‹ Le gant rose; comédie en un acte & en versChapitre 4 sur 18 · SCÈNE IV D'AUBRAY. — ROBERT · texte numérisé non relu

SCÈNE IV D'AUBRAY. — ROBERT

ROBERT

Charmante femme. Eh bien je comprends entre nous, Qu'on retarde un dîner pour être à ses genoux ; C'est égal, il est bon de secouer sa chaîne Et de vivre parfois loin de sa souveraine ; Cela fait noblement digérer le bonheur.

Mon cher, quand tu voudras.

d'aubray

Je n'ai pas faim.

ROBERT

Rêveur.

Il vole dans les cieux et ne voit que tendresse.

d'aubray {rêvant).

C'est une main divine... Une main de duchesse !

ROBERT

Crois tu donc me nourrir avec tes rêves creux ? Moi, j'ai grand appétit, je mangerai pour deux , Le couvert est dressé...

d'aubray

Que le diable t'emporte.

ROBERT

C'est cela, jette moi poliment à la porte ; Comptez sur les amis et vous verrez un jour... Mon cher, je meurs de faim.

d'aubray

Et moi je meurs d'amour.

ROBERT

Ail ! mais non 1

Je te dis que je sens en mon âme Pour cette noble main une sublime flamme ; Je te dis que je l'aime et que jusqu'à la mort Je lui donne mon cœur.

ROBERT

Le diable serait fort S'il pouvait deviner, car sur l'honneur je n'ose.

d'aubray [il montre le gant] .

Heconnais tu ceci?

ROBERT

J'ai faim.

d'aubray

C'est un gant rose.

Je le vois bien.

ROBERT

d'aubray Non pas.

ROBERT

Comment.

d'aubray

C'est un trésor.

ROBERT (à part).

Il est fou. (Haut) Qu'est-il donc arrivé, cher Victor ?

Ce gant, c'est pour mon cœur le plus tendre .po'éme, C'est la clef d'un aimable et ravissant problème, C'est mon bonheur présent, c'est tout mon avenir, C'est la paix qui m'échappe et ne peut revenir, C'est un gage innocent qui me charme et me tue!

ROBERT

Mais, ce gant, d'où vient-il ?

D AUBRAY

Hélas ! d'une inconnue ; Elle doit être belle à ravir, ses cheveux Comme ceux de Vénus doivent être soyeux, C'est un ange à coup sur.

ROBERT

C'est possible, et ta femme !

L'oublier pour un gant, c'est mériter le blâme, Et, franchement, mon cher, c'est vouloir, sans raison Un bonheur qu'on n'a point ailleurs qu'en sa maison ; Je te plains, mon ami.

d' AUBRAY

Vois l'adorable gage.

ROBERT

Sortons de cet hôtel que ton amour outrage ; Va, je te guérirai... d'ailleurs, je meurs de faim. Et l'on ne peut causer que le verre à la main.

[Ils sortent) .

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