D"" MONOD. B
:2^6 LE GÉNKRAL BOULANGER
A minuit, nouveau bulletin.
« Pas de changement dans l'état local; l'emphysème n'a pas augmenté. Il y a un léger état congestif du poumon droit, mais il n'y a pas de fièvre ce soir. »
« PoTALv, Labbé. Monod, Carpentier. »
On remarquera le nom du D'" Potain qu'on a cru devoir appeler à cause de l'emphysème. L'éminent chirurgien partage l'espérance du comte Dillon.
Dès le lendemain, d'ailleurs, les bulletins constatent un état de plus en plus satisfaisant. La convalescence toutefois sera longue. Le général ne pourra se rendre dans l'Ardèche, oîi ses amis, malgré leur dévouement, n'auront pas le succès qu'ils auraient eu à côté de lui.
Les ennemis du général y feront de temps en temps courir le bruit de sa mort.
A dix reprises, le blessé, informé des propos tenus, veut retirer sa candidature.
Ses amis l'en dissuadent.
Il leur cède, non sans regret.
Il n'aime que les batailles qu'il est à même de diriger et préfère celles où il peut jouer un rôle actif.
Aussi, pendant qu'autour de lui, on ne parle que de l'Ardèche, il pense surtout à Paris.
Tous les journaux radicaux et opportunistes disaient déjà :
— Il a été élu en province. Nous le mettons au défi de l'être jamais à Paris.
Le général était encore sur une chaise longue quand le mercredi 26 juillet, le comité national du XV^ arrondissement et le comité républicain révisionniste du VIP
1888. — LA GUÉHISON 2^1
inaugurèrent la campagne de réunions que, d'après ses conseils, les boulangistes allaient poursuivre à Paris.
Les affiches placardées par les soins de ces comités portaient divers noms de sénateurs, de députés, de conseillers municipaux. Avenue de Lowendhal, la première réunion a été présidée par M. Laisant, député delà Seine, ayant à ses côtés MM. Blanchard, président du comité révisionniste du XV^ arrondissement, et Lacroix, président du comité du VIP arrondissement.
Ordre du jour : Dissolution de la Chambre;
Revision de la Constitution par une Constituante nommée à cet effet.
Les organisateurs n'étaient point très rassurés. Les uns auraient voulu une réunion privée. D'autres allaient jusqu'à exiger que chaque révisionniste fût muni d'un revolver. On s'est borné à jouer du poing.
Orateurs principaux : MM. de Susini, député de la Corse; Tortelier, anarchiste; Goussaud, délégué de la Ligue des patriotes.
Après de longs débats entre les partisans et les ennemis du général Boulanger, la majorité s'est ralliée à ce dernier. Il y avait là en tout douze cents personnes, dont vingt anarchistes. Conséquemment trois algarades et une vingtaine de coups de poing.
A plusieurs reprises, la mêlée a même été assez vive. On a essayé de prendre d'assaut le bureau, ce qui eût été fait sans l'énergie de M. Laisant et la résistance des membres de la Ligue des patriotes. Plusieurs antiboulangistes ont été violemment expulsés.
Mais qu'importe ! A partir de ce jour, la campagne va continuer, et très vive, d'arrondissement en arrondissement.
^28 LE GÉNÉRAL BULLANGER
Pendant ce temps, le général peu à peu, se rétablit.
On n'a même besoin de prendre aucune précaution oratoire pour l'informer de l'échec qu'il a dans l'Ardèche.
L'ancien ministre de la guerre n'est pas homme à désarmer pour si peu. Cet échec au contraire a pour premier effet de le remettre immédiatement sur pied. En campagne I
Le général Boulanger avait d'abord l'intention de se porter dans deux départements seulement, la Charente- Inférieure et la Somme. Il était résolu à ne se représenter dans le Nord qu'aux prochaines élections générales. Les raisons qu'il donnait alors de son abstention dans ce département étaient faciles à comprendre. L'électeur est ordinairement réfractaire aux chinoiseries de la politique. On ne s'expliquerait peut-être pas bien dans les faubourgs de Lille et de Dunkerque un retour offensif venant si tôt après une démission. Les braves paysans pensent avec Musset qu'il faut qu'une porte soit ouverte ou fermée. Aussi les personnes mêmes qui se déclaraient sûres delà réélection du général dans le Nord avouaient qu'il y perdrait beaucoup de voix. L'effet serait déplorable. Mieux valait, pensait d'abord le général, s'abstenir en ce pays jusqu'en 1889.
Dans la Charente-Inférieure, au contraire, les chances paraissaient grandes. Le comité alors se réunissait rue de Sèze, dans la maison même où Marchandon a commis son crime. Tout y était à la joie. J'y vais voir, le samedi 4 août, le comte Dillon. Il est radieux. Les nouvelles qu'il reçoit sont, dit-il, excellentes.
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Et dans la Charente-Inférieure et dans la Somme, le général paiera de sa personne.
Le lendemain soir, il partait pour Saintes, afin d'y tomber le lundi en pleine « foire », c'est-à-dire au milieu des représentants des nombreuses communes voisines. Forcé d'être vingt-quatre iieures après à Paris pour recevoir les délégués de la Somme, il passera une seconde nuit en wagon. C'est assez dire qu'il est complètement guéri; il a recommencé, d'ailleurs, depuis huit jours, ses chevauchées matinales.
Jeudi soir, il partira de nouveau pour la Charente- Inférieure, oii il parcourra en trois jours le plus de pays possible. Puis il ira dans la Somme.
Eu de telles conditions, le métier de candidat vaut celui de terrassier, mais il y a une importante raison pour que le général ne se mette pas en grève. La légende boulangiste s'est tournée en complainte; il est urgent de la remettre dans le ton. Que le général soit élu dans les deux départements, c'est un triomphe. Le cheval noir sort de nouveau de l'écurie. Que le général ne soit élu que dans un département, cela suffit à la réfection de son blason.
Dans l'un ou dans l'autre cas, que fait-il?
Après la validation de son élection dans le département pour lequel il aura opté, c'est-à-dire dans celui où il aura eu le plus de voix, le général choisit le jour opportun. Il monte une seule fois à la tribune, y lit une nouvelle déclaration, dans laquelle les questions sociales soulevées par les grèves occuperont une large place et qui se terminera par une proposition pour laquelle il demandera l'urgence.
Naturellement, celle-ci sera repoussée.
Alors, déiTiis=ion immédiate, et définitive, cette fois.
Les députés auront beau mourir ou démissionner, M. Boulanger ne se représentera plus. Jusqu'aux élections générales, il ne se manifestera point. Peut-être même se retirera-t-il dans l'île de Berder, un rocher breton qui appartient au comte Dillon. Prévoyons tout. Admettons qu'il ne soit élu ni dans la Charente-Inférieure — où pourtant ses amis travaillent ferme pour lui, — ni dans la Somme, où la campagne électorale sera dirigée par M. de Sesty. C'est dans l'île de Berder qu'il se retirerait tout de suite, se réservant pour les élections générales de 1889, où alors il se présentera dans les quatre-vingt-sept départements.
Telles étaient, ce jour-là, 4 août, les intentions, mais on sait qu'en matière électorale le candidat propose, le? comités disposent.
Trois jours après, changement de front.
Les premiers comités qui ont soutenu le général dans le Nord le supplient de se représenter de nouveau.
Dût-il être battu, la nouvelle campagne profitera, disent-ils, en 1889.
Le général consent.
Quand on prend des voix, on n'en saurait trop prendre.
Par une stupidité sans égale, le gouvernement, croyant peut-être que son terrible ennemi n'aura pas le temps de lutter dans trois départements à la fois, a fixé les trois élections à la même date, très prochaine.
Le 19 août, le général était candidat à la fois dans la Charente-Inférieure, dans le Nord et dans la Somme.
Après de nombreuses pérégrinations dans la Charente- Inférieure et dans la Somme, le général revenait avec le comte Dillon à Paris, dans la nuit même qui précédait l'ouverture du triple scrutin, à trois heures cinquante-cinq du matin. Le comte n'arrivait donc que vers quatre heures et demie du matin à son hôtel de l'avenue d'Argenson où je le trouvai debout, six heures après. C'est assez fatigant d'être boulangiste.
— « Mais il y a des jours, me dit-il, oii ce n'est pas désagréable. Nous allons assister ce soir à un triomphe sans égal. La triple élection est sûre. Nous avons eu vraiment une chance extraordinaire. Il eût été possible qu'il n'y eût qu'un département vacant ou que les trois départements fussent voisins. Or, il se trouve que, s'il y en a deux au Nord, on en a un presque au midi. On nous a donné celui-ci dans le but de nous gêner; on n'a même pas attendu que M. Yast-Yimeux fût enterré pour ouvrir la période électorale.
« Eh bien ! le gouvernement verra ce soir, pour sa peine, si les trois départements veulent le statu quo ou la revision. A dire rrai, M. Floquet nous a tout à fait servis. Il a tellement accumulé les persécutions contre nous dans la Charente-Inférieure et dans la Somme, qu'il nous a apporté lui-même plus de quinze mille voix. Ce soir, la leçon sera cruelle pour lui. Comptez donc les communes qui sont mises en mouvement aujourd'hui. Situées comme elles le sont, elles définiront clairement l'opinion de la France, qui ne veut plus, mais plus du tout, du parlementarisme. »
Une heure après, j'arrivais chez Rochefort, dans la
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jolie villa par lui louée deux mois auparavant au bois de Boulogne.
Le rédacteur en chef de V Intransigeant était dans son jardin en train déjouer avec « Kein », une petite fille ainsi nommée parce qu'à tout moment elle dit ce mot. Il l'a rencontrée dernièrement versant toutes ses larmes dans le square de la Trinité.
Il s'est informé. La mère de l'enfant l'avait abandonnée là. Rochefort prit la petite parla main, la mena chez le commissaire de police le plus voisin, demanda à celui-ci la permission de se charger d'elle.
— Gela regarde l'Assistance publique, lui fut-il répondu.
Il se rendit avenue Victoria, s'enquit de ce qu'il fallait faire.
— Une déclaration, et puis ce que vous voudrez.
Et voilà comment M*'"' Kein, aujourd'hui bien mise, bien nourrie, s'amuse comme une petite reine dans l'adorable propriété qui s'étend le long de la Seine, près du pont de Suresnes, et qui appartient à la ville de Paris.
— Kein est très intéressante, m'écriai-je, 7nais ce que je voudrais savoir, c'est ce que vous pensez de la triple élection d'aujourd'hui.
— Eh bien ! demandez-le à Kein.
L'enfant, des yeux, consulte son père actuel, puis balbutie :
— J'aurai cent francs si le général n'est pas élu dans la Somme.
— C'est vrai î s'écrie Rochefort. Je réponds de l'élection dans la Charente-Inférieure et dans le Nord, mais je doute de celle de la Somme. J'ai dit mes inquiétudes
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à BuLilanger. Il se prétend sûr de Técrasement du gouvernement en Picardie. J'ai dit : « Parions que non. » Bref il a parié contre moi cent francs. Gela ne ruinera ni l'un ni l'autre. S'il n'est pas élu dans la Somme, comme il me suffira qu'il le soit dans les deux autres départements, je me consolerai de son tiers d'échec en donnant les cent francs à Kein. Ce qui m'amuse en attendant, c'est l'idée de la tête que fera demain Floquet. Non. mais là, vraiment, que voulez-vous qu'il fasse ? C'est un homme perdu. Il est f.... s'il ne trouve pas le moyen de donner dignement sa démission, une démission à la Mac-Mahon.
De ce gentil coin du Bois, ma voiture me mène rue de Sèze.
Le siège du Comité boulangiste est fermé et restera clos ce soir. Le fameux Comité dont il a été tant parlé s"est dissous provisoirement, il y a quinze jours, et vraisemblablement ne se réunira qu'à la rentrée des Chambres.
Il est trois heures quand j'arrive rue Dumont-d'Urville. M. Boulanger est à son bureau en train de répondre aux lettres qui sont arrivées pendant son absence.
Il se lève, me tend la main, dit simplement ces cinq mots :
— Eh bien î c'est fait !
— Alors Rochefort perdra son pari ?
— Je vous le jure. Mais Kein n'y perdra rien. Malgré l'heure tardive à laquelle il s'est mis au lit, le
général ne paraît pas trop fatigué.
— C'est que j'ai pris un bain et que rien ne repose
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comme ça. Songez si j'avais besoin de me remetfre. On se couchera encore tard ce soir !
Et, selon son habitude, il se promène en long et en large dans son vaste bureau, le seul endroit où il marche puisqu'il est toujours en voilure ou achevai. Je l'observe. Il me semble que le cou est resté enOé. En tout cas il est congestionné.
— Je n'aurai pas, dit le général, à me vanter de l'élection de la Somme. C'est le gouvernement qui l'aura faile. Croyez-vous qu'il y a eu une ville où le maire a été assez bête pour interdire aux électeurs de me rendre visite à l'hôtel où j'étais descendu! Et une fois, sur le quai, presque sous mes yeux, un employé laisse tomber une caisse adressée à un ami de Goblet. Le couvercle se défait, elle était pleine de sifflets. En maint endroit, il y a eu je ne sais combien d'électeurs qui m'ont apporté des sifflets à roulette en me disant :
— Tenez, voilà ce qu'on nous a distribué ce matin. Nous nous en servirons contre les opportunistes le lendemain de l'élection. Depuis quinze jours aussi, Floquet n'a fait que des bêtises. Il y a beaucoup d'ouvriers dans ces trois départements. Si j'avais été chef de gouvernement, j'aurais, en pareille circonstance, protégé les ouvriers. Il s'est borné à les leurrer. Il a tourné contre lui tous les ouvriers des trois sièges. Leurs femmes me disaient : Si nous ne gagnions pas d'argent à porter vos journaux et vos bulletins, nos maris mourraient de faim.
— Vous ne craignez pas de perdre beaucoup de voix dans le Nord 1
— Permettez. D'abord je suis sûr qu'il y aura dix mille électeurs de moins. Vous savez bien que, pendant
la moisson, les laboureurs ne votent pas. Beaucoup d'ailleurs se sont transportés dans d'autres départements. Mais les mineurs me resteront fidèles. C'est parce que je suis siir d'eux que je ne suis pas retourné à Anzin.
— Sur quelles voix comptez-vous dans Ja Charente- Inférieure ?
— Sur celles de tous les antiopportunistes. Là, nous aurons une majorité écrasante. D'abord vous verrez ce soir. Vous devez savoir oii nous serons. Venez-y. On nous a, d'ailleurs, communiqué les renseignements officiels. Le gouvernement lui-même ne doute pas de ma triple élection.
Et, le soir, j'étais chez Durand.
Comme on cherchait dans l'après-midi un lieu de rendez-vous général et que chacun proposait le sien, le comte Dillon a dit :
— Il n'y a pas à hésiter. C'est chez Durand que nous avons reçu les résultats du Nord. Allons chez Durand. Cela nous portera bonheur.
Et voilà pourquoi il y avait, le 19 août, au premier étage de ce restaurant, une grande table divisée en quatre cases. Sur la première un écriteau portant en gros caractères : Somme. Sur la deuxième : Chareme-In- FÉRŒLRE. Sur la troisième : Nord. Sur la quatrième : Divers.
Toutes les dépèches, au fur et à mesure qu'elles arrivent, sont jetées dans cette dernière case, puis classées dans les autres.
Devant chacune de celles-ci, un boulangiste fait des additions.
Il y a là, dès neaf heures et demie du soir MM. Laguerre, deSusini, Fournier, etc.
M. Laguerre n'est pas content. A son retour du Nord, il a reçu l'ordre de partir le lendemain lundi, à six heures, pour Lisieux, où il devra faire ses vingt-huit jours.
De même son secrétaire, M. Lauze, avocat.
L'un après l'autre, arrivent MM. Rochefort, Laur, Georges Thiébaud, de Ménorval, Millevoye, Claude Perret, etc., enfin le général lui-même. Lui seul est en habit.
Il ne dissimule pas qu'il est ravi. Pourtant, au début, l'élection du Nord paraît douteuse, mais vers onze heures, on apporte à M, Boulanger une dépêche d'un ami de Lille portant ce seul mot : c Elu. »
On fait venir de la bière et des cigares. Après les dernières dépêches, on soupera.
Rochefort surtout est radieux. A chaque chiffre nouveau il répète : « C'est effrayant ! »
Et il fait des gamineries. Il dit :
— Si j'allais au ministère demander timidement, comme un pauvre : « Avez-vous des résultats ? J'arrive de Rueil. Je ne sais rien.»
Pendant ce temps, Paris se remue.
Dès neuf heures, il va tant de monde devant les bureaux de y Intransigeant que la police croit nécessaire de barrer la rue Montmartre, à partir de la rue Notre- Dame-des-Yictoires. De l'autre côté, toutes les rues avoisinantes sont de même barrées jusqu'à la rue Etienne-Marcel.
Le nombre des curieux peut être évalué à 4,000.
De temps en temps, des cris de : Vive Boulanger 1 se font entendre. La foule est assez calme.
Un grand nombre de personnes néanmoins protestent contre l'obstruction de la rue Montmartre. Les omnibus seuls peuvent pa-ser ; les fiacres sont obligés de rebrousser chemin.
On sait que le journal boulangiste la Presse a ses bureaux au n'^ 8 du boulevard des Capucines.
Il y a également, de neuf à dix heures, une nombreuse foule entre l'Opéra et la Ghaussée-d'Antin. A la fin, la police repousse les badauds.
Dix minutes après, le transparent, sur lequel la Presse publie Tun après l'autre les résultats, porte ces mots que les spectateurs, bien qu'éloignés, acclament : « Nous protestons contre les violences de la police. »
Celle-ci néanmoins se trouve débordée. Il faut un renfort d'agents. Un peu avant onze heures, des gardiens de la paix se mettent sur deux rangées et ferment complètement le boulevard en deux endroits : aux angles de la rue duQuatre-Septembre et de la Ghausséed'Antin.
A onze heures, des boulangistes allument, à l'angle de la rue du Quatre-Septembre, un feu de joie avec des journaux opportunistes.
Une charge très violente est faite à ce moment par environ cent agents.
De nombreuses personnes sont renversées et la panique se répand bien au delà de la place de l'Opéra et, de l'autre côté, vers la rue des Petits-Champs.
Les cris de : Conspuez Ferry î conspuez Fioquet ! et les chants boulangistes n'en éclatent que de plus belle. Et les bousculades de reprendre.
Ging ou six camelots fendent la foule et annoncent une feuille donnant les résultats « télégraphiques » des élections.
Ce « canard » est fait en forme de dépêche télégraphique et ne donne que des chiffres insignifiants. On le vend néanmoins vingt centimes. Il est très disputé.
A une heure du matin, la circulation est encore interdite aux piétons et même aux voitures, sur le boulevard des Capucines, entre l'Opéra et la Ghaussée-d'Antin .
Le public, refoulé par les agents, se réfugie sur les trottoirs qui avoisinent la place de l'Opéra. Devant les cafés, des boulangistes qui ont pu se procurer les vrais résultats les communiquent à la foule qui crie : « Vive Boulanger ! »
Trois inspecteurs se tiennent en permanence sous les fenêtres du café Durand.
La foule croyant que le général est au journal la Presse^ aucune manifestation n'a lieu devant ce restaurant.
A une heure et quart, cinq cents personnes à peu près attendent dans les rues du Quatre-Septembre et de la Paix la sortie du nouvel élu. Comme il ne partira que très tard du café Durand, elles en seront pour leur peine. Et la police garde toujours les abords de la /^res5^.'
A deux heures du matin, le ministère est obligé de communiquer lui-même aux journaux les résultats suivants :