LA FILLE DU CIMETIERE
Quelle est cette fille qui passe D"un pied léger, d'un îiir riant V Dans sou sourire que de grâce .
De bonté dans son œil brillant !
— Elle est modeste et désespère Ses compagnes , par sa fraîcheur ; Sa beauté fait l'orgueil d'un père...
C'est la fille du fossoyeur !
Claire habite le cimetière.
Ce qu'au soleil on voit briller.
C'est sa fenêtre et sa volière Qu'on entend, d'ici, gazouiller.
Là-bas , voltigent , sur les tomljes Un couple éclatant de blancheur; A qui ces deux blanche» colombes' — A la fille du fossoyeur !
On l'entend rire , dès l'auvoro .
Sous les lilas de ce bosquet , Où les fleurs , humides encore .
A sa main s'offrent en bouquet Lii, que les plantes croissent belles ! Que les myrthes ont de vigueur!
Là. toujours des roses uouvelles Pour la fille du fossoyeur :
Sous son toit , demain , grande fête , Son père va la mai-ier.
Elle épouse , et la noce est prête , l'n jeune et beau ménétrier.
Demain , sous la gaze et la soie .
Comme , en dansant , battra son cœur.
Dieu, donne enfant . travail et joie A la fille du fossoveur !
Rien qu'à ces vers, à cette sagesse bienveillante , à cette leçon qui vous prouve que l'homme s'élève par la résignation , comme l'étincelle s'élève en pétillant , vous voyez bien que la dame était une fée et qu'elle chantait une chanson inédite du poëte qui écrivit la Fée et le Tailleur.
Quand elle a chanté , notre fée disparaît et s'efface , blanche vapeur qui va rejoindre Vénus , l'étoile du matin. — On dit — qu'une voix se fit entendre dans le '^1' lointain : Gloire à Dieu! repos aux morts , paix aux vivajits .' et la. voix se mêlait, à l'unisson, avec les derniers couplets du poëte Béranger.
Pierre, le couteau levé, écoutait encore (le temps s'arrête pour celui qui admire), que déjà le chant avait cessé : mais enfin les parts sont faites , Louison , les yeux bandés, distribue à chacun sa part, aux vieillards, aux enfants, aux deux amoureux, au petit André..., à M. Pierre, à madame Pierre... — Je vous laisse à penser si la fève qui couronne un des convives fut cherchée avec ardeur ! " C'est moi ! — C'est toi ! — C'est lui ! — C'est Victoire , disait Pierre. — C'est André, " disait Jeanneton ! Ce n'était personne, c était mieux que cela , c'était tout le monde , car la bonne fée avait oublié de cacher une royauté dans sa couronne.":., et voilà comment , à cette heureuse fête des Rois des pauvres gens, il n'y eut que des gens jieureux . et que personne ne fut Roi !