‹ Le gateau des reines comedie en cinq actes, en proseChapitre 32 sur 109 · ACTE II · texte numérisé non relu

ACTE II

MADAME DE PRIE, i pan.

Allons donc !

LE SECRÉTAIRE, entrant.

Monseigneur!...

LE DUC, revenant au bureau à gauche; au Secrétaire.

Sur ce brevet, mettez la date et mon cachet, (a madame de prie.) Mais, j’y pense...

MADAME DE PRIE

Qu’est-ce donc ?

LE DUC

Pour être duc et pair, il faut que votre protégé ait au moins vingt mille livres de revenu.

MADAME DE PRIE

Eh bien! en le nommant, donnez-lui vingt mille livres de revenu. Le bénéfice de Fersac est vacant depuis deux jours...

LE SECRÉTAIRE, étonné, à part, et en t’en allant.

Le bénéfice de Fersac !... et le chevalier Eustache !...

LE DUC, exaapéié.

Marquise!... marquise!... Soit, finissons-en. (n »ignc le brevet.) Le voila duc et pair, mais qu’il parte!... qu’il parte maintenant!... (il remet le brevet i madame de Prie.) Etes- VOUS Contente,

perfide?...

(Il passe à droite, où il s’assied.) MADAME DE PRIE, à part.

Je serai contente quand j'aurai remis ce brevet. A chaque instant, — je le connais, — il peut le reprendre et le déchirer.

(liaut, après nnep etite scène muette de coquetterie, où, peuchée sur le fauteuil du doc, elle se laisse prendre et baiser la main.) JalüUX! — AUX affaires

maintenant! Qu’avez- vous fait? qu’avez-vous terminé avec le cardinal?

LE DUC

Je sors de chez lui. Il allait monter dans sa chaise pour se rendre au château... Je l’ai retenu. — Immédiatement après lui avoir parlé de ma sœur, pour laquelle j'ai été si bien reçu, j’ai abordé la auestion bien autrement importante du mariage du roi. Allant droit au but, — j’avais peu l'esprit aux ménagements, — j'qi demandé au cardinal s’U avait trouvé une jeune épouse au roi.

MADAME DE PRIE

Et qu’a-t-il répondu?

LE DUC

Qu’en sa qualité de cardinal, il ne voulait pas se mêler de ces négociations-là. Eh bienl lui ai-je dit alors, puisqu'il en est ainsi, je m’occuperai seul de cette grave question. — Voyons pourtant, a timidement repris le cardinal, le côté politique de ce mariage. (H «e lève.)

MADAME DE 1>RIE

11 y venait!

J'ai aussitôt proposé les maisons de Savoie, de Milan... sourde oreille. La maison d’Autriche... trop puissante... oh! trop puissante, m’a-t-il objecté.

MADAME DE PRIE

Vous verrez qu’il ne s’occupait que de ce mariage, dont il 11 e voulait pas s’occuper. Mais la femme, voyons la femme qu’il vous a proposé de donner au roi.

LE DUC

Savez-vous celle qu’il m’a encore proposée? L’infante!

MADAME DE PRIE

Toujours l’infante! l’inévitable, l’étemelle infante, qu’on a fait venir de Madrid à Versailles, il y a un an, dans le but ridicule, impossible, monstrueux de la marier au roi! Mais elle est contrefaite, mais elle est louche, mais elle est noire comme une taupe, cette superbe infante! •

LE DUC

Tout ce qu’il vous plaira! Mais à moins que le roi ne fasse lui-même un autre choix, un choix digne de lui, un choix que le cardinal et moi avons juré de respecter, le cardinal veut que le mariage avec l’infante ait lieu tout de suite.

, MADAME DE PRIE

Et vous, vous ne le voudrez pas, monsieur le duc, non, non ! cent mille fois non ! car, voyez-vous, nous ne pouvons nous maintenir, vous et moi, au sommet du pouvoir qu’à la condition expresse, absolue, de choisir la femme du roi. Il faut que ce soit nous qu’il épouse en elle. En épousant l’infante, Louis XV épouserait le cardinal.

LE nue.

L’est parfaitement mon avis. Mais enfin quelle femme lui donner?

Aucune... plutôt que de le marier à l’infante.

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