SCÈNE XIV MARIE. — BLANCHE
BLANCHE [à part).
Pauvre petite femme, on dirait qu'elle pleure !
[Haut).
Mais, qu'est-ce donc enfin !
MARIE [prend la main de Blanche).
Blanche, j'ai tout perdu, On m'enlève Victor !
BLANCHE
Il te sera rendu.
Voyons, rassure-toi, sois femme et sois coquette.
{D'un air capaMe).
On ne doit pas toujours ainsi perdre la tête,
Et d'un vilain soupçon faire une vérité, Que sais-tu ?
MARIE
Je sais tout !
BLANCHE [elle va, fermer toutes les portes et revient vers Marie).
Tu peux en liberté Mouvrir ton pauvre cœur, je saurai le comprendre.
MARIE
Un ami de Victor est venu tout m'apprendre.
BLANCHE
Un beau rôle d'ami. Notre siècle est charmant. Qu'a-t-il dit ?
MARIE
Que Victor me trompait lâchement, Qu'il portait sur le sein une preuve cruelle D'un amour partagé...
BLANCHE
Fort bien, mais tout ce zèle Déployé par l'ami, je ne le comprends pas... [Elle regarde Marie).
MARIE
Robert prétend qu'il m'aime...
BLANCHE
Il ressemble à Judas.
Tu n'as pas écouté ce traître et ce parjure?
MARIE (auec fierté).
J e l'ai chassé , (avec tristesse) mon cœur a gardé sa blessure ; Mais je veux me venger, oui, dussé-je en mouri.r,
Je veux frapper l'infâme, et je veux découvrir Ces honteuses amours qui vont briser ma vie ; Ah! tu n'as jamais su les tourments de l'envie, Je sens monter en moi la haine et le dégoût.
BLANXHE
Tu deviens folle, enfant.
MARIE
Oui, j'irai jusqu'au bout, Et je ne connaîtrais qu'un bonheur sur la terre, Venger toute ma honte et toute ma misère ; Mon cœur, dans sa tristesse et dans son désespoir, Saura bien se tracer un rigide devoir ; Et puisque j'ai perdu mon unique tendresse Je n'étais qu'une femme et je deviens tigresse,
[Elle sort).