‹ Le garçon parfumeur, vaudeville en un acte, de MM. Cogniard frères, représenté pour la première fois sur le théatre des Folies Dramatique, le 29 janvier 1833Chapitre 2 sur 19 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

VENCESLAS, Min. LAMBERT.

(Venceslas est devant an énorme pot, placé sur la petite table ; il y verse quelques liquides > et agite peu à peu).

venceslas , il chante.

J'suis parfumeur, C'est un état champêtre, Tra , la , la , la , la , la , la , la , la ,

mad. lambert, entrant.

Venceslas ?

venceslas, continuant sans la voir.

Tra la, la ,1a, la.

mad. lambert, l'appelant plus fortement.

Venceslas ? savez vous où est allé mon mari ?

VENCESLAS

Oui, marraine ; M. Lambert est alli acheter de la moëi{e de bœuf pour faire de la graisse d'ours.

MAD. LAMBERT

C'est bon... et vous, que faites vous en ce moment?

Je confectionne l'huile de Macassar.

MAD. LAMBERT

Eh bien, laissez-là votre huile de Macassar, et approchez j'ai à vous consulter.

venceslas., s'approchant.

Me consulter?.. Me voici, marraine, consultez-moi.

MAD. LAMBERT

Il s'agit d'Anastasie , de ma fille.

VENCESLAS

D'Anastasie! (A part). Soupçonnerait-elle?.. L'imprudente Anastasie aurait-elle divulgué?..

MAD. LAMBERT

Qu'est-ce que vous vous dites donc là tout seul ?

VENCESLAS

Je ne me dis rien, marraine, je ne me suis point adressé la parole.

MAD. LAMBERT

Ecoutez donc, et ne m'interrompez pas... Depuis quelque tems j'ai beaucoup à me plaindre de ma fille.

VENCESLAS

Que m'apprenez^vous?

MAP. LAMBERT

Je vous ai prié de ne pas m'interrompre ; je ne trouve rien d'insolent comme ça... Je continue... J'ai beaucoup à me plaindre de ma fille, qui n'a plus pour sa mère la même confiance d'autrefois; je ne sais ce qui s'est passé en elle; mais depuis plusieurs mois, elle est triste, boudeuse, pensive... Autrefois elle dormait comme un canon, et maintenant, dès les six heures du matin elle est debout... J'ai beau la questionner, elle me répond toujours qu'elle n'a rien ; pourtant ça n'est pas naturel, et je suis sûre qu'il y a quelque chose là-dessous.

venceslas , à part.

Heureux Venceslas ! c'est toi qui est là-dessous.

MAD. LAMBERT

J'ai pensé que vous , Venceslas, qui êtes toujours avec elle, vous qu'elle considère, qu'elle estime... vous en sauriez sans doute plus long que moi... Voilà pourquoi j'ai désiré vous consulter. Je vous prie donc... et au besoin, je vous ordonne de me dire tout ce que vous savez.

VENCESLAS

Certainement, marraine, que vos droits... D'ailleurs vous êtes sa mère, et du moment que vous m'en priez...

MAD. LAMBERT

Voyons,., parlez... que savez-vous?

VENCESLAS

Marraine, je ne sais rien,

MAD. LAMBERT, à part.

L'imbécille !

VENCESLAS

Mais... mais j'ai idée...

MAD. LAMBERT

Mais parlez donc... ou je vais sortir de mon caractère.

M'y voici. (A part). J'ai mon projet. {Haut). Comme voua, marraine, j'ai remarqué le changement de votre fille, et un soupçon... à la vérité bien vague, bien diffus... m'est venu à

l'esprit... Je me suis dit : mademoiselle Anastasie, naguère si gaie, est triste aujourd'hui... mademoiselle Anastasie est dans un âge où l'imagination ne reste pas les bras croisés... mademoiselle Anastasie...

MAI). LAMBERT

Où voulez vous en venir?

VENCESLAS

Voilà, marraine.

Air : Car l'eau coule pour tout le monde.

Aujourd'hui comme en votre tems L'amour est un petit dieu traître, Anastasie a dix-huit ans, Son cœur aura parlé peut-être.

MAD. LAMBERT

Ma fille aimer !.. Dieu ! quelle horreur 1 Qu'elle craigne alors ma colère.

VENCESLAS

Mais pourquoi donc cette fureur ?

MAD. LAMBERT

Parc'qu'avant d'consulterson cœur EU* devait consulter sa mère. (bis).

VENCESLAS

Mais, marraine, ce n'est qu'un soupçon... et en supposant même que votre fille...

Vous allez vous taire pour l'amour de Dieu !.. Quelle petite dissimulée!., oser se permettre ..

vepïceslas , à part.

Disons comme elle. (Haut). C'est vrai , au fait, qu'elle aime un peu trop à en faire à sa tête.

MAD. LAMBERT

Qu'est-ce que ça vous regarde?.. Est-ce qu'elle n'est pas en âge de raisonner ? de faire ce qu'elle veut?

VENCESLAS

C'est juste... Une demoiselle de dix-huit ans a assez d'acquit pour avoir une volonté quelconque...

MAD, LAMBERT

Qui est-ce qui vous parle de volonté?.. Je voudrais bien voir qu' Anastasie eût une volonté qui ne fût pas la mienne... Je suis certaine, si elle aime quelqu'un, que son choix cor-s respondau mien.

VBNCESLAS.

Il paraît, marraine, que vous avez quelqu'un en vu,e> pour Anastasie.,.

MAD. LAMBERT

C'est selon.

VENCESLAS

Cependant du moment que vous avez fait un choix...

MAD. LAMBERT

Je n'ai pas dit cela.... D'ailleurs, Anastasie est encore assez jeune... elle peut attendre.

C'est ce que je voulais dire; elle peut attendre... à dix-huit aus entrer eu ménage, c'est bien précoce.

MAD. LAMBERT

Vous ne savez ce que vous dites. Dix-huit ans ou vingt ans, n'est-ce pas la même chose? ma fille est en état de tenir une maison, je pense.

VENCESLAS

Ohî ça, c'est bien vrai... elle a un ordre, une économie... oh ! de ce côté-là elle est bonne à marier.

3L-WD. LAMBERT.

Bonne à marier !. . vous vous y connaissez joliment... une petite fille qui est d'une légèreté... d'une insouciance...

VENCESLAS

Non... je voulais dire qu'elle n'est pas encore tout-à-fait bonne à marier.

MAD. LAMBERT

Mais , qui est-ce qui vous parle de ça ? En vérité, Venceslas, il n'y a pas moyen de vivre avec vous... vous avez un esprit de contrariété... vous êtes un vrai fléau domestique. venceslas, fièrement.

Un fléau î... madame Lambert; est-ce parce que vousm'amez tenu sur les fonds baptismaux que vous me traitez ainsi... un fléau!

MAD. LAMBERT

Taisez-vous, impertinent! quand j'ai la bonté de daigner vous consulter , vous vous permettez de me contredire sur tout... En vérité, je suis bien bête d'être aussi confiante.

Air des Premières Amours.

Retournez à votre ouvrage.

VENGESLAS.

Mais, marraine..:

MAD. LAMBERT

i • / C'en est assaz,

Surtout pas de bavardage , Ou bien... vous me connaissez.

, VENCESIAS.

Sous un prétexte frivole Peut-on faire uu pareil train ; Sans pouvoir dire une parole 11 faut que je mang' mon frein.

Ensemble.

MAD. LAMBEBT.

Retournez à votre ouvrage , etc.

VENCESLAS

Je retourne à mon ouvrage , etc.

(Mucf. Lambert sort.)

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