ACTE III
MADEMOISELLE DE VERMANDOIS
Quoi! vous voudriez?... Alors, venez, approchez. (Elle »e lève,
la prend par la main et la fait passer à l’antre bout de la table, à droite.) Regardez, voilà les pains destinés à mes pauvres.
MARIE
Que vous êtes bonne, ma cousine !
MADEMOISELLE DE VERMANDOIS
Eli bien! nous allons voir si vous êtes aussi brave que vous le dites. Voulez-vous m’aider?
M A RI E
Très-volontiers ! Mais que faut-il que je fasse?
MADEMOISELLE DE VERMANDOIS
Vous allez le savoir. Ah ! mais pas de fierté ! nous sommes ici les servantes du Seigneur, et les pauvres, vous le savez, sont les enfants du Seigneur.
MARI E
Commandez à la plus humble de toutes les servantes.
MADEMOISELLE l)E VERMANDOIS.
Prenez ce couteau, et imitez-moi maintenant...
(Elles s’asseyent toute» les deux; M 11 » de Yermandois prend uu pain rouf! et se met à le couper en morceaux; Marie la regarde et fait connue elle.) MARIE.
Est-ce bien ainsi, nia cousine ?
MADEMOISELLE DE VERMANDOIS
Parfait! — Que dirait l’illustre prince d'Allemagne ou de Moscovie, que vous allez épouser, s’il vous voyait livrée à celte occupation si peu royale ?
MARIE; tout eu coupant du pain.
Je ne dois pas épouser de prince.
MADEMOISELLE DE VERMANDOIS
Ou quelque grand-duc régnant.
MARIE
Je ne dois épouser aucun graud-duc réguaut.
Ali!— Mais prenez garde! vous faites les morceaux trop grands : tous mes pauvres n'en auraient pas.
MARIE
Pardon, ma cousine, j'étais distraite! — Celui qui m’est peutêtre destiné est un jeune capitaine de dragons.
■ MADEMOISELLE DE VERMANDOIS
Un simple capitaine ? — Après tout, s’il est loyal et brave, comme je n’en doute pas...
MARIE
11 est d’une famille illustre... Monsieur Le Tellier est comte d’Estrées.
MADEMOISELLE DE VERMANDOIS
Monsieur Le Tellier !... attendez... monsieur Le Tellier !... Mais n’cst-cc pas lui qui eut un duel, il y à quelques mois, pour avoir pris la défense d'une femme dont la beauté fatale...
MARIE, vivemeul.
Que dîtes-vous, ma cousine?... Un duel ! une femme !...
MADEMOISELLE DE VERMANDOIS
Une femme ambitieuse autant que dépravée, une femme qui en ce moment gouverne la France.
MARIE, fort c'mtic.
Cette femme?... V
MADEMOISELLE DE VERMANDOIS
Je croyais l’avoir nommée : madame de Prie.
MARIE, à part.
Encore ce nom ! (naut.) Oh ! non, ina cousine, monsieur Le Tellier ne la connaît pas.
MADEMOISELLE DE VERMANDOIS
J’aurai confondu alors le nom de monsieur Le Tellier avec un nom qui ressemble au sien. Passons! Vous alliez donc épouser, disiez-vous, monsieur le comte d’Estiées?
MARIE
Si toutefois je l’épouse.
MADEMOISELLE DE VERMANDOIS
Et pourquoi, ma cousine, ne l’épouseriez-vous pas ?
MARIE
Voici pourquoi.