SCÈNE III
FRINGALE, seul.
Des fions fions , des violons, des chansons... les ouvriers qui travaillent à la grande route ne m'avaient pas trompé... c'est une noce et je n'en suis pas !... si j'en crois un certain tact , {flairant) que m'a donné la grande habitude, c'est là que s'allument les flambeaux de l'hymen... et là... {Apercevant la broche.) Ah diable !... je suis entre deux feux... raisonnons un peu , mon cher Fringale. ( Tétant son gousset. ) Rien là... {son estomac. ) Rien là.., et rien encore. A Paris ? on trouve de tout, excepté à dîner sans argent.
Air du Major P aimer.
Dans ce siècle économique,
Comment engraisser, hélas!
On y vit de politique, i
Et moi, je n'en use pas.
Dîner, voilà mon histoir»,
La table est mon seul amour;
Manger, chanter, rire et boire
Voilà mon ordre du jour.
3'ai dans mainte circonstance ,
Toujours ennemi de l'eau ,
Voté contre l'abstinence ,
Fit contre le vin nouveau;
Mais lorsque , dans mes finances,
L'ordre est un peu rétabli ,
Je vais tenir mes séances
Chez Baleine ou chez Véry ;
Je me place, dès qne j'entre,
N'importe dans quel endroit,
A la gauche, comme au centre ,
Aussi bien qu'au colê droit j
Sur la carte, avec méthode, Je sais régler rues budjets , Et je n'ai point d'autre Code, Que le Cuisinier français.
Oui, je le répèle , Paris est une ville maudite... il n'y a plus de philanthropie chez les hommes, et surtout chez les marchands de comestible*... honneur , esprit, réputation... tout s'achète et se paie comptant, aussi hien qu'une côtelette de mouton... enfin las d'admirer le muséum des rues et de contempler à jeun les boutiques de restaurateurs, j'ai passé les barrières, et je viens chercher fortune extra muros ; mais l'heure de rigueur approche et pas eucore une invitation... est-ce qu'il n'y aurait pas quelque moven d'aider à la lettre et de leur forcer un peu la politesse... qu'est-ce qui vient là?... un bouquet?... c'est quelqu un de la noce... la bonne figure à exploiter !...