‹ Le général Choderlos de Laclos, auteur des Liaisons dangereuses, 1741-1803. D'après des documents inédits. Ouvrage orné d'un portChapitre 106 sur 165 · C'était Prieur et Carnot · texte numérisé non relu

C'était Prieur et Carnot

2. Laclos à Servan 12 septembre. — Allusion au mot bien connu de Dumouriez, qui appelait les défilés de l'Argonne les Thermopyles de la France.

hypothèses, suivant le chemin que prendrait Farmée prussienne : Réthel, par Le Chesne ou Youziers; le défilé central de rArgonne; Bar-le-Duc et Yitry-le- François, parRavigny. Dans les trois cas, Laclos |)j'oposait, avec des formations diverses, de se repliei-sur Paris. L'armée de Kelhuinann seule devrait jiasser en Alsace, pour se réunir à Biron sur le Rhin, couper les communications des alliés et peut-être attirer à elle les Autrichiens. Servan, par ci'ainte de « décourager Paris », préférait ([u'elle tombât sur les derrières de l'ennemi, sans se laisser prendre entre les émigrés et la grande armée. Biron se chargerait de faire sur le Rhin cette course « un peu chevaleresque ». Si Dumouriez entrait en contact avec l'ennemi, il devait, d'après Laclos, prendre la position de Pont-Faverger et de Suippe, sur le bord de la Suippe, (( position avec laquelle M. de Praslin, en » IGoO, arrêta, avec des forces inférieures, les Espa- » gnols et Turenne ». P]nfin Laclos proposait dans les trois cas des mesures générales de résistance, atîn de lutter en désespérés devant Paris et, comme disait Servan, de jouer « quitte ou double ».

11 fallait rompre les ponts de l'Yonne, de la Marne, de l'Aube, de la Seine, et faire descendre tous les bateaux sur Paris; éviter avant tout de rester renfermé entre les rivières, car « un échec, obli- (( géant de se retirer dei-rière la Marne et de passer par » les ponts, après avoir été battu, exposerait l'armée » à une défaite totale ». Les trois armées devraient emporter ou brûler toutes les subsistances, dc'paver les routes et les couper de fossés. De petits partis de cavalerie protégeraient les ouvriers. Au ton dont il parle, au\ détails qu'il prévoit, il semble qu'il est seul resté calme dans cette grande crise et que le commandement suprême est dans ses mains.

-.HiS LE GENERAL CHODERLOS DE LACLOS

Ces idées firent la plus grande im|)ression sur Seryan et son entourage, surtout en ce qui concerne la position de Suippe. Toutes les lettres du ministre aux généraux en sont imprégnées. Servan ne cesse de recommander à Kellermann de ne pas se laisser couper de Chalons et de Paris et surtout d'occuper la position de Suippe. C'est là, dans l'idée du ministre, que doit se faire la jonction des deux armées et que l'ennemi sera forcé de rétrograder, a II soutint ce » plan avec obstination, dit M. Chuquet, jusqu'à la » fin de septembre '. »

En même temps (ju'il dressait d'une main ferme les plans de la partie décisive, qu'il prévoyait sous Paris, Laclos s'installait en maître à côté du généralissime et s'emparait brutalement de son bras débile et incertain. (( Chalons n'ofïrait plus qu'un » vaste chaos où s'agitait une multitude rebelle à » toute discipline'-. » C'étaient les fameux volontaires de 1792, parisiens et versaillais en grand nombre, enfants et vieillards achetés par les communes, paysans affamés, séduits ])ar quinze sous par jour. Ils défilent pompeusement à l'Assemblée, en jurant de terrasser « les tigres de la Germanie » ; à peine sortis, ils se gorgent de vin, réclament du pain blanc et de l'argent, menacent leurs chefs, s'efforcent de reproduire à Chalons les tueries infâmes de Paris. Us sont aussi prompts à fuir qu'à massacrer. Leur civisme leur tient lieu de patriotisme. N'importe, « ce sont des Français; l'espèce en est bonne », dit un de leurs généraux. Il faut les armer, les encadrer, les fondre par l'amalgame et les durcir au feu. Servan, qui est du métier, se garde bien de tarir

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