Garât. De la Conspiration d'Orléans
ses démarches, retardé par <( la versatilité des projets » qu'on formait pour l'Inde », celui-ci avait saisi tout d'abord le poste que lui oiFrait Sei-van. Muni de sa nouvelle lettre de service, il adressa ses adieux, le 10 décembre, à la Société des Amis de la Liberté, de l'Egalité et de la République, la remerciant de « son accueil fraternel » et l'assurant du regret avec lequel il s'éloignait des bons patriotes de la cité de Toulouse. Servan arriva et remplaça Laclos par Lacuée. Le 13, Laclos assistait en même temps que Servan et Carnot à une représentation donnée au théâtre de la ville. Un arbre de la liberté fut planté pendant un ballet patriotique. « A la vue de cet » arbre auguste, tous les cœurs furent remplis de » cette ivresse qu'il est si doux d'éprouver et si difti- » cile de peindre. » Après plusieurs danses et évolutions militaires, on chanta des couplets, « dont le » public répétait les refrains avec une effusion tou- » chante, qui aurait électrisé les cœurs les plus gla- » ces. » Laclos eut les siens :
De tous les braves que voilà, Amis, Laclos s'en va déjà.
Il va, au delà des mers, Faire aux peuples divers Danser la carmagnole.
Vive le son [bis] Du en non. Il est auteur, guerrier, Français, Que de titres à nos regrets !
Partout on Taimeru, Car partout il fera Danser la carmagnole.
Vive le son [bis] Du canon ^ .
1. Journal luiifcrsel et impartial de la Ilaute-Garonne , 15 décembre 1792. Charavay, I, p. 307.
A Paris, il s'occupa de presser son départ. La guerre avec l'Espagne ne lui suffisait plus; le précurseru- de Talleyrandà Londres voulait maintenant la déclarer à FAngleterre et la Hollande. Il rêvait, comme plus tard Bonaparte, d'attaquer les Anglais dans l'Inde (d de reprendre contre eux les plans glorieux de Sufîren. 11 lui fallait, raconte Dumouriez dans ses Mémoires, 15.000 liommes et 15 vaisseaux de guerre. « 11 s'agis- » sait, dans cette expédition de Laclos, de s'emparer » du cap de Bonne-Espérance et de Ceylan pour en- » suite se joindre à Tippoo-Sahib et tomb(>r sur le » Bengale.^ » Tippoo-Sahib implorait les secours de la Convention, comme jadis ceux de Louis XVI et plus tard ceux de Napoléon. 11 avait fondé un club des Jacobins et planté un arbre de la liberté à Seringapatam, sa capitale. Laclos se serait bien chargé de lui faire danser la carmagnole. En attendant, il étonnait ses amis par la hardiesse et la fermeté de ses desseins et travaillait avec ardeur à rassembler tous les moyens de réussir. Le 13 janvier 1793, la Convention ordonna l'armement immédiat de 30 vaisseaux et de 20 frégates, la mise en chantier de 45 navires, et lança un appel aux volontaires de la flotte.
11 n'y avait qu'un malheur, c'est que la Convention n'avait plus en réalité ni flottes, ni armées ; elle n'avait que des généraux, qui s'arrachaient ses dernières troupes. Dumouriez était arrivé à Paris le 1®' janvier et y soutenait impérieusement ses plans sur la Hollande ; il voulait toute l'armée (le la République pour le suivre en Belgique. Aussi parlait-il avec dédain devant le Conseil Exécutif et le Comité de Défense Générale d'unServan, qui voulait