RÉCAPITULATION
Garnisons
Infanterie 4.183
Artillerie 213
Cavalerie 406
Camps
Infanterie 33.574
Artillerie 1.347
Cavalerie 4*521
Infanterie 37.757
Artillerie 1.^60
Cavalerie 4.627
Total général 40.944
LE PLAN GÉNÉRAL DE DÉFENSE ET d'aTTAQUE présenté par Turreau au Comité (p. 3S2.)
On a vu que Turreau avait, au bout d'un mois, quitté le Roussillon sans avoir rien fait et regagné la Vendée. Mais il passa par Paris. Il y raconta ce qu'il avait vu, et, de retour dans l'Ouest, il rédigea, le 22 décembre, le plan qui suit. Ce plan est fort intéressant et il renferme nombre de vues judicieuses et utiles. Turreau l'a sûrement écrit sous l'impression encore fraîche des choses qui l'ont frappé pendant qu'il était au quartier-général de l'armée des Pyrénées-Orientales. Lorsqu'il demande, par
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exemple, que les officiers des armes spéciales restent dans leur spécialité, il se rappelle Delattre, Bernède, Chaillet de Verges qu'il a rencontrés à Tétat-major : Delattre, à peine sorti de l'Ecole des Ponts et Chaussées, lieutenant du génie au 1^"^ mai et capitaine au l®*" juin, était, grâce à la protection du représentant Fabre, général de division au 3 novembre, bien qu'il n'eût pas la moindre expérience, et il laissa les Espagnols prendre Gollioure et Port-Vendres; Bernède, capitaine du génie et adjudant-général, était, avait dit Turreau, dangereux par sa souplesse, et on serait trop heureux s'il était nul; Chaillet de Verges, capitaine d'artillerie, devenu, comme Bernède, adjudant-général et chef de l'état-major, n'avait quitté son arme que pour parvenir plus rapidement et, disait Turreau, il affectait trop de patriotisme « pour que ses opinions fussent à la hauteur de la Révolution. »
Vues générales présentées au Comité de salut public par le républicain Turreau, ci-devant général en chef de Varmée des Pyrénées-Orientales, commandant maintenant Varmée de V Ouest.
Toutes les mesures que la Convention nationale a prises jusqu'ici pour se procurer des renseignements exacts sur la position de toutes les armées de la République, n'ont offert que des résultats insuffisants et bien souvent mensongers; le Comité de salut public n'a pu jeter qu'un coup d'œil rapide sur Pensemble des opérations militaires relatives à la guerre que nous avons à soutenir contre les despotes coalisés; il n'a point été à portée d'adopter le plan vaste de défense et d'attaque qui pouvait
seul assurer des succès avantageux et décisifs.
Ce travail ne pouvait s'opérer que par la réunion de tous les généraux en chef de chaque armée à Paris. On a trop tardé à sentir l'importance de ce grand Conseil militaire dont les délibérations eussent servi de base à des décrets dont la Convention n'a pu deviner la nécessité.
Toutes les armées qui occupent nos frcwitières, ne sont que des divisions du grand camp de la liberté et la tyrannie est le seul ennemi que nous ayons à combattre. On doit donc agir sur tous les points limitrophes de la République avec la même unité d'action qui doit diriger une seule armée bien organisée et cela ne peut être qu'autant que le Comité de salut public aura fixé à chacun des généraux en chef, en présence les uns des autres, la marche qu'il devra suivre, les entreprises qu'il aura à tenter, les précautions défensives qu'il devra prendre. Les mouvements du Midi seront ainsi combinés avec ceux du Nord et la tactique de chaque ennemi en particulier sera déjouée par cette grande mesure.
Après avoir reconnu l'importance bien démontrée de cette assemblée de généraux, la Convention nationale doit au plus tôt Pordonner.
Elle décrétera que chaque général en chef, à une époque très rapprochée, se rendra à Paris, y apportera les renseignements relatifs à la partie de la frontière qu'il est chargé de défendre, à la force, aux besoins de son armée, à la position de Pennemi, à ses moyens, ses ressources, aux talents présumés de ses généraux, aux projets qu'on leur suppose, et répondra sur sa tête de la vérité des faits qu'il aura avancés.
LE GÉxMÉRAL DAGOBERT
Alors le Comité de salut public, en présence et sur les observations des généraux, décidera les questions suivantes :
i^ Que la campagne doit s'ouvrir sur tous les points de manière à prévenir et surprendre les ennemis de la République. Que la guerre offensive doit être faite contre la puissance la plus faible et que SI, sous ce rapport, on veut tenter une invasion, ce doit être plutôt en Espagne qu'ailleurs, cette puissance offrant plus de moyens de payer à la République les frais de la guerre - on devra, il est vrai, prendre des précautions particulières, la guerre contre l'Espagne présentant une plus grande difficulté, en raison de la pénurie des subsistances.
2^ Que pour combiner les opérations militaires contre l'Espagne, en assurer le succès, les armées des Pyrénées orientales et occidentales doivent être soumises à la même unité d'action, c'est-à-dire commandées par un seul et même général.
3^ Que l'on doit imiter les Espagnols dans les fabrications des affûts de canon de quatre à deux roues qu'un seul cheval peut conduire, attendu l'extrême disette des chevaux et des fourrages.
4^ Que les généraux, une fois chargés du commandement d'une armée, instruits des localités resteront au même poste pour ne pas rendre inutiles les connaissances particulières qu'ils ont acquises.
5^ Que le nombre des généraux de division et de brigade doit être considérablement diminué et qu'à cet effet on doit porter une attention toute particulière sur leur patriotisme pour ne conserver que le petit nombre de vrais sans culottes qui se trouvent
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parmi eux, la surveillance de la Convention n'ayant jusqu'ici frappé en grande partie que les généraux en chef.
6° Que l'on doit recevoir difficilement dans les états-majors les officiers d'artillerie et du génie, peu propres, en général, à être officiers-généraux et dont le patriotisme peut être suspect par cela seul qu'ils désertent par ambition, dans un moment oii la Révolution en a diminué les ressources, des corps dont autrefois ils s'honoraient tant d'être membres.
7^ Qu'il est urgent de diminuer le nombre des corps dont les armées de la République sont composées, en portant les bataillons à 1.200 hommes, les demi-brigades à 3.600 hommes, opération que l'embrigadement et l'encadrement rendent très facile. Par la même raison il faudrait porter tous les régiments de cavalerie à 900 hommes, opération également facile.
8^ Que l'on doit avoir soin que les corps se trouvent réunis dans chaque armée pour éviter les doubles emplois, dépenses extraordinaires et l'indiscipline que ce morcellement occasionne presque toujours.
9^ Que les précautions les plus strictes doivent être prises pour prévenir la dilapidation des munitions de bouche qui a lieu depuis longtemps par le défaut d'ordre dans leur distribution, afin d'assurer les subsistances pour la campagne prochaine.
dO°Que les plus grandes mesures seront prises pour fournir aux armées de la République tout ce qui peut leur manquer en habillements et en chaussures. — Nota. Tant qu'il en existera dans les villes de l'intérieur, les soldats ne doivent point en
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manquer. C'est à ceux qui restent tranquillement dans leurs foyers à se déshabiller et déchausser pour ceux qui les défendent aux frontières. Pour y contraindre les égoïstes, il faut que la Convention nationale décrète que dans chaque municipalité il sera fait une visite domiciliaire, que tous les habits, vestes et culottes d'uniforme, souliers, seront pris aux citoyens sans exception et en remboursant la valeur, pour être envoyés sur le champ aux armées.
Il"" Qu'il est important que la Convention nationale rapporte le décret relatif à la régie des charrois qui a confondu des parties dont le service ne peut être assuré qu'autant qu'elles seront distinctes et séparées. — Nota. Le service des équipages des vivres, par exemple, qui jusqu'ici s'est fait avec assez d'exactitude sous son ancienne organisation, peut être compromis par la nouvelle.
12° Que le mode d'élection des officiers dont l'abus n'est que trop démontré, doit être supprimé.
i 3^ Qu'il doit être fait un épurement général parmi le grand nombre des chirurgiens attachés aux hôpitaux des armées, qui pour la plupart n'ont pas même les premières notions de l'art qu'ils prétendent professer.
14"^ Qu'il doit être établi le plus grand nombre possible d'académies militaires dans lesquelles les vieillards et les hommes devenus par leurs blessures incapables de servir la République, seront chargés d'instruire les jeunes gens qui n'ont point encore acquis l'âge de la première réquisition, au maniement des différentes armes, de former tous les jeunes cœurs par l'exemple de leurs belles actions.
11 est mille autres objets sur lesquels le général
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Turreau appellerait l'attention du Comité de salut public, si le grand Conseil militaire qu'il propose, et qu'il croit indispensable dans les circonstances actuelles, avait lieu.
A Angers, le 2 nivôse, l'an 2 de la République française une et indivisible,
Turreau. général en chef.
LES PRÉNOMS RÉVOLUTIONNATRES A l'ARMÉE DES PYRÉNÉES-OPIENTALES
On pourrait crjire que l'armée entière, entraînée par l'exemple, avait adopté les prénoms révolutionnaires. Le représentant Milhaud prit le prénom de Cumin; Doppet, celui de Pervenche ; Peyron, celui de Myrte; La Barre, celui de Pioche; Cosson, celui de Zinc; Lamer, celui de Peuplier; Dessaix, celui de Frêne; Argod, celui de Fusain ; Chaslel, ceux de Lapin-Colchique-Scorsonère. Estève, celui de Violette ; Peyre, celui de Tanche; Mailhat, celui de Laurier-tin ; Cantel, celui de Pastèque; Louis Bon, le futur général, déclarait qu' « il lui répugnait horriblement de porter le même nom que seize scélérats, appelés rois de France » et qu'il adoptait irrévocablement celui à'Apocijn. Le tribunal militaire fit de même : le président Mittié fils se prénomma Coriandre; le juge Guinard, Civette; le juge Belliard et le juge Bussat, Romarin; le juge Carbon eil. Armoise; l'accusateur public Ricord, Pavot. Nous trouvons dans le bataillon des Vengeurs les capitaines Borna-
LE GÉNÉKAL DAGOBERT
rin Delbrel; Frêne Aussenac, Cochlearia Delbrel le sous-heutenant Zinc Izard, le sergent-majer Cortandre Petit; dans la Légion allobroge les adjudants-majors Tonneau Barbier et Picoine Deveyie l-adjudant Frêne Bœuf, le chirurgien Neige Magnin,' les capitaines i?owann Bussat, i?omann Duc, /l/)oc^n Gamon, Apoci/n Loquet, Frêne Jaael, FreneUarion, Cerise Torliz, Jasmin Guinet, Cognée Royer; Pie/reà-Chaux Dubuisson; dans le conseil d'administration du i" bataillon de la Drôme, Laurier Baril Sorgho Courtois. Fumier Laguille, Amaranthè Michel, Pintade Martin, 0/ranè^e Vilard. Concombre Vernet, Romarin Zacos^e, Cèdre Pétremant. « J'ai pris, disait Ricord, le calendrier républicainj'y ai cherché Alexandre, et le molpavot s'est trouvé a sa place. Je laisse donc ce nom d'Alexandre qui me rappelait sans cesse un anthropophage, le plus grand brigand couronné de l'antiquité, j'échange Alexandre contre Pavot et loin que ce soit l'un des pavots de Morphée, j'assure qu'il sera toujours l'éveil des républicains. » C'est alors qu'un jacobin qui avait changé son prénom do Bruno en celui de Scécola, écrivit à Ricord : « Tu dis vrai; j'ai été chercher sur le calendrier, et j'ai trouvé que l'article qui remplace saint Bruno le 6 octobre (style esclave) est justement le mot Ane. Faut-il que j'abandonne Scécola et que je m'adapte, sans autre forme de procès, la .splendide signification que le hasard me donne? » Ricord lui répondit que VAne son nouveau patron, avait toujours été sobre, laborieux, patient, et qu'on n'avait pas à rougir d'un pareil nom.
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