LETTRE DE DAGOBERT DE GROUCY
Au citoyen commissaire et représentant du peuple au département de la Manche,
Le citoyen Gabriel Dagobert de la municipalité de Saint-Ebremont, canton de Ganisy, district de Saint-Lô, vous expose qu'au mois de mai 17D2 il fut obligé de demander un passeport pour aller prendre les eaux de Spa pour rétablir sa sant^ qui était extrêmement délabrée par plusieurs maladies qu'il avait essuyées. Les eaux, ayant fait un effet contraire, avaient encore aggravé son état, l'avaient mis à toute extrémité : ce qui l'avait absolument empêché de rentrer dans sa patrie au terme des décrets, ainsi qu'il est prouvé par le certificat de médecin ci-joint. En conséquence, l'exposant a été traité comme émigré. Sa santé s'étant rétablie, il est venu à Jersey pour être à portée de faire ses réclamations; mais toutes communications ayant été interceptées, il n'a pu remplir son objet. Mais hélas I pour comble de malheur pour l'infortuné exposant, il a été regardé comme un homme suspect à tous les ci-devant qui sont dans l'île parce que son frère commande l'armée de la République qui est
aux environs du Mont-Libre et qu'il a remporté plusieurs victoires sur les Espagnols. Après lui avoir fait essuyer toutes les humiliations possibles, ils ont déterminé le commandant à l'envoyer sur les côtes de la République où il a été débarqué le 2 de ce mois sans d'autre espoir qu'en votre justice et la faveur que les services de son frère peuvent lui faire obtenir. En considération de ses malheurs, de votre justice et des services de son frère, il vous demande de lui accorder un passe-port afin qu'il puisse aller joindre son frère; ce qui le mettrait à portée par quelque acte de valeur et de courage de bien mériter de la patrie. L'exposant espère que votre âme généreuse et sensible sera touchée de sa triste position, qu'elle adoucira ses peines en lui faisant une prompte et satisfaisante réponse sans laquelle l'exposant se livrerait au plus affreux désespoir en terminant sa déplorable carrière.
Pour présenter à Cherbourg.
Le 8 octobre Tan deuxième de la liberté de la République française.
ANNEXES