‹ Le gateau des reines comedie en cinq actes, en proseChapitre 57 sur 109 · ACTE III · texte numérisé non relu

ACTE III

Vous apprendrez ! vous apprendrez!

MADAME DE PRIE, passant au milieu.

Allons! (sc ravisant, bas.) Mais cette jeune fille... son rang... le notre... nous asseoir près d’elle!... Ne croyez-vous pas?...

MADEMOISELLE DE VERMANDOIS

Oh ! soyez tranquille, madame! c'est une cuisinière de bonne maison. Mettez-vous là... mettez-vous là !

MADAME DE PRIE, s'asseyant à tableau milieu.

Je ne m'attendais pas, je l’avoue... (Elle coupe du pai».)

MA DEMOISELLE DE VERMANDOIS; à madame de Prie.

Vous ne tenez pas bien voire couteau; inclinez-en davantage la lame. Ah! très-bien! nous ferons quelque chose de vous. Maintenant reprenez, je vous prie. Que vous a répondu le. car 1 tlinal Fleury , quand vous lui avez demandé avec tant de vives instances à être séparée de son neveu?

MADAME DE PRIE

Il a refusé... ne voulant pas donner au monde, a-t-il dit, le spectacle déshonorant d’une séparation judiciaire dans sa famille. \ ainement ai-je protesté, vainement ai-je supplié ! Désespérée alors, je suis venue me réfugier ici et me mettre sous votre puissante protection, persuadée, madame, que vous me conseillerez de persisler dans ma résolution de me vouer pour toujours à la réclusion et au silence.

MADEMOISELLE I)E VERMANDOIS

Non ! je ne vous y engage pas 1

MADAME DE PRIE

Eh quoi!... mais alors?...

N ’ous vous devez à votre époux avant toute chose.

MADAME DE PRIE

Que dites-vous? (a elle-même.) Écoutons !

MADEMOISELLE DE VERMANDOIS

Si la résignation est une vertu, — et vous ne pouvez pas en douter, tna sœur, — il y a plus de mérite à supporter l’affront d’une rivale qu’à la fuir au fond d’un couvent. Souffrir en silence, là est le vrai mérite.

MADAME DE PRIE, A part.

Très-bien ! (mat.) Quoi ! sérieusement vous me conseilleriez?. ..

MADEMOISELLE DE VERMANDOIS; se levant et prenant une corbeille remplie de morceaux de pain.

De ne donner aucun genre de scandale.

MADAME DE PRIE

Mais ma dignité...

MADEMOISELLE DE V ER M AN DOIS

Le devoir de la femme doit passer avant sa dignité.

MADAME DE PRIE; à port.

Oh! très-bien!

Qui dit épouse, dit bonté, tolérance, soumission jusqu’à l’esclavage, résignation jusqu’au martyre.

MADAME DE PRIE, spart.

Admirable! voilà comme je la voulais. (Haut, et se levant.) 11 faut donc que je laisse cette rivale, cette maîtresse gouverner, régner en souveraine chez moi ?

MADEMOISELLE DE VERMANDOIS

Oui, madame. Comme femme, je vous le conseille; comme chrétienne, je vous en supplie.

(Elle se dirige avec U corbeille vers la table de gauche.)

MADAME DE PRIE, à part.

Tu seras reine de France !

MADEMOISELLE DE VERMANDOIS

Maintenant, mes sœurs, nous allons mettre un bon morceau de pain à la place de chacun de nos pauvres ; puis, nous nous tiendrons prêtes à les recevoir. Vous apprendrez de moi à les servir.

Page 1