Jlémoircs d'Oiitro-Tombc, II
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porter on lui son i-omède. Liiclos, (jiii r.ixait jiig('" avec une si terriJtle clairvoyance, s'y niépril cependant. Dévoué sincèi'cvnient à la cause populaire, il s'obstina à fonder son espoir sur un Yalmont obèse, sur un voluptueux avili.
C'est par là que cet ot"ticierénergit[ue, penseur profond, politique infiniment habile, supérieur à presque tous les grands révolutionnaires, restait un intrigant d'ancien régime. 11 s'avance vers les temps nouveaux par les routes tortueuses de l'ancienne coin-; il veut ruser avec le lion populaire. Comme un courtisan sce|)tique, il pousse au pou^oir un princequ'il méprise. 11 n'aperçoit pas que la France, lassée des despotes et dégoûtée de l'anarchie, demande un chef. C'était, dit M'"" Roland, « un lionnne plein d'esprit, que la na- » ture avait fait pour les grandes combinaisons et » dont les vices ont consacré toutes les facultés à » l'intrigue. » L'austère Manon prenait, comme tout le monde, Laclos pour Yalmont. C'est l'ambition qui avait été la maîtresse de l'auteur des Liaisons. Malheureux, mais non lassé, il s'apprêtait à courir encore pour elles de nouvelles aventures. Tandis que la Royauté constitutionnelle s'abîmait dans de sanglantes journées et que l'ennemi s'apprêtait à envahir la France, il continuait de faire de la politique dans son quartier; il s'y était « comporté d'une » manière à plaire à tous» * et y conservait de nombreux amis. Oi'itlaiil ti'op tard l'orléanisme, il se disait désormais républicain '%
Dans la nuit du dix Août, la Section de la Butte des Moulins l'envova comme un de ses trois commis-
1. A N. F' 4686. Note de sa Section. — Ferrières en fait, sans preuve, un des meneurs du 20 juin.
2. Garât, De la Conspiration d'Orléans. « Dès cette époque (lO Août 92) et bien avant, je l'ai entendu parler pour la République.»
sairos à la municipalité provisoire. Le lendemain, il fut élu vice-président de l'Assemblée crénérale et permanente de la Section. Mais la Commune de Paris, composée de Jacobins, refusa de recevoir Fauteur de la pétition du Champ de Mars, l'intrigant louche, dont les manœuvres avaient causé, disait-on, le massacre des patriotes et la scission de la Société, qu'il avait abandonnée après l'avoir compromise. 11 fut rejeté par un scrutin ('puratoire, qui lui évita de devenir le collègue de Manuel, de Robespierre, de Marat, et le complice ou la victime de leurs atrocités sanguinaires.
Sa Section protesta ; elle envoya deux commissaires à la Commune pour s'informer des motifs du rejet de Laclos, qui étaient ceux qu'on vient de dire, et décida qu'il serait fait dans son procès-verbal mention honorable de sa conduite et de ses sentiments patriotiques. Il fut réélu Commissaire de la Section, le 21 août ; le voteparappel nominal lui donna 121 voix sur 294 votants; le 24, il vint à la barre prêter le serment de maintenir la liberté et de mourir à son poste '.
Danton devenu tout-puissant conservait à Laclos son amitié et, sans doute, sa reconnaissance. 11 comprit Laclos, ainsi que l'ancien orléaniste Danjou, dans la liste des trente commissaires du Pouvoir Exécutif, entièrement composée d'hommes à lui, qu'il jeta toute faite, le 29 Août, sur la table du Conseil. Du 10 Août au 22 septembre, personne ne sut sous quel régime la France allait vivre. « Je n'ai » trouvé aucun texte, dit M. Aulard, d'où l'on puisse » conclure que Danton se soit prononcé pour
1. Archives de la police. Certificat donné à Laclos par la Section de la Butte des Moulins.
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» la République avaiil la réunion de la Conven » lion^ » . Le lougneux tiibun ne jx'usail alors qu'à la France envahie. La pi-eniière armée d'Europe, son plus illustie général franchissait les frontières et marchait sur Paris. Les hommes du métier jugeaient la partie perdue d'avance. Servan, Roland et les girondins projetaient d'abandonner la capitale et de transpoi'tei' à Tours ou à Blois le siège du gouvernement et la personne du Roi. Mais Danton, de ses larges épaules, barrait les portes de Paris. Il a édifié sur son pavé sa fortune et celle de la Révolution ; cruellement indifïéient au sang qui l'éclaboussé, comme à la boue qu'il manie, il jure de s'ensevelir sous ses cendres. 11 y fait venir sa mère, qui est âgée de soixante-dix ans. C'est lui qui va donner le branle à la défense. Plonge et Lebrun lui obéissent; Roland le subit; Servan s'incline à son tour devant son énergie dominatrice et se plie à son audacieuv dessein.
Alors Laclos sent brûler de nouveau son feu militaire. Gomme Danton, il porte au cœur un patriotisme obstiné. En reti-aite depuis quinze mois, il s'exalte encore aux rêves glorieux de ses vingt ans. Dégovité de la politique, il revient à son ancien métier, celui qu'il aime le mieux, bien qu'il soit propre à tous. 11 est l'ami de Servan ; Danton le protège. C'est à l'armée qu'il veut en profiter ; c'est sur les champs de bataille qu'il pense désormais à illustrer ses cinquante années.