‹ Le gateau des reines comedie en cinq actes, en proseChapitre 105 sur 109 · ACTE y · texte numérisé non relu

ACTE y

MARIE, avec bonheur.

Et Wissembourg au bout de notre course.

LE TELL1EB, même accent.

Wissembourg !

STANISLAS, même accent.

Et ma maison paisible!... et mon foyer!... Oh! sainte volupté du retour! Je vais donc vous revoir, ma vieille Bible, mon vieux fauteuil, mes jeunes fleurs!... (Prenant Marie dans ses bras.) Et toi, ma fille, près de moi !...

MARIE

Votre fille heureuse, bien heureuse! (Montrant Le Toliier.) Et lui, avec nous, mon père.

LE TEL LIE R, cédant à l'entrainement.

Mes amis !

STANISLAS, à Le Tellier.

Tu ne nous quitteras plus.

Jamais !

Tu seras notre appui.

Avec moi, Marie, ce ne sera pas la richesse.

MARIE

Ce sera le bonheur.

STANISLAS

Ah ! c’est Dieu, ma fille, qui t’a inspiré l’idée de cette fuite!

MARIE

Dites de cette délivrance!

STANISLAS

Oui, c’est une délivrance. Ah! que tu es bien de mon sang, et que ce que tu fais en ce moment l’atteste et le proclame ! Je t’aime, vois-tu, d’une tendresse orgueilleuse et nouvelle, parce que, comme moi, Marie, tu n’as pas d’ambition. Mon âme paternelle est ravie de tant de ressemblance. Ah ! comme c’est d’un grand cœur que cette noble fuite !... (passant au milieu.) N’est-ce pas. Le Tellier? — Je sais que le roi de France nous veut du bien, je sais qu'il sera surpris, justement irrité, quand il apprendra... Mais ne trouvera-t-il pas vingt princesses qui brigueront sa main? Mais notre saint amour pour la retraite, mais notre chère liberté, mais ton bonheur, ton bonheur, ma tille ! ne sont-ils pas des biens mille fois plus grands que ceux qu’il nous offrait ?... Ah ! ma foi, je pleure et je ris tout ensemble, quand je songe... Un père et sa tille fuyant à perdre haleine le sort

brillant qu’on veut leur faire ; et les gens du roi et la maréchaussée les poursuivant et criant : « Où sont-ils?... Les avez- » vous vus passer?... Arrêtez-les! arrêtcz-les ! » Mais qu’ont- ils pris? qu’ont-ils fait ? « Ce qu’ils ont fait, les coupables? Us ne » veulent pas accepter deux couronnes! » — Et c’est toi seule,ma tille, qui as conçu un tel projet!

MARIE

Oh! non, pas toute seule... Sturmerm’a aidée. Mais que de peine pour le mettre dans nos intérêts, pour le faire entrer dans la conjuration ! Sturmer a répandu des pleurs de désespoir et de rage quand il a su que je renonçais.... lui qui avait juré de ne pas mourir sans avoir vu les Leekzinski remonter sur le trône !

STANISLAS

C’est un ambitieux, lui !

Et renoncer à deux trônes ! au titre de reine !

STANISLAS

Tais-toi !

MARIE

Et ne suis-je pas reine en ce moment? J’ai le courage, j'ai la volonté, j’ai jnon amour : je suis reine !

LE T ELL1 ER., enthousiasme.

Marie !

STANISLAS

Vous l’entendez?

V MARIE

Oui, j’ai la volonté! Et si ce projet de fuite n’avait pas pu réussir, si Sturmer n’avait pas consenti à me seconder, j’élais décidée à dire au roi, ce soir, au milieu de sa famille, en pré sence de toute sa cour : Sire, mon cœur est à un autre, et je n’en veux pas d’autre.

STANISLAS, à Le Tellier.

Eh bien! hésiterez-vous encore?

LE T ELLIER.

Devant tant d’amour... non! N’est-ce pas, vous ne regretterez jamais?...

MA RI E

Jamais! je le jure.

ST A NISLAS.

Votre main?

Celle d’un ami.

STANISLAS

Celle d’un époux. Seigneur, bénissez mes enfants!

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