‹ Le gaz naturel dans la province de Québec [microforme]Chapitre 4 sur 4 · GAZ ET EAU · texte numérisé non relu

GAZ ET EAU

Nous croyons devoir attirer spécialement l'attention sur la présence du lit de grès très compact trouvé au fond du puits No 4, et que les ouvriers disent avoir creusé l'espace de huit pieds. C'est la première fois, croyons-nous, à part un puits à Dayton, Ohio, que la présence d'une semblable masse siliceuse est signalée dans la formation de Trenton. Il est bien vrai qu'au Fio, 5. nord-ouest, à une douzaine de milles de Louiseville, les calcaires de Trenton reposent directement sur le grès de Potsdam, de même qu'au rapide des Grès, sur le Saint-Maurice. Il nous paraît diflicile d'admettre que le grès du puits de Louiseville n'appartienne pas au groupe des grès de Potsdam; au risque, réduire l'épaisseur du Trenton à environ 300 pieds, ce qui constitue un minimum peut-être trop accentué, par comparaison avec toutes les sections connues de ce groupe. On ne peut croire à une erreur des mineurs. Nous avons vu le sable qu'on disait avoir été extrait de cette profondeur, et il était impossible de douter de sa nature.

Dr FONCÉ D CALC ETPYRITE nu

CALC PALE

Voici maintenant les veines gazeuses trouvées dans le puits. Une première veine à 216 pieds avec eau salée, une seconde à 260, une veine d’eau salée à 290, et à 342 un faible dégagement de gaz. A 644, une source abondante d'eau minérale excessivement riche en sel; 10 centimètres cubes renferment 208 grammes de substances solides, composées presque exclusivement de chlorure de sodium et de calcium en quantités à peu près égales, avec du chlorure de magnésium et un peu de sels de fer.

Après avoir fait pomper l'eau, nous avons mesuré la pression {rock pressure) que le gaz pouvait atteindre. Au bout d'une heure, le puits étant parfaitement clos, le manomètre indiquait 225 livres ; c'était la limite de sa course, Nous croyons que cette pression aurait dépassé en définitive 250 livres.

Ce puits a été ensuite torpillé, mais sans augmenter son débit qui est resté très faible.

La torpille avait été placée trop bas.

Nous croyons pouvoir le ranger dans la catégorie des puits à schiste, tels que décrits par M. E, Orton, et dans lesquels le gaz provient en totalité des couches supérieures au calcaire,

Le débit relativement faible de ces puits de schiste en général et leur constance laissent croire au même savant que la production du gaz se fait peut-être incessamment et que les puits débitent plutôt un produit qui se forme au jour le jour, qu'une accumu

lation préexistant depuis des siècles dans les couches atteintes par le forage, Le grand inconvénient de ces puits est l'existence presque constante de l'eau minérale qui sort en même temps que le gaz, et qui nuit à son dégagement quand elle ne l'arrête pas tout à fait, 11 y a dans l'Ohio et l'Indiana de nombreux exemples de paits assez importants qui ont été.complètement gâtés par l'envahissement de ces veines d'eau.

M. Orton, dont les magistrales études sur cette matière indiquent la vaste expérience et le remarquable esprit d'observation, affirme que ces puits de schistes sont éminemment applicables aux usages domestiques. Leur forage est peu dispendieux, et leur présence sur une ferme ajoute beaucoup à sa valeur, 11 y aurait sans doute quelque chose à faire dans ce sen par les cultivateurs qui sont en mesure de se payer un tel luxe,

De ces trois puits, le seul utilisé est le No 3, lequel, grâce à un système de pompe qui en enlève de temps en temps l'eau salée, fournit assez de gaz pour chauffer la chaudière de l'aquedue de Louiseville,

En comparant ces trois forages, on remarque que les deux veines de gaz rencontrées dans chacun d'eux se trouvent au même niveau dans les puits Nos 2 et 4, ec notablement plus basses dans le puits No 3, ce qui indiquerait une disposition oblique des couches inférieures conduisant à une anticlinale dont la direction serait du sud-sud-ouest au nordnord-est, et dont le sommet serait placé au nord-ouest du village de Louiseville, Le dégagement naturel qui se fait sur la ferme Naussier, près de la ligne du Pacifique, se trouve peut-être sur le faite de cette anticlinale.

Les veines gazeuzes avaient apparu à un niveau plus bas dans le puits de Saint- Grégoire, mais il est impossible d'établir des relations plus particulières entre elles et celles de Louiseville, Il est certain toutefois que la surface du Trenton est beaucoup plus basse à Saint-Grégoire qu'à Louiseville,

Il nous semble en outre certain que le forage à Saint-Grégoire atteint à peine les horizons qui ont été traversés à Louiseville. M. le docteur Selwyn croit, d'après les notions données par sir William Logan dans la Géologie du Canada, qu'il aurait fallu traverser encore une épaisseur de 1,700 pieds pour arriver à la surface du Trenton. Ceci indique une différence d'inclinaison très marquée dans les couches profondes, suivant qu'on les examine au nord-ouest ou au sud-est du fleuve. Au nord du fleuve, sur les rivages, on les trouve à 350 pieds de la surface. Au sud, à une distance de quelques milles à peine, on ne les rencontrerait plus qu'à une profondeur de 3,000 pieds ou plus. Sans doute elles se relèvent en arrivant à l’anticlinale de Deschambault, mais cette inelinaison brusque dans l’espace de quelques milles est tout à fait remarquable, alors surtout qu'on les voit rester presque horizontales entre le fleuve et leur aflleurement au nordouest.

Si nous pouvions raisonner ici par analogie, nous croirions qu'il y a dans la surface du Trenton, au nord-ouest du Saint-Laurent, une de ces suspensions d'inclinaison que M. Orton signale dans son rapport sous le nom de terrasses, en les donnant en même temps comme des circonstances favorables à l'accumulation du gaz. Dans ce cas, on pourrait encore faire quelques recherches au nord du lleuve, tout en fondant plus d'espérances sur les sondages faits au sud.

D'ailleurs, ne l’oublions jamais, les réservoirs gazeux sont susceptibles de grandes variations dans leur étendue et leur disposition, et, même sur une anticlinale donnée, ils se montrent souvent irrégulièrement distribués. Par conséquent, même dans le cas où

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les recherches se feraient exclusivement au nord, il faudrait toujours tâtonner et, pur suite, procéder avec beaucoup de prudence,

La faible épaisseur des lits schisteux qui, au nord du fleuve sont superposés au cal. caire de Trenton permet d'expliquer comment il se fait que le gaz s'échappe si facilement de lui-même en un très grand nombre d'endroits, dans toutes les sources minérales, par exemple, dont les eaux, d'après M. le docteur T. &. Hunt, proviennent le plus souvent des schistes Utica et rivière Hudson, On se rend encore compte de ce curieux fait que les réservoirs gazeux découverts au nord du Saint-Laurent sont moins riches que ceux du sud, La faible épaisseur et la perméabilité des couches supérieures a permis au gaz de s'échapper en partie, un peu comme l'exsudation du pétrole, qui s'est produite sur les bords de l'Athabaska, au témoignage de M. le docteur R. Bell.

En eflet, l'existence d'une couche imperméable continue, recouvrant les réservoirs de gaz, est une condition sine qua non de l'existence de ces derniers, Et, en suivant cet ordre d'idées, ce n'est pas là où le gaz se dégage spontanément en plus grandes quantités qu'il faudrait le chercher dans les profondeurs, Au contraire, l'exploitatenr devrait surtout tourner son attention vers la disposition physique des couches Gui servent de réservoirs à ce précieux combustible, Des études faites ainsi dans de bonnes conditions lui permettraient de le découvrir là où aucun indice extérieur ne décèle sa présence, Et ce serait après tout les endroits les plus favorables à un: exploitation rémunérative,

Voilà à peu près tous les travaux qui ont été faits jusqu'ici par Ja compagnie des gaz combustibles de Québec,

Is sont peut-être peu encourageants, surtout si l'on remarque que le calcaire de Trenton, sur lequel se fondent en général les plus belles espérances, a été atteint en deux circonstances sans résultats appréciables.

Toutefois, il ne faut pas perdre de vue qu'on avait à explorer un terrain nouveau, mal connu au point de vue spécial des recherches de ce genre. Espérons qu'un jour viendra où un heureux coup de trépan nous donnera le gaz naturel, cette richesse minérale si ardemment cherchée.

Fins le Summary Report pour l'année 1887, M. le docteur Selwyn recommande de continue ces travaux au sud du Saint-Laurent, le long de l'anticlinale dite de Deschambault. Ce conseil est tout à fait ratione]l, sans exclure toutefois, comme nous l'avons insinué plus haut, la possibilité de trouver des réservoirs de gaz assez puissants même ailleurs que le long de cette anticlinale. Qui sait si les formations n'ont pas, en certains endroits, une disposition qui nous échappe, grâce à l'épaisse couverture de drift qui les cache à la vue, et qui leur permet d'emmagasiner un volume notable de gaz combustible, Pour répéter une pensée de M. Orton, dans ces recherches souterraines, c'est le plus souvent le trépan qui a le dernier mot,

Dans une note publiée par la Science, l'année dernière, M. Orton énonce un fait d'une haute importance, fait qu'il me réaffirmait plus tard dans une lettre : c’est que le calcaire de Trenton n'est pas en lui-même, ni de lui-même, un réservoir de pétrole ou de gaz. Pour qu'il puisse jouer ce rôle, il faut que, pour une raison ou pour une autre, il ait subi un changement chimique et soit devenu dolomitique. Cette remarque, qui s'applique à tous les puits de l'Ohio, mérite à tous égards de fixer l'attention des mineurs canadiens, Il sera assurément intéressant de constater si cette loi empirique se vérifie également pour

le Trenton du Canada. Nous ne voyons vraiment pas de raison pour qu'il en soit autrement.

Cette dolomitisatior élève jusqu'à 80 pour cent la proportion decarbenate de magnésie; la silice disparait à peu près ; le calcaire de Trenton ordinaire en renferme environ 10 pour cent, Quant à l'origine de ces lits de dolomite, M. Orton, dans le sixième volume des rapports de la commission géologique de l'Ohio, croit pouvoir l’attribuer à une altération du cal--ire pur déposé originellement. C'est ce que semble indiquer la présence de fragments assez volumineux de calcaire ordinaire, riches en fossiles, que l'on trouve complètement enveloppés par la dolomie, Ce changement a eu pour effet de détruire à peu près entièrement les fossiles, de donner aux couches une texture cristalline très iccentuée, et par conséquent de les rendre beaucoup plus poreuses que ne sont les couches de Trenton ordinaire.

L'altération n'atteint Pas une grande profondeur dans les lits calcaires. La limite inférieure est à environ 30 pieds de la surface. A 50 pieds, on ne trouve plus que des bandes étroites et rares de dolomie, souvent même, il n’y a que les couches les plus superficielles qui aient été affectées.

Malheureusement pour nous, les couches de Trenton traversées par les forages dont nous avons parlé précédemment ne présentent pas de traces évidentes de dolomitisation. Au contraire, leur caractère général de calcaire pur est parfaitement conservé.

Sans parler du puits de Maisonneuve, où l’on ne pouvait pas d’ailleurs s'attendre à trouver de gaz dans les lits supérieurs, tant à cause de leur faible distance de la surface que de leur voisinage des aflleurements calcaires, l'analyse du calcaire de Louiseville est venue prouver évidemment cette absence complète d'altération dans les lits superficiels du Trenton.

L'analyse qui en a été faite par M. l'abbé E, Pagé, professeur de chimie à l'université Laval, a donné le résultat suivant :

Carbonate de chaux —= 78.

Matières ferrugineuses = 4 Matières insolubles == 17

Pas de traces de magnésie, malgré la multiciplicité des essais. D'ailleurs le percentage élevé de la silice rendrait lui-même douteuse la présence de la magnésie en quantité notable. Le puits No 4 de Louiseville qui a fourni cet échantillon est le seul où le Trenton ait été atteint, à part celui de Maisonneuve.

M. l'abbé Pagé à bien vouln examiner qualitativement différents échantillons du calcaire extrait de ce dernier. Voici le résultat de ces recherches. Echantillon extrait de la profondeur de 800 pieds: calcaire mélangé d'un peu de substances siliceuses, pas de magnésie, traces de fer. Calcaire de 1,040 pieds : comme le précédent, avec un peu plus de fer. Calcaire de 1,240 pieds : composition encore analogue, avec un notable percentage de magnésie, (Caleaire de 1,400 pieds : renferme une proportion relativement considérable de fer avec très peu de magnésie. Le fer, comme nous l'avons dit plus haut, est presque toujours à l'état de pyrites, en cristaux souvent visibles à l'œil nu.

Comme conclusion &

énérale, nous croyons pouvoir dire que les recherches faites jus-

qu'ici dans la province de Quéec, n'autorisent pas encore à regarder le calcaire de Trenton comme constituant un réservoir de gaz où de pétrole, D'un autre côté, ces travaux sont encore infiniment trop restreints pour qu'il soit permis de généraliser ces déductions d'une manière absolue. En revanche, les schistes Utica et rivière Hudson renferment le gaz naturel en quantité utilisable, du moins sur une échelle relativement restreinte. Il faut même espérer qu'un jour viendra où un mineur chanceux atteindra un réservoir de gaz comparable à ceux des autres pays,

I résulte de là que les chercheurs de gaz ne sauraient être trop prudents dans l£ direction de leurs travaux. Et, malgré tout, ils seront encore obligés de courir certains risques pécuniaires, D'autant plus que notre sous-sol est encore complètement inconnu où à peu près, relativement aux détails de sa structure physique.

Cependant, qu'ils ne se découragent pas si un succès de premier ordre ne vient pas immédiatement couronner leurs efforts. Il faut souvent des recherches nombreuses et continues pour trouver cette richesse minérale qui a pris chez nos voisins de si prodigieux développements depuis quatre ou cinq ans. Le gaz naturel a une raleur telle, son existence donne une si grande impulsion au progrès industriel d’un Pays, qu'on aurait tort d'hésiter à faire quelques sacrifices pour arriver à le découvrir.

Soc, IV, 1888, 4,

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