SCENE VIII BLANCHE. — D'AUBRAY
d'aubray
Je la cherche toujours...
[Apercevant Blanche).
Madame de Fargueil ici. (Il s'incline.)
BLAN'CHE
Bonjour, vicomte.
Bonjour, grand voyageur, dont le courage affronte Les pays égarés dans les glaces du Nord... {Elle lui tend la main) .
d'aubray Moi, Madame !
BLANCHE
On le dit pour se mettre d'accord Avec la solitude où vous vivez sans cesse.
d'aubray, [il regarde la. main de Blanche] Dieu ! la petite main que vous avez, comtesse.
blanche Voyons, laissez ma main.
d'aubray [à part).
Le merveilleux hasard.
BLANCHE
Etes-vous singulier !
d'aubray Vous gantez six un quart...
J'en suis sûr.
BLANCHE
I Franchement, mon cher, que vous importe... Four admirer ma main, m'ouvrez-vous votre porte ? Causons en vieux amis qui depuis plus d'un mois N'ont pu se rencontrer une petite fois ! Que devenez-vous donc? J'ai retrouvé Marie La tête un peu malade et l'àme endolorie. De ce petit bobo n'êtes-vous pas l'auteur ?
d'aubray
Marie est un esprit chimérique et rêveur ; Au caprice du vent tourne sa fantaisie ; Elle se nourrirait de sainte poésie, Elle vit à l'écart de tout le genre humain...
\ BLANCHE
s\n amour lui suffit...
d'aubray Serai-ce cette main ?
blanche ElU vous aime tant !
d'aubray, (auec un geste de lassitude).
Ma foi, si je l'ignore !
blanche, (à part).
L'jngrat ! mérite-t-il que sa femme l'adore !
le dites-vous, comtesse !
blanche Hélas ! je ne dis rien.
D AUBRAY
Il me semblait pourtant.
BLANCHE
Vicomte, écoutez bien, Et veuillez pardonner mon ignorance extrême ; Aimez-vous votre femme ?
d' AUBRAY
En doutez-vous ? Je l'aime Comme un loyal mari, très raisonnablement...
BLANCHE
Fort bien...
d'aubray Quel intérêt vous guide en ce moment '"
BLANCHE
Le bonheur d'une amie, et votre voix sincère Vient effacer en moi toute crainte éphémère. Vous aimez votre femme avec tant de raison Que vous rentrez cent fois par jour à la maison Sans vous occuper d'elle et sans voir son sourire.
d'aubray Permettez . . . Permettez . . .
BLANCHE
Que voulez- vous me dire... Que ma main est petite ? Eh ! mon cher, entre ncus Supposez que demain vous soyiez mon époux. Cette main serait laide à faire peur. Les hommîs Sont étonnants.
d'aubray C'est elle !
BLANCHE
Heureusement, nous sommes ien meilleures que vous. Cher vicomte, au revoir.
d'aubray
Eli quoi I vous me quittez ?
BLANCHE
Je reviendrai ce soir ; Je prends goût a la lutte et vous vois si rebelle Que je veux vous combattre ; allez, cher infidèle, Croyez que vous n'aurez jamais le dernier mot.
[Elle sort).