Journal de la Résolution, iV
l'entrée du peu|>le, dans la salle; on remit la l'édaction au lendemain. Dans la nuit, un conciliabule se tint chez Danton, avec Camille Desmoulins, Brune, et la Poype, et Ton s'y occupa des mesures à prendre « pour signer au Champ de Mais imc pétitioji légale « qui pût être envoyée aux S3 départements^ . »
Ce ne fut donc pas dans la nuit, connue Michelet Ta répété d'après une hypothèse de M""' Rohind, mais le 17 an matin, que la pétition fut rédigée. Brissot fut prévenu à 7 heures et accourut aux Jacobins.
Les quatre commissaires étaient déjà là (|ui l'attendaient. (( Brissot, » dit Beugnot, qui le connut plus tard en jtrison, « était un vieil enfant, toujours » prêt à être dupe et tout à fait incapable den faire » d'autres. Ce député avait beaucoup d'esprit et beau- )) coup d'imprévoyance, connaissait à fond l'histoire » et fort |>eu les hommes;... il ne voyait pas plus » loin que le bout de son nez. » De ses quatre collègues, trois se taisent et Danton, lui-même, dont ce n'est pas l'humeur habituelle, Danton s'abstient ; c'est Laclos, que Brissot connaissait à peine, qui prend la jjarole. u L'homme noir » s'avance, et prie poliment le nouvel arrivant de rédiger la pétition. Mais laissons la parole à Brissot. (c Je lui lis obser- » ver, que ce soin appartient à lui seul, qui en a » fait la proposition, qui connaît l'esprit dans lequel » elle avait été faite; Laclos me répond tpi'il a mal » dormi et qu'il ne sait ni parler ni écrire quand » il n'a pas reposé ; il me vante ma facilité d'écrire, » me presse ; je cède, car je ne sais pas plus résister )) au>L prières que me défier de leurs motifs, et il ne » me vient pas même dans la tète que ce soit ici un
1. Gazette des nouveaux tribunaux, ii" 34, p. 126 (Intorrng-atoirc di Brune).
» nouveau chapitre des Liaisons dangereuses. La » pétition est faite en moins dune demi-heure ; je » la lis à mes collègues ; ils l'approuvent. Laclos » m'invite à la lire moi-même aux Jacobins, qui » s'assemblent à 11 heures; je refuse, mes affaires » m'appelaient chez moi; il s'en charge...' »
A onze heures, la salle des Jacobins, « toutes » portes ouvertes » se trouva rem[)lie k des mêmes » citoyens » qui la garnissaient la veille, venus pour entendre la pétition. Il paraît probable que Laclos ne s'y trouvait pas et que ce ne fut pas lui qui fit la lecture. Brissot avait rédigé à dessein un manifeste vague, d'où pouvait sortir la République ; il se terminait ainsi :
« Les Français soussignés... demandent formelle- » ment et spécialement que l'Assemblée nationale » ait à recevoir, au nom de la nation, l'abdication » faite, le 21 juin, par Louis XVI, de la couronne, » qui lui avait été déléguée, et à pourvoir à son )) remplacement;
» Déclarant les soussignés, qu'ils ne reconnaîtront » jamais Louis XYI pour leur roi, h moins que la » majorité de la nation n'émette un vœu contraire à » celui de la présente pétition. »
Au moment de la lecture, cette dernière phrase se trouva contenir cinq mots de plus, cinq mots insignifiants, très convenables, de nature à décider les hésitants. Après ; pourvoir à son remplacement., une main inconnue avait ajouté : par tous les moyens constitutionnels . Cette légère addition portait avec elle dans la pétition toute la fortune de l'orléanisme. Elle impliquait la proclamation du Dauphin et la régence du duc d'Orléans.