SCÈNE VIII
MARIE, MADAME DE PRIE
MADAME DE PRIE, à part, en regardant sortir mademoiselle de Vermandois.
Belle, soumise, résignée, accomplie! Voilà bien l’épouse qu’il faut (tour le roi Louis XV... et pour nous : elle est trouvée!... Mais cette lettre du duc, cette lettre qui n’arrive pas !
MARIE, qui a passé A gauche, an fond, A part et regardant madame de Prie.
Si j’osais!... (Haut, s'avançant.) Pardon, madame!... mon indiscrétion est bien grande; mais vous semblez si bonne!... j'ai une question...
MADAME DE PRIE
Parlez ! je serais bien heureuse de pouvoir y répondre.
MARIE
Vous venez de parler du cardinal Fleury, que vous connaissez... Vous arrivez peut-être de Versailles?
MADAME DE PRIE
Oui, ma sœur, j'en arrive.
MARIE
Vous connaissez la cour... les ministres. „ les dames du règne brillant de Louis XV ?...
MADAME DE PRIE
Oh! bien peu... bien peu! Mais enfin, dites... que voudriezvous savoir?... Peut-être..;
MARIE
Puisque vous 111’encouragez à parler... auriez-vous connu à Versailles une femme... une femme dont la renommée de beauté et d’esprit est répandue dans toute l’Europe : madame de Prie?
MADAME DE PRIE
Ah! qui ne connaît pas madame de Prie!
MARIE
L’auriez-vous vue?
Rarement... oh! bien rarement.
MARIE
Assez cependant pour me dire si elle est aussi belle qu’on le prétend?
MADAME DE PRIE
Mon Dieu! mon opinion personnelle sur sa beauté...
MARI E
Ne serait-elle pas aussi favorable que celle de tout le monde?
MADAME DE PRIE, à part.
Ces questions... Je saurai pourquoi. (iu»i.) Mon Dieu! chère sœur, vous savez qu'il n’^ a qu’une seule femme qui n'ait pas été jalouse de la beauté d’une autre femme : c’est notre mère Êve! Elle était seule.
MARIE
Je vous en prie, chère sœur, votre opinion bien franche sur madame de Prie.
MADAME DE PRIE
Soit! — Ses cheveux sont beaux... mais on pourrait trouver mieux sans aller bien loin... Les vôtres, par exemple!
MARIE
Je vous en prie, madame !... Ses veux ont, dit-on, l’éclat et le feu du diamant, une expression... irrésistible. Est-ce vrai?
MADAME DE PRIE
Oui, c’est vrai; mais je préfère les vôtres.
MARIE
Je ne vous interrogerai plus sur sa beauté si cela ne doit servir qu’à m’attirer des compliments de votre part. Parlez-moi alors de son esprit.
MADAME DE PRIE
Ah!
MARIE
On assure que celui de Voltaire seul peut lui être comparé.
MADAME DE PRIE
Est-ce pour l’imagination, pour la grâce?
MARIE
Pour la méchanceté
MADAME DE PRIE
Oh ! alors, elle a plus d’esprit que Voltaire.
MARIE
On ne m’a pas trompée; caron m’a dit...
MADAME DE PRIE
Vous hésitez?... Je devine!... l’endroit où nous sommes... Eh bien, madame, supposons-nous encore, par pénitence, au