI
C'est sérieux ? Eh bien, puisque tu insistes, je vais te dire la vérité. Je téléphonais à mon bijoutier... une surprise que je veux te faire... une bague que j'ai vue chez lui... et comme c'était une surprise, je lui recommandais de ne pas t'en parler. Voilà.
BLANCHE, joyeuse.
C'est vrai?... C'est bien vrai?
BOISJOLI
Qu'avais-tu donc pensé?... Parle!...
BLANCHE, confuse.
Pardonne-moi... mais je m'étais imaginé que tu téléphonais à une femme.
BOISJOLI
A une femme ? Moi ! Oh! me soupçonner? moi! Aprùs deux ans de mariage... et un mariage d'amour. Oh! Oh!
BLANCHE
Pardonne-moi. Tu sais que je suis jalouse !
BOISJOLI
Mais, sapristi! à propos de quoi?... Pourquoi?
BLANCHE, naïvement.
Parce que je suis née à Limoges et que toi tu es né à Paris.
BOISJOLI
C'est pour ça que tu es jalouse?
BLANCHE
Oui, je médis : une petite provinciale comme moi, s'il voulait la tromper, lui, un Parisien, ça lui serait si facile 1 Je ne m'en douterais même pas I
BOISJOLI
Tu es folle I
BLA.NGHE, tout en ôtant son chapeau qu'elle va poser sur la cheminée.
Oh ! mais tu sais, si jamais tu me trompais, le jour où je le saurais, je n'hésiterais pas I
BOISJOLI, qui est remonté derrière le canapé^ riant.
Je connais la phrase : « Œil pour œil, dent pour dent ! Tu m'as trompée, je te trompe! Et allez donc I »
BLANCHE
Te tromper? Non, je t'aime trop pour cela.
BOISJOLI
Alors quoi ?
BLANCHE
Alors, je ferais comme mon amie Mathilde de Tergy, je divorcerais !
BOISJOLI, redescendant au milieu.
Divorcer I Ah I mais non ! Je t'aime moi, je t'adore ! Divorcer? Jamais de la vie !
BLANCHE
Ça dépend de toi.
BOISJOLI
Alors, tu peux être tranquille, nous serons toujours
LE r.ANT ^l
unis... Roméo et Juliette 1 Philémon et Baucis... Non, nous sommes plus jeunes que ça! Daphnis et Cljloé, oui, voilà, tiens, Daphnis et Chloé... avec l'avantage sur eux de l'éducation du vingtième siècle et le confortable du modem-style.
BLANCHE, riant.
Tu es bête!...
BOISJOLI
Alors, finis, les soupçons? Envolés? Pfftl
BLANCHE
Envolés!
BOISJOLI
Plus jamais d'idées de divorce, comme ton amie Mathilde de Tergy?
BLA.NCHE.
Non! I*lus jamais.
A propos d'elle, je viens de la voir.
BLANCHE
Mathilde? Où ça?
BOISJOLI
Je l'ai rencontrée dans la rue. Quelle femme charmante ! Le divorce lui va décidémemt très bien; elle est jolie comme un cœur qui va déjà mieux.
BLANCHE, soupçonneuse.
Tu parles d'elle avec un feu! Qu'est-ce qu'elle t'a dit pour exciter en toi une telle admiration?
BOISJOLI
Ge qu'elle m'a dit ? Ceci : « Votre femme ne vous aura pas promis depuis cinq minutes de n'être jilus jamais jalouse qu'elle le deviendra de la premiôro
femme dont vous prononcerez le nom. » Elle ne s'était pas trompée !
BLANCHE
Tu as raison de te moquer de moi, je suis stupide I
BOISJOLI
Sur cette bonne parole, je vais dans mon bureau écrire quelques lettres...
BLANCHE
Tu ne m'embrasses pas avant de t'en aller?
BOISJOLIj l'embrassant.
Plutôt deux fois qu'une I... Chérie! (a part.) Allons écrire à mon second témoin.
Il entre à droite.