Archives de la police
Alquier, rancien ami de La Rochelle, Fintime du ménage Laclos, n'avait alorsété président du Coiiiitc' de Sùret(' générale et de suryeillance de la Convention. Tandis que Lacloslui adressait, comme président du Comité, les pétitions les plus persuasives, M™" de Laclos le pressait de ses sollicitations et de ses larmes. Le 10 mai, Laclos fut extrait de l'Abbaye sur un ordre du Comité de Sûreté générale, signé d'Alquier, président, de Basire et de Rovère, et mis, dans sa maison, en état d'arrestation, sous la surveillance d'un garde, payé par lui et désigné par sa section.
Ce fut le citoyen Dreys, demeurant lue TEvèque, n° 359, sans doute quelque artisan du quartier, auquel échut l'honneur de s'assurer de la personne de l'inquiétant gouverneur de Pondichéry. On en disait long dans la section de la Butte-des-Moulins sur cet homme étonnant, qu'on avait vu tour à tour diriger le Palais-Royal et le Club des Jacobins, répandre l'argent et prêcher l'émeute, soufflant tout le jour l'incendie sur les foules et, le soir, se retranchant brusquement dans la mystérieuse intimité des siens. Le citoyen Dreys n'approcha pas sans crainte Finfernal auteur des Liaisons dangereuses ; il pensa que cet homme, qui s'était si bien joué, disait-on, de M™" de Tourvel et de Philippe-Egalité, lui réservait aussi, à lui Dreys, un tour de sa façon ; il se tint donc prudemment sur ses gardes. Bientôt il vit M'"" de Laclos quitter l'appartement de la Cour des Fontaines, avec sa fille, pour se rendre à Versailles. Le lendemain, partirent encore la femme de chambre et le petit garçon. Le frère de la femme de chambre vint prendre des paquets, qui parurent à Dreys être du linge : il remartfua même un matelas. Mais il savait que le frère de la femme de chambre
portait habituellement <( des glaces et de Teaii de » Ville d'Avray à Antoinette, au Temple ». Le 3 juin, cet homme reparut et emporta d'autres pa([uets, dans lesquels Dreys l'econnut des objets de toilette. Cependant le gardien ne pensait plus qu'à échapper à son redoutable prisonnier, encore assisté d'un domestique et d'une cuisinière. Il avait remarqué dans l'intérieur de l'appartement une porte de service, donnant sur un autre escalier, et dont M™" de Laclos avait emporté les clefs ; sur le même carré, de ce côté-là, il savait encore que donnait la porte d'un autre appartement, actuellement scellée et gardée par un nègre ; or Dreys crut remarquer « qu'on faisait des démarches pour écarter le nègre». Il n'y tint plus, et, dès le 4 juin, il vint à la section pour y faire part des inquiétudes qui le rongeaient ; le nègre parti, il aura deux escaliers à surveiller au lieu d'un et déclare qu'il ne peut y suffire. La section en réfère aussitôt au Comité de Sûreté générale, qui ne répond pas; le 7 juin, elle renouvelle ses instances ; Dreys se prétend malade et persiste dans sa démission. Il fut remplacé par le citoyen Lo|)pin '.
Cependant une terrible menace restait suspendue sur la tète de Laclos. Pour la conjurer, il fait appel à ses amis, multiplie ses démarches, renonce à ses emplois. Le 16 juin, muni d'une recommandation d'Alquier, il demande un rendez-vous à Condorcet, pour se disculper auprès de lui des calomnies dont il est l'objet -. Le 20 septembre, pour éviter la destitution prochaine et sur le conseil de plusieurs membres du Comité