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Le gaz naturel dans la province de Québec [microforme]

L'existence du gaz naturel dans la province de Québec est connue depuis plus de deux cents ans. Dès les commencements de la colonie, les défricheurs qui s’établirent sur les terres situées dans la partie nord-ouest de cette province, la seule qui renferme de ces gaz, remarquèrent des dégagements gazeux, se faisant jour en différents endroits, surtout dans les sources d’eau minérale,

Plus tard les études de notre commission géologique vinrent confirmer les observations des cultivateurs, et signalèrent plusieurs localités où ces dégagements étaient particulièrement remarquables.

Les nombreux travaux qui se sont faits depuis sur ce sujet dans la Pensylvanie, l'Ohio, la province d'Ontario et ailleurs, ont jeté un nouv au jour sur les accumulations de gaz naturels.

Sauf dans le Missouri, où, jusqu'ici, le gaz naturel semble provenir presque exclusivement de la décomposition des matières organiques du drift, ce gaz, en règle générale, se rencontre dans des assises géologiques plus ou moins anciennes, et résulte d’une décomposition spéciale des matières organiques qui s’y trouvent accumulées. Citons, parmi cellesoi, ces curieuses sporanges que l'on découvre on quantité immense dans certaines couches dévoniennes, et même dans les lits plus ancieus, et sur la nature desquelles notre illustre collègue, sir William Dawson, vient de publier une si belle étude dans son dernier ouvrage: The Geological History of Plants. C'est peut-être à la présence de ces germes microscopiques en nombre incalculable que certaines couches géologiques doivent en grande partie leur importance économique actuelle,

Le caractère bitumineux de plusieurs des formations géologiques canadiennes n'avait pas échappé à l'observation de nos premiers explorateurs. Dès 1861, croyons-nous, M. le docteur T.S. Hunt affirmait que nos lits calcaires de Trenton pourraient bien un jour ou l'autre donner des sources payantes de pétrole. Plus tard, en 1866, il émettait de nouveau la même opinion, en donnant ce fait comme une éventualité qu'il ne fallait pas perdre de vue, Malheureusement les sondages dispendieux qu'exigent les recherches de cette nature ont toujours fait différer une étude plus approfondie et plus complète de cette question.

Vers l’année 1882, le gouvernement de Québec, sur la prière des citoyens de Louiseville, résolut de faire faire quelques investigations plus précises. A la demande du ministre de l'Agriculture, je me rendis dans cette localité pour examiner un dégagement gazeux abondant qui s'était fait jour sur la propriété d'un nommé Saint-Pierre, à environ deux milles au sud-sud-ouest du village.

On avait creusé un puits d'environ dix pieds carrés d'ouverture, sur huit à dix de profondeur. La cavité était à peu près remplie d'une eau boueuse, toujours vivement agitée par un dégagement abondant de gaz. Tout autour du puits, le sol était criblé d'étroites crevasses par lesquelles le gaz se faisait jour en petite quantité.

Un examen superficiel prouva que, comme dans toutes nos sources salines, ce gaz était constitué presque totalement par du protocarbure d'hydrogène, avec une toute petite quantité d'azote et des traces d'acide carbonique. Le débit journalier de ce puits était d'environ 2,000 pieds cubes, autant qu'il fut possible de s'en assurer alors en notant le temps nécessaire pour remplir un gazomètre de capacité connue.

Le résultat pratique de cette exploration, qu'on ne voulut pas d’ailleurs pousser plus loin, ne pouvait être que très pauvre. Aussi, au bout de quelques mois, toute idée de recherches sérieuses semblait être à peu près abandonnée. Les travaux qu'on avait parlé de faire en rapport avec le puits Saint-Pierre ne furent jamais commencés, et les choses en restèrent là pour quelques années.

Durant l'été de 1885, sur les encouragements de M. Obalski, ingénieur du gouvernement de Québec, on commença à percer un puits à Saint-Grégoire, au sud du Saint-Laurent. On cherchait cette fois non pas du gaz, mais du pétrole. On voulait arriver au Trenton, dans l'espérance d'y trouver en abondance le précieux liquide. Le caractère bi-

Mesa tumineux de ce calcaire avait été alors mis en évidence plus que jamais par certaines observations faites dans le calcaire Iuimême à la Pointe-aux-Trembles, près de Québec, et les espérances des mineurs avaient été ainsi ravivées.

Le choix spécial que l'on avait fait de Saint-Grégoire était dû en partie au fait que, sur la ferme d'un M. Trudelle, concession de Beauséjour, on avait observé un dégagement gazeux absolument analogue au puits Saint-Pierre, à Louiseville. On ne croyait pas que le gaz püt ainsi se dégager du sol sans qu'il y eût en-dessous ur réservoir de pétrole servant de générateur et de producteur. [1 est maintenant acquis qu'il n'y a pas de = concomitance nécessaire entre la présence du & : naturel dans

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ee STE M. Obalski a publié, dans le rapport du commissaire des

= === Terres de la couronne pour l'année 1885, un compte-rendu TT - détaillé du forage qui fut fait alors. Nous avons essayé de le cu TE NOIR F2] - reproduire dans la figure 1. Après avoir traversé 75 pieds de drift, le trépan frappa un grès calcaire, assez tendre à la surface

pour être sectile. À 155 pieds, s'est rencontré un schiste généralement rouge qui s'est prolongé jusqu’à la profondeur sie 640 pieds, et auquel a succédé, sur une épaisseur de 180 pieds, un calcaire impur /suintant le pétrole. Un schiste noir a com- = — mencé ensuite à 820 pieds, pour se continuer jusqu’au fond du Fio. 1. puits, à 1,115 pieds.

Cette section parait avoir été faite par les mineurs eux-mêmes, et l’on sait avec quelle

réserve il faut toujours accueillir des données de cette nature. Tant que l’examen des

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échantillons recueillis à différentes profondeurs n’a pas été sérieusement faite, la prudence exige de ne pas trop se fier À la nomenclature minéralogique donnée par les notes des ouvriers,

Une première veine de gaz inodore fut rencontrée dans le drift, une seconde à 316 pieds, une troisième à 370, et une quatrième à forte tension, à 580. La pression de cette dernière fut suflisante, d'après M. Obalski, pour lancer des pierres à une hauteur de soixante pieds, ce qui suppose une vitesse, à l’orifice, d'environ 62 pieds par seconde. La violence de ce dégagement ne s'est pas maintenue, mais, absolument comme dans plusieurs puits percés dans les schistes de l'Ohio, elle est tombée bientôt à une vitesse de SOTtie relativement très faible. Une autre veine de gaz fut rencontrée à la profondeur de 820 pieds, dans le schiste noir. Chose remarquable, on n'a pas frappé une seule veine d’eau, du moment que l'épaisseur du drift a été traversée. C'est du moins ce que laisse entendre le rapport de M. Obalski, Dans les soudages analogues faits à Maisonneuve et à Louiseville, la présence de l’eau minérale à différents niveaux a constamment été l’un des grands ennuis, et, comme le puits de Saint-Grécoire a été creusé précisément dans les mêmes couches géologiques que ceux de Louiseville, du moins pour la partie inférieure, nous croyons que Ja section donnée dans le rapport de M. Obalski n’est peut-être pas tout à fait complète ; à moins que l'on ne veuille expliquer cette différence par le fait que le puits de Saint- Grégoire n'atteint que la partie supérieure des formations, rivière Hudson et Utica, tandis que celui de Louiseville en traverse les assises les plus profondes.

Les travaux, arrêtés le 20 octobre 1885, n'ont pas été repris depuis. L'ouverture à laissé, durant près de trois ans, sortir un volume de gaz que M. Obalski évalue à 250,000 pieds cubes par jour. ce qui nous parait bien un peu exagéré. On a essayé à diverse: reprises de fermer le tube de sortie en y enfonçant à grands coups de masses de forts bouchons en bois, mais ce système d'obturateur, par trop rudimentaire, n’a pas réussi, et les bouchons n'ont pas pu résister à la pression intérieure du gaz. Cette pression en toute probabilité doit dépasser 200 livres au pouce carré.

Il est vraiment regrettable qu'une quantité très considérable en définitive du meilleur combustible que l'on connaisse se perde ainsi journellement sans que personne ne s’en occupe. On admet en Pensylvanie et dans l'Ohio que 15,000 pieds cubes de gaz peuvent facilement remplacer une tonne de houille dans les applications industrielles. Dans ce cas, en supposant que le débit ne soit, à Saint-Grégoire, que 50,000 pieds cubes par 24 heures, ce qui nous semble beaucoup plus rapproché de la vérité que le chiffre de 250,000, nous arrivons à une perte de plus de 65,000,000 de pieds cubes depuis la date du creusage de ce puits, à peu près l'équivalent de 2,520 tonnes de houille, c’est-à-dire près de 12,000 dollars ! Il nous semble qu'une législation destinée à prévenir de semblables gaspillages trouverait ici sa place.

L'onnée suivante, une compagnie, solidement organisée par une charte du gouvernement ue Québec, reprit ces intéressantes recherches, et fit faire, à ses risques et périls, des sondages sérieux à Maisonneuve près de Montréal et à Louiseville. Malheureusement les mineurs qui creusèrent les puits n'avaient pas l'expérience nécessaire pour mener à bonne fin des travaux de ce genre, Ils n'avaient jamais travaillé que dans les régions à pétrole, et de plus nos formations géologiques leur étaient à peu près complètement étrangères. Aussi les forages, n'ayant pas été faits comme ils auraient dû l'être, n’ont pas donné jus-

qu'ici de résuitats satisfaisants.

Sec. IV, 1888, 3.

Malgré tout, l'exploitation de cette richesse minérale semble être entrée définitivement dans une nouvelle phase. Sur la demande de la compagnie dont je viens de parler, M. Ashburner, géologue de la Pensylvanie, très entendu dans ces matières, est venu l'autonne dernier faire dans les localités travaillées une exploration générale, et dans le rapport qu'il en a donné on peut voir, paraît-il, à travers quelques obscurités qui lui étaient peut-être imposées par les circonstances, sa croyance à l'existence, du moins dans quelques parties de la province de Québec, de réservoirs importants de gaz naturels. Les travaux d'exploration seront bientôt poussés avec une grande vigueur. On désire savoir définitivement à quoi s'en tenir,

En attendant mieux, voici les résultats déjà obtenus par les sondages faits pendant les années 1886 et 1887.

Nous avons pu, grâce à la bienveillance des directeurs de là compagnie, nous procurer un registre plus ou moins complet de chacun des puits qui ont été percés. Dans certains cas même, des échantillons pris à différentes profondeurs ont été remis entre nos mains Malheureusement ces échantillons ont été recueillis à des distances régulièrement espacées, et non pas chaque fois que les couches changeaient de nature; de telle façon qu'il a été impossible d'établir rigoureusement l'épaisseur exacte des différentes couches qui ont été traversées. Nous avons dû nous contenter d’une approximation plus ou moins satisfaisante.

Il eût été important de localiser les recherches à faire avec une grande prudence, afin d'éviter toute dépense inutile. Ainsi la détermination des anticlinales et de leur direction eût été un fait capital, vu qu'il est généralement admis que c’est sur le faite de ces plis, là surtout où ils sont traversés par des plis secondaires, que les chances sont le plus favorables.

Mais partout, dans cette partie de la province de Québec, une épaisse couche de drift recouvre complètement tous les aflleurements, et rend cette détermination presque impossible. Un certain nombre d'anticlinales sont bien indiqués dans la Géologie du Canada de 1863, mais ces données sont encore loin d'être suffisantes. Il n'est pas impossible en effet qu'un pli anticlinal, presque insensible à la surface, ne s’accentue dans les couches profondes, et ne prenne ainsi une grande importance. C’est le cas, par exemple, de l’anticlinale de Cincinnati, dans les environs de Findlay. Ohio.

De plus, ne peut-il pas arriver que ces anticlinales profondes ne se trahissent aucunement à l'extérieur, et que leur existence ne soit révélée aux géologues que le jour où le trépan du mineur les aura frappées ?

C'est peut-être ce qui explique pourquoi les sondages de la compagnie de gaz naturels de Québec semblent avoir été faits un peu au hasard. Ils s’attaquaient à un champ nouveau, dans lequel, comme toujours, l'expérience faite par les mineurs doit avoir le dernier mot. :

En règle générale, cependant, les puits d'essai ont toujours été forés dans des endroits où le dégagement superficiel du gaz laissait entrevoir à une certaine profondeur l'existence de ce combustible en plus grande quantité.

Les premiers travaux furent faits à Maisonneuve, près de Montréal, à un endroit où la carte géologique indique le commencement de la formation Utica. (C'était se poser bravement en face de l'inconnu. En effet, jusqu’à présent, la formation de Trenton a été regardée comme la plus ancienne des formations pétrolifères. Même, d'après le rapport de

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